Aimer ses ennemis

un défi impossible ?

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Sommaire

Préambule

J'ai donné la prédication présentée dans cette page le 18 février 2007 lors du culte dominical de l'Église Réformée des Terreaux à Lyon (Rhône, France).


Les textes du jour


Samuel et David

La première lecture est tirée du 26ième chapitre du 1er livre de Samuel. Le premier roi d'Israël, Saül, poursuit le jeune David qu'il accuse de vouloir prendre sa place. J'ai un peu tronqué ce texte pour qu'il soit un moins long

Les habitants du village de Ziph se rendirent auprès de Saül, à Guibéa, et lui dirent :

Saül descendit au désert de Ziph, avec trois mille hommes de l’élite d’Israël, pour chercher David dans le désert … Il installa son campement dans les collines de Hakila, …

David habitait alors dans le désert. S’étant aperçu que Saül le poursuivait …, il envoya des espions et sut ainsi que Saül était effectivement arrivé.

Alors David parvint au lieu où Saül campait. Il vit le lieu où couchait Saül, ainsi qu’Abner … chef de son armée. Saül couchait au milieu du camp, et le peuple campait autour de lui.

David demanda à ses deux lieutenants :

Abishaï répondit :

David et Abishaï allèrent de nuit vers le peuple. Saül était couché et dormait au milieu du camp, sa lance était plantée en terre, près de sa tête. Abner et le peuple étaient couchés autour de lui.

Abishaï dit à David :

Mais David dit à Abishaï :

Ils prirent donc la lance et la cruche d’eau qui étaient près de la tête de Saül, et ils s’en allèrent. Personne ne les vit, personne n’en eut connaissance, personne ne se réveilla, car ils dormaient tous. En effet, une torpeur venant du Seigneur était tombée sur eux.

David passa de l’autre côté et s’arrêta … au sommet de la colline voisine … David cria vers le peuple et vers Abner :

Abner répondit :

David dit à Abner :

Saül reconnut la voix de David ; il dit :

Et David répondit :

Saül dit :

David répondit :

Saül dit à David :

  • Sois béni, David, mon fils ! Tout ce que tu feras, tu le réussiras !

David continua son chemin, et Saül rentra chez lui.


La mort et au-delà de la mort

Après ces rumeurs de guerre, mais sans mort, le lectionnaire continue sur une réflexion sur la mort et l'au-delà de la mort. Paul reprend le vocabulaire grec du second récit de la création dans la Genèse mais en le projetant sur une nouvelle création de l'être humain. La seconde lecture est tirée de la 1ère lettre de Paul aux Corinthiens, chapitre 15, versets 42 à 49.

Maintenant en ce qui concerne le relèvement des morts :

S'il y a un corps rempli de vie-animée, il y a aussi un corps rempli de l'Esprit.

C'est ainsi qu'il est écrit : le premier humain, Adam, fut installé dans une âme vivante, le dernier Adam fut installé dans un esprit vivifiant

Ainsi ce n'est pas en premier qu'est notre nature d'Esprit, mais notre nature de vie animée, et ensuite est notre nature d'Esprit.

Le premier humain a été tiré d'une glaise terrestre, le second humain, le Seigneur Christ, a été tiré du ciel.

Comme fut le terrestre, ainsi sont les terrestres ; et comme fut le céleste, ainsi sont les célestes.

De même que nous avons porté l'image de notre nature terrestre, nous porterons l'image de notre nature céleste.


Aimer vos ennemis

Le troisième et dernier texte est tiré de la première prédication de Jésus à la foule, peu après avoir choisi et réuni les douze disciples. On trouve un texte parallèle dans Matthieu dans l'ensemble appelé "Sermon sur la Montagne" que Luc situe dans la plaine. Le passage se situe juste après les Béatitudes, après les bénédictions et les malédictions commentées ici la semaine dernière. Il s'agit des versets 27 à 38 du chapitre 6 de l'Évangile écrit par Luc.

Vous qui m'écoutez, je vous dis :

Aimez vos ennemis, soyez bienveillants envers les haineux,
appelez le bien sur ceux qui vous veulent du mal, priez pour vos calomniateurs.

Celui qui te frappe la joue, tends-lui l'autre joue,
celui qui vole ton manteau, proposes-lui aussi ta tunique.

Quiconque demande, donne-lui ;
celui qui te dérobe ton bien, ne le lui réclame pas.

Ce que vous voulez que les hommes vous fassent,
faites-le pour eux de la même façon.

Pourquoi être récompensés d'aimer ceux.qui vous aiment ?
Même les criminels aiment ceux qui les aiment.

Et si vous êtes bienveillants avec vos bienfaiteurs, pourquoi vous en être reconnaissant ?
Les criminels en font autant.

Et si vous prêtez en espérant recevoir, pourquoi vous en récompenser ?
Les criminels eux-mêmes prêtent aux criminels pour en recevoir l'équivalent.

Au contraire, aimez vos ennemis, soyez bienveillants, prêtez sans espoir de retour.
Alors vous serez largement récompensés, vous serez les fils du Très-Haut.

Lui est dévoué envers les ingrats et les malfaisants.
Devenez généreux comme votre Père est généreux.

Ne vous posez pas en juges,
et vous ne serez pas jugés.

Ne condamnez pas
et vous ne serez pas condamnés.

Acquittez
et vous serez acquittés.

Donnez
et il vous sera donné.

On mettra dans le creux de votre vêtement une bonne mesure, tassée, rase.

Car la mesure dont vous usez pour mesurer
sera la mesure avec laquelle vous serez mesurés.

Car la mesure dont vous usez pour mesurer
sera la mesure avec laquelle vous serez mesurés.


Ma prédication, un commentaire


Introduction

Ainsi, frères et sœurs, Jésus a dit Aimez vos ennemis !. Certes, il a dit bien d'autres paroles et fait bien d'autres actions, mais c'est sur cette phrase que je veux m'attarder avec vous ce dimanche matin.

C'est une phrase simple à dire, peut-être à comprendre, … mais surement un peu moins simple à mettre en œuvre.

C'est aussi une phrase qui heurte beaucoup, même parmi les chrétiens. De plus, une grande part des psychanalystes nous reprochent ce principe pour deux raisons :

Notre réflexion nous montrera peut-être en quoi ces reproches sont ou non justifiés, sont ou non fondés. Elle cherchera à proposer un sens possible pour cette phrase en vue de sa mise en pratique.

Pour cela, je vais travailler sur cette phrase faite de trois petits mots simples Aimer … vos … ennemis.


La grammaire

La structure grammaticale est simple, un verbe, un complément d'objet direct, comme j'apprenais à l'école, un groupe substantif objet comme mes enfants ont appris, … je ne sais pas encore comment on dit aujourd'hui car l'aîné de mes petits enfants est encore en maternelle.

Ce verbe est au mode "Impératif". Vous l'aviez remarqué et vous n'attendez pas qu'une prédication se transforme en conférence sur le bon usage de la langue française. Mais moi, cet impératif m'a étonné. Pour ce genre de situation je me serais attendu à une phrase conditionnelle : Si tu as des ennemis, aimes-les. Sous cette forme je pourrais adhérer plus facilement. Si par hasard j'avais eu des ennemis, il eut fallu que je les aimasse !

L'existence d'une subordonnée circonstancielle est la forme habituelle d'une loi ; Par exemple en Lévitique 20,10 : Quand un homme commet l’adultère avec la femme de son prochain, ils seront mis à mort, l’homme adultère aussi bien que la femme adultère ; on sait ainsi quand le législateur demande la mise à mort, car heureusement ce n'est pas tous les jours, ni en toute circonstance que la Bible énonce une peine capitale.

Mais ici Jésus n'a pas édicté une loi qui précise son domaine d'application. Il a donné une maxime inconditionnelle, valable en tout temps et en tout lieu.

Et cela me gêne si je veux prendre au sérieux la Bible, en particulier la bonne nouvelle des évangiles. C'est tous les jours que je dois aimer mes ennemis et non pas … quand et si j'ai un ennemi.

Pour aimer ses ennemis, il nous faut deux choses :

Pour Jésus, il est évident que nous avons des ennemis. Pour le texte, la difficulté n'est pas d'avoir des ennemis, mais de les aimer. Pour celui qu'on appelle Luc, être le disciple de Jésus, suivre le Maître qui nous a dit (en Jean 14,6) : Je suis le chemin et la vérité et la vie conduit nécessairement à avoir des ennemis … qu'il faut aimer. Suivre la vérité nous ferait surgir des ennemis

Jésus lui-même n'a pas été sans ennemis :

  • les pharisiens et les scribes qu'il critiquait sans cesse et qui lui tendaient régulièrement des pièges théologiques,
  • les marchands qu'il voulait bouter hors du temple,
  • les responsables religieux qu'il dérangeait par son radicalisme prophétique,
  • les chefs politiques qui craignaient les mouvements de foule.

Et il n'a pas été tendre envers eux.


Ennemi

Peut-être pensez-vous que j'exagère. "Ennemi" est un terme si fort ! Ne serait-ce pas une emphase bien orientale. Jésus a prononcé sa maxime en araméen, langue au vocabulaire assez réduit, et il n'entendait peut-être pas par ce mot désigner l'opposition radicale que nous nommons par le mot "ennemi".

En effet, d'autres traductions du grec exqrov (echthros) sont possibles, mais sont-elles souhaitables ? Faut-il gommer cette dureté dérangeante ?

Reprenons ces propositions pour savoir qui est mon ennemi et qui me considère comme son ennemi.

Antagoniste
il désigne tous ceux contre qui j'ai une dent, parce qu'ils ne pensent pas ou n'agissent pas comme moi.
Concurrent
des concurrents, j'en ai beaucoup, les gars des autres boîtes de services que je croise régulièrement chez nos clients communs, ceux-là sont d'une entreprise concurrente ; mais mes collègues de l'entreprise sont aussi des concurrents puisque la politique de nos patrons consiste à nous opposer les uns et les autres, à nous mettre en concurrence par des affectations, augmentations et promotions toutes à la tête du client. Officiellement nous sommes des "collègues", mais on nous demande tellement de prouver à chaque instant qu'on est meilleur que les autres qu'on les vit inconsciemment comme des ennemis potentiels.
Contradicteur
des contradicteurs j'en vois souvent devant moi au tribunal, où des hommes et des femmes en robe noire viennent m'expliquer que leur "contradicteur" ne dit que des mensonges et que c'est leur client à eux à qui je dois donner raison ; parfois, si leurs yeux étaient des pistolets, je ne donnerais pas cher de la peau de leur "contradicteur".
Haïssable
Le Moi est haïssable disait Pascal dans ses "Pensées". Notre ennemi le plus proche n'est-il pas parfois nous-mêmes ? Quand on se reproche de ne pas être à la hauteur de la situation, de ne pas avoir réussi à défendre notre point de vue, à ne pas avoir fait assez rapidement notre boulot, de vieillir, …  ? Paul Valéry en tirait une conclusion logique : Si le “moi est haïssable”, aimer son prochain “comme soi-même” devient une atroce ironie.
Hostile
c'est probablement l'appréciation la plus aimable qu'a le Directeur des Relations (soi-disant) Humaines quand le Délégué Syndical que je suis lui présente les revendications des salarié(e)s.
Odieux
c'est ce que je pense du fumeur qui m'impose la fumée de sa drogue et un risque de cancer passif.
Opposant
on pense à l'opposition entre une majorité politique et une minorité qui désapprouve ce que fait l'autre camp ; en ces temps de campagne électorale présidentielle puis bientôt législative, nous voyons des débats pleins d'agressions verbales ou de sousentendus qui ne respectent ni l'opposant, ni ses idées.
Rival
on emploie ce terme parfois dans les relations amoureuses, ou plus exactement dans les relations qui l'ont été et ne le sont plus ; peut-être savez-vous ce dont je parle, mais je le souhaite pas, comme je ne souhaite pas à mon pire ennemi de passer dans les tourments d'avoir un rival.

Comme synonyme de "ennemi", je n'ai volontairement pas utilisé : "Adversaire". C'est pourtant un mot commun, il désigne par exemple le boxeur sur le ring ; ce mot implique un vis-à-vis. Celui qui est proche et qui me fait face, peut-être vais-je pouvoir le connaître, le reconnaître et même l'aimer.

Mais ce mot "adversaire" désigne celui dont la mission est d'accuser le juste Job devant Dieu pour qu'il soit puni d'avoir commis des fautes imaginaires, uniquement pour voir s'il continuerait à reconnaître Dieu comme source de la bonté et de l'amour du monde. Cet "adversaire" se dit en hébreu N+f#&f (satan'). Je ne suis pas sûr que celles et ceux qui pensent Satan' comme une réalité, une personne ou un ange déchu soient capables de l'aimer. Comme Dieu ne demande pas l'impossible aux humains, il faut rejeter "adversaire" et rester sur le mot "ennemi", celui qui est si difficile d'aimer.


Vos

Je suis parti à l'envers dans mes explications en commençant par "ennemi", le mot précédent est "vos".

Cet adjectif explicite de qui on parle, il ne faut pas aimer les ennemis en général, ni même les ennemis du genre humain, une abstraction commode et impersonnelle. Jésus dit à ses interlocuteurs qu'il leur faut aimer leurs ennemis à eux. Il importe donc de savoir à qui Jésus s'adresse.

Lors de l'introduction à la lecture, j'ai dit que Jésus avait réuni un groupe d'hommes, les douze, parmi ceux qui étaient appelés ses disciples. Mais la semaine dernière nous avons entendu le verset 7, Jésus … s’arrêta … là où se trouvait une grande foule de ses disciples et une grande multitude du peuple de toute la Judée, de Jérusalem et du littoral de Tyr et de Sidon.

Jésus ne s'adresse pas au petit groupe des apôtres, ni même seulement au moyen groupe des disciples qui avaient suivi le Maître sur les chemin de Galilée ; il parle à la grande foule anonyme, non seulement aux croyants israélites, mais aussi aux païens qui l'écoutaient par hasard.

Donc que nous nous disions membres actifs de l'Église, croyants tièdes ou auditeurs occasionnels, nous sommes sous le coup de cet ordre de Jésus. Le fait qu'il s'adresse à tous les humains au-delà du cercle religieux veut sans doute dire que l'obéissance à cet ordre n'est pas de l'ordre de la relation explicite à Dieu, mais de l'ordre de la nécessité pour pouvoir vivre comme homme et femme dans une relation horizontale entre humains sur la terre.

Si le commandement d'aimer ses ennemis s'impose à tous, cela ne le rend pas plus facile ou même plus compréhensible.


Aimez

Donc que veut dire "aimer" ?

J'aime parler politique, tu aimes ton conjoint ou ta conjointe, il aime la confiture, nous aimons nos enfants, vous aimez Dieu, ils aiment la musique. Tout cela c'est aimer, mais est-ce le même amour ? Le même mot est-il pertinent ?

Prenons le cas d'adolescents à qui on parle d'aimer Dieu, d'aimer ses parents, d'aimer son prochain et peut-être aussi de s'aimer soi-même ; je ne suis pas sûr qu'on leur parle d'aimer leurs ennemis, cela évacue une complication. J'exprime ici le questionnement des garçons, faute de vécu je ne sais pas grand-chose de celui des filles. Nos adolescents tout boutonneux découvrent avec angoisse qu'ils ont une sexualité, qu'ils ont un organe qui sert à faire l'amour, donc à aimer. Même s'ils ne savent pas s'exprimer sur la question, surtout s'ils n'osent pas, pour eux aimer est d'abord un point de vue technique, ensuite une inclinaison amoureuse ; c'est incompatible avec la relation avec ses parents, ses prochains et ses ennemis.

On leur parle d'aimer leur prochain alors qu'ils ne demandent comment aimer une fille. Quel mélange ! Je vous assure que c'est très dur à vivre, même si vous ne vous souvenez peut-être plus de ce temps quelque peu lointain.

Il faut se décider à dire à nos enfants qu'ils n'ont pas à aimer leurs parents qu'ils n'ont pas choisis. Ce n'est pas humain, et ce n'est pas biblique. Il est par contre indiqué qu'il nous faut respecter nos parents, c'est-à-dire les remercier d'avoir été dans la chaîne des vivants ceux qui nous ont permis d'exister ; il est écrit qu'il nous faut les glorifier, c'est-à-dire reconnaître qu'ils ont du poids, que leur éducation nous ont permis de vivre dans un monde humain. Que ce soit en suivant leurs conseils ou en prenant une autre voie, nous agissons marqués par l'histoire de notre famille.

Par contre, comme parent, j'ai à aimer mes enfants, les biologiques comme les adoptés, car j'ai choisi de conduire un projet parental, d'avoir et d'éduquer des enfants. On ne peut aimer que ceux qu'on choisit.

Je divague un peu par rapport à mon sujet, mais pas tant que cela. Aimer son ennemi ce n'est en aucun cas avoir de l'affection pour lui. Sauf exception je ne choisis pas d'avoir tel ennemi ou un autre, je subis une relation d'hostilité et donc je n'ai pas à aimer l'ennemi que je rencontre.

Mais alors si le commandement d'aimer n'est pas d'aimer de quoi s'agit-il ? Le grec utilise trois verbes pour aimer et trois substantifs pour amour quand le français n'en utilise qu'un :

agapein agapeïn', ice n'est pas avoir de l'affection, éprouver de la tendresse, faire une bise le matin, ni même avoir plaisir à voir l'autre, le prochain, l'ennemi.

C'est d'abord le respecter comme personne. On connaît la distinction classique entre "l'être" et "le faire", on dit détester l'agir sans haïr la personne, mais est-ce facile de distinguer l'automobiliste qui roule à 150 Km/h sur l'autoroute et me met en danger par sa conduite zigzagante sur la ligne continue du conducteur que je vois à peine à travers la lunette arrière ? Est-ce possible ?

Agapein agapeïn', ce n'est pas être en accord avec son ennemi, j'ai le droit de désapprouver tel comportement, de détester telle position qu'a prise mon ennemi. Aimer son prochain, son ennemi, ce n'est pas faire ami ami avec lui, considérer que toutes les opinions sont possibles.

agapein agapeïn', c'est vouloir lui laisser une place dans l'espace public. Modestement, comme membre du Comité d'Hygiène de Sécurité et des Conditions de Travail de mon entreprise, c'est faire en sorte que le fumeur puisse s'adonner à son plaisir solitaire sans être mouillé par la pluie ; d'abord à l'écart pour ne pas nuire, mais aussi à l'abri pour ne pas ajouter un risque de grippe.

Aimer agapein agapeïn', c'est être solidaire de son ennemi, non pas solidaire de ses idées nauséabondes, mais solidaire du fait qu'il est un être humain fait de certitudes, acceptables et condamnables, pétri d'espérances, bonnes et mauvaises ; dans le vocabulaire chrétien, nous disons une créature de Dieu remplie de grâce et soumise au péché.. Savoir aimer son ennemi, c'est vouloir discerner du bien en lui, … même chez Hitler ?

S'aimer soi-même c'est respecter la sincérité de ses propres convictions, c'est aussi se reconnaître le droit de combattre telle promesse électorale sur la chasse à l'immigrant irrégulier, telle autre sur la contribution des classes moyennes aux recettes publiques.

C'est aussi combattre avec son ennemi contre lequel on se bat. Voltaire disait : je combattrai toujours vos idées, monsieur, mais je me ferai tuer pour que vous ayez le droit de les exprimer. Au fond de moi, est-ce que réellement je souhaite que mon ennemi raciste et richissime puisse s'exprimer publiquement lors de la campagne électorale en cours ?

Je traduis : ai-je envie de le laisser parler, ce qui implique que j'ai le courage de monter au front pour combattre ses idées xénophobes et défavorables aux pauvres. Refuser la parole à mon ennemi, donc traiter sa personne en ennemi, n'est-ce pas me donner la possibilité de rester tranquille dans mon coin assez douillet ?

Il me semble que c'est tout cela que Jésus de Nazareth nous demande dans l'évangile de ce matin, La nouveauté radicale de Jésus par rapport aux croyants et aux sages qui l'ont précédé, me semble qu'il prône une solidarité égale envers les prochains et les ennemis, particulièrement envers nos proches ennemis.


D'un autre point de vue

Ce verbe aimer agapein agapeïn', que nous venons de voir dans les relations horizontales entre humains est aussi celui qui est utilisé dans les relations verticales.

Je vous ai proposé "solidarité" comme traduction possible du substantif amour. Ne peut-on pas dire que Dieu s'est montré solidaire de notre condition d'hommes et de femmes ? L'incarnation de notre Dieu dans notre humanité est l'affirmation de la solidarité que le Tout Autre nous a manifestée dans notre limitation d'humains mortels et pécheurs.

Pourtant notre Dieu a de quoi être souvent agacé par notre comportement, par nos guerres et nos génocides, par notre absence de volonté de donner à manger et à boire à tous sur terre, y compris par le feu rouge grillé … même si c'est pour ne pas arriver en retard au culte.

Malgré notre état de pécheur que nous avons reconnu lors de la seconde partie de la liturgie, Dieu pratique l'agapè avec nous

C'est ce que la tradition protestante désigne par le salut offert gratuitement à toutes et à tous. Chacun est un être aimé de Dieu, quelque soit son rapport à lui, qu'il se dise son ami ou son ennemi.


En guise de conclusion

Frères et sœurs, savons-nous, saurons-nous

  • combattre les idées de nos ennemis qui nous semblent contraires à la bonne manière de vivre la présence de Dieu en notre humanité,
  • prendre le temps pour convaincre nos ennemis qu'ils sont respectables, respectés par Dieu, mais néanmoins qu'ils sont dans l'erreur.

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   http://jean-Luc.dupaigne.name/fr/chr/aimer_ennemis.html
Date de création : 13 juin 2007.
Dernière révision technique : 14 novembre 2007.
©Jean-Luc Dupaigne 2005.