Christ ressuscité !

Et après ?

Ce texte est une version préparatoire de la prédication donnée le 19 avril 2009 au Temple des Terreaux à Lyon (5 ième arrondissement). Les textes bibliques étaient ceux du second dimanche du Temps Pascal, c'est-à-dire du premier dimanche suivant le jour de Pâques. La prédication réellement donnée était un résumé du texte qui suit.

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Sommaire

Les textes bibliques


1 Jean 5,1-6

Quiconque croit que "Jésus est le Christ" a été enfanté par Dieu ;

quiconque aime ce Dieu qui l'a enfanté, qu'il aime son prochain qui a été aussi enfanté par Dieu.


Comment reconnaître si nous aimons les enfants de Dieu ?

C'est quand nous aimons Dieu et à chaque fois que nous observons Ses préceptes.

En effet aimer Dieu, c'est observer Ses préceptes

Et Ses préceptes ne sont pas difficiles à observer, parce que quiconque a été enfanté par Dieu vainc le monde ; et la victoire qui a vaincu le monde, c'est notre foi.


Qui est le vainqueur du monde sinon celui qui croit que "Jésus est fils de Dieu" ?

C'est Jésus-Christ qui est venu à travers l'eau et le sang, non pas seulement dans l'eau, mais dans l'eau et le sang.

C'est l'Esprit qui rend ce témoignage parce que l'Esprit est la vérité.


Actes 4, 32-35

Il y avait un seul cœur et une seule âme pour la foule de tous ceux et de toutes celles qui avaient cru.

Aucun des possédants parmi eux ne disait : "c'est pour moi seul' ; mais tout était en commun entre eux.

Avec une énorme force, les apôtres de la résurrection du Seigneur Jésus produisaient un témoignage et une énorme joie demeurait sur eux tous.

Et lorsque ceux-ci monnayaient leurs biens, ils apportaient le prix de ce qui avait été vendu. et le déposaient auprès des pieds des apôtres.

Alors cela était distribué à chacun et à chacune selon ce dont il ou elle avait besoin.


Jean 20,19-29

C'était alors le soir de ce même jour, le premier de la semaine ;

les portes avaient été fermées, là où les disciples étaient assemblés, à cause de leur peur des Juifs,

Jésus vint et se tint au milieu et il leur dit :

Ayant déclaré cela, il leur montra ses mains et son côté.

Les disciples furent remplis de joie à la vue du Seigneur.

Il leur déclara alors, de nouveau :

Ayant déclaré cela, il souffla et leur dit :


Or l'un des Douze, Thomas, celui qui était appelé Jumeau, n'était pas avec eux, lorsque vint Jésus.

Les autres disciples lui dirent donc :

Mais il leur déclara :


Huit jours après, ses disciples étaient de nouveau à l'intérieur et Thomas avec eux.

Jésus revient, les portes ayant été fermées, et il se tint au milieu et déclara :

Puis il dit à Thomas :

Thomas lui déclara :

Jésus lui dit :

  • « Parce que tu me vois, tu as confiance. Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont eu confiance. »

La prédication


Frères et sœurs,

Xristov anesth, alhpwv anesth (Qristos anestê ! alêthôs anestê !) Christ est ressuscité ! il est vraiment ressuscité !

Sur la première épitre de Jean 5,1-6

L'Épitre de Jean est un texte assez difficile à décrypter, tant on y lit une succession de "il", "celui", ou verbes à la troisième personne qu'il faut examiner à la loupe pour déterminer s'il s'agit de Dieu, de Jésus, du croyant ou des autres humains.

Le passage est construit avec une série de syllogismes, d'équivalences et il y est question d'engendrer, d'aimer et de la Loi de Dieu.

Affirmer la confession de foi Jésus est le Christ équivaut à avoir été enfanté par Dieu.

On peut comprendre qu'on ne peut être chrétien que si on est enfant de Dieu, et donc a contrario que celui qui n'est pas chrétien n'a pas été enfanté par Dieu. Il est difficile de soutenir aujourd'hui cette thèse radicale de la prédestination qui voudrait que certains humains aient été dès l'origine voulus par Dieu comme ses enfants, lesquels sont alors capables de la foi alors que d'autres seraient éloignés de Dieu et subséquemment incroyants.

On peut aussi y lire que c'est l'affirmation par quelqu'un de sa croyance en Jésus le Christ qui le fait devenir enfant de Dieu, et donc, toujours a contrario, que l'incroyant n'est pas devenu enfant de Dieu. La foi serait alors une distinction radicale de nature entre les humains.

Je préfère lire, mais je ne suis pas sûr de bien interpréter la pensée du rédacteur, que l'affirmation Jésus est le Christ est celle du croyant qui lui permet de se reconnaitre enfant de Dieu. Qu'il l'était avant ou nom lui importe peu, puisqu'il n'en était pas conscient.

Ce qui est important c'est que la relation verticale Le croyant aime Dieu dont il est enfant implique une relation horizontale Le croyant aime son prochain qui est, lui aussi, enfant de Dieu.

Le verbe "aimer" (son prochain) est, en grec, au subjonctif.

C'est pourquoi le texte continue sur une interrogation du croyant. Je veux bien aimer mon prochain, mais comment reconnaître que je l'aime vraiment ?. La réponse pourrait sembler une pirouette puisqu'on revient à l'affirmation initiale : c'est quand on aime Dieu.

Un, j'affirme aimer Dieu ; deux on me dit qu'il faut aimer son prochain ; trois je dis banco ; quatre je me demande si je l'aime vraiment ; cinq on me répond que je vérifie que j'aime mon prochain par la réalité de mon amour pour Dieu.

Je ne suis guère avancé, sauf que le texte me dit qu'il ne s'agit pas (seulement) d'aimer Dieu, amour abstrait, mais d'observer ses Préceptes. J'ai traduit "préceptes" car le texte grec indique un pluriel, mais on aurait pu aussi lire "la Loi", "la Volonté" de Dieu, comme nous le faisons dans la première partie de la liturgie.

Alors quels sont ces commandements ? Le passage ne nous les dit pas, sinon qu'ils ne sont pas difficiles à observer, parce que l'enfant de Dieu remporte la victoire sur le monde.

Faut-il combattre le monde qui nous entoure ? Faut-il asservir la terre et la nature pour l'exploiter et la soumettre à notre seul intérêt immédiat ? On sait bien qu'il est vain de chercher à combattre la tectonique des plaques et ses tremblements de terre et qu'il est suicidaire d'épuiser les ressources naturelles et de brûler les énergies fossiles qui nous sont confiées en gestion.

Faut-il combattre le monde des incroyants qui nous encerclent ? Ce serait une curieuse manière d'aimer son prochain que de déclencher une nouvelle croisade comme d'autres l'ont fait en Irak et à New-York !

Ce passage ne répond pas à la question qu'il suscite. Sinon que la victoire n'est portée que par notre foi. Singulière arme que voilà qui est censée remporter la victoire. La foi du croyant comme seule armée pour combattre un monde hostile.

Cherchons des pistes dans les autres textes.

Sur l'Évangile selon Jean 20, 19-29

Thomas

Dans son évangile Jean indique trois fois, dont ici, que Thomas était appelé en grec didumov (didumos), c'est-à-dire Jumeau. Mais Thomas est un prénom araméen tiré d'un adjectif qui veut dire Jumeau. Donc ce n'est pas un juif appelé Thomas et surnommé Jumeau, mais un homme surnommé Thomas en hébreu ou didumov (didumos) en grec. En fait on ne nous dit pas son nom initial, même dans les autres listes des apôtres où "Thomas" apparait.

On ne sait pas plus de qui Thomas était le jumeau, le double. Peut-être était-il un boute-en-train dans le groupe des Douze, celui qui savait imiter le soir les personnages rencontrés dans la journée et apparaître ainsi comme leur jumeau. Peut-être suivait-il Jésus de très près, de trop près selon les autres qui le traitait de jumeau tant le jumeau reste proche de son frère ? Peut-être …

Vous pouvez imaginer ce que vous voulez, mais je ne peux pas penser que cette expression soit là par hasard et que celui qu'on dit être Jean l'ait écrite sans qu'elle ne signifie quelque chose d'important. Pour moi, ce jumeau inconnu est tellement proche de mes doutes que je considère que l'évangéliste l'a utilisé dans cette histoire pour qu'il soit notre jumeau dans notre recherche du sens de la résurrection.

Thomas est mon jumeau quand je doute ; il exprime son refus de faire confiance au témoignage des disciples quand je n'ai pas confiance ; il exprime son incompréhension de la résurrection quand je ne peux pas imaginer que Jésus de Nazareth ait été renouvelé par Dieu en son Christ à travers la mort qui nous guette tous et qui a été tellement horrible et injustifiée pour lui. Mais aussi Thomas est mon jumeau quand dans la lumière du matin de Pâque, je reconnais le visage de mon frère et de ma sœur dans tout homme ou femme qui me donne l'occasion d'un partage.

Signes

Dans cette histoire, Thomas veut des signes concrets, des preuves ; il veut faire (voir la marque des clous, toucher les trous, mettre sa main dans la plaie du coté) alors que les autres disciples se sont seulement contentés de contempler, de s'imprégner de la présence du Ressuscité.

Pourtant quand le dimanche suivant, jour du culte hebdomadaire, le Christ propose à Thomas de faire ce qu'il avait souhaité, le texte ne dit pas qu'il ait fait les gestes annoncés, qu'il ait mis le doigt et enfoncé la main. Le texte enchaîne directement sur l'affirmation de foi de Thomas Mon Seigneur et mon Dieu à l'invitation du Christ ; à quoi le Christ répond puisque tu m'as vu, mais pas "puisque tu m'as touché". Selon moi, Jean nous dit que Thomas aussi s'est contenté de l'apparition du Christ sans passer par une expérimentation physique.

Ainsi donc la foi de Thomas est basée sur cette seule vision du Ressuscité, exactement comme les autres le dimanche précédent, en voyant le Seigneur les disciples furent remplis de joie. Thomas et les disciples ont cru quand ils ont eu une perception du Christ Ressuscité, l'un et les autres dès la première fois.

La différence, c'est que les disciples ont bénéficié de cette rencontre immédiatement, dès le jour de la résurrection, tandis que Thomas n'était pas disponible. Il n'a pas cru ensuite le témoignage de ses condisciples. C'est pourquoi le Christ lui dit de ne plus être sans confiance, mais d'être confiant ; il ne s'agissait pas d'avoir ou non confiance en Lui, en la résurrection, mais d'avoir ou non confiance dans la parole de ceux qui avaient déjà vécu cette confrontation.

C'est le même dilemme qui se pose aux hommes et aux femmes au XXIième siècle, est-il possible ou non de croire qu'un homme mort il y a longtemps à Jérusalem puisse être vivant aujourd'hui pour celles et ceux qui le reconnaissent comme Seigneur ? Plus exactement, est-il possible de croire au témoignage des croyants avant d'avoir fait personnellement l'expérience sensible de cette présence ?

Mais remarquons que le doute (ou la prudence) de Thomas est productif. En effet, c'est le seul disciple qui parle au Christ, qui donne un témoignage oral de sa foi en s'exclamant Mon Seigneur et mon Dieu !. Alors que les autres avaient été muets, peut-être muets de saisissement, mais muets sur le moment, ce qui n'aide pas à porter le témoignage aux autres.

Photographier l'événement

Cette histoire de Thomas me touche particulièrement car il se trouve qu'un de mes neveux s'appelle Thomas et qu'il est agnostique. Si j'en parle, ce n'est pas pour raconter ses doutes, d'ailleurs je ne sais pas s'il en a, mais c'est à cause de son métier.

Mon neveu Thomas est photographe, pas un simple amateur du dimanche mais un professionnel connu et apprécié en région parisienne. Ma question est la suivante : si Thomas, mon neveu, avait été à la place du Thomas, un des Douze, que se serait-il passé ?

Là encore je ne m'interroge pas sur ses états d'âme, mais sur ses actes supposés. Si mon neveu Thomas avait été là, il aurait photographié la scène avec le Christ le second dimanche de Pâques ; mais la pellicule aurait-elle été impressionnée ? D'après le récit de Jean, Thomas lui a été impressionné par la rencontre avec le Ressuscité. Peut-être êtes-vous aussi impressionnés par ce texte, comme je le suis. Mais l'appareil photo l'aurait-il été ?

Et nous, sommes nous, êtes-vous impressionnés par cet événement d'il y a 2 000 ans ? Impressionnés comme l'était une plaque photographique avant les appareils numériques, Impressionnés, c'est-à-dire transformés, comme la pellicule change de nature pour passer de l'état de rouleau brut sans signification à un négatif signifiant la scène regardée, sans être identique à elle. Si vous avez été impressionnés et transformés, l'histoire ne peut pas, ne soit pas s'arrêter là, car le négatif ne montre pas réellement ce qui c'est passé, il faut encore projeter le négatif sur une feuille de papier photographique pour que l'image apparaisse véritablement. Le projecteur, c'est l'Esprit de Dieu à l'œuvre dans le monde et le papier, c'est votre prochain à qui vous devez porter l'image du Ressuscité.

Revenons à ma question : qu'aurait montré la photo prise par Thomas ? Parmi les disciples verrions-nous en gros plan uniquement le groupe des dix apôtres (le groupe initial des Douze, moins Judas prématurément disparu, moins Thomas derrière l'appareil) ou aussi au milieu un onzième … je n'ose pas dire "homme", le Christ ?

Autrement dit l'expérience de la Résurrection du Christ sensible et véritable pour les disciples était-elle réelle au sens d'un appareil photographique ou réelle dans le sens qu'a l'expression présence réelle du Christ quand on parle du partage de la Sainte-Cène.

Votre réponse sera à l'image de votre théologie. Et il y a beaucoup de demeures dans la maison de notre Père.

Sur le livre des Actes 4,32-35

Économie

Dans le livre des Actes, Luc nous raconte les apôtres, principalement Pierre, d'autres témoins, puis Paul ; on lit leurs paroles de foi, on voit leurs actions de guérison ; on est au niveau de l'expression spirituelle de la foi. Mais ici, nous sommes sur un autre registre, celui de l'action collective qui passe forcément par des échanges d'argent.

Voici une première communauté où tout est mis en commun, et où les propriétaires vendaient leurs biens pour distribuer l'argent à tout le monde, ce qui faisait qu'il n'y avait plus de pauvres. On comprend que plus personne ne travaille aux champs et que tout le monde passe son temps au Temple de Jérusalem à offrir des sacrifices et dans les maisons à écouter les apôtres témoigner sur Jésus et sa résurrection. Pour manger, il fallait trouver de l'argent à dépenser et donc vendre le patrimoine des plus fortunés.

Sauf que c'est un peu plus compliqué que cela.

Cœur et âme

Il n'y avait qu'un seul cœur et une seule âme pour la foule des croyants. Une foule ? En effet le verset 4 du même chapitre indique qu'il y avait 5 000 croyants, en fait 5 000 hommes, sans compter les femmes et les enfants, qui avaient adhéré à l'annonce de la Bonne Nouvelle.

Un seul cœur, voilà qui montre un élan de bons sentiments dans la communauté et une seule âme laisse à voir une haute spiritualité partagée. Quel monde parfait entre ceux qui se reconnaissent frères car se sachant enfants de Dieu, comme le disait le premier texte lu, l'épitre de Jean !

Et quelle était leur spiritualité ? Le texte poursuit : aucun des possédants … De quoi nous parle Luc ? De relation avec Dieu ou de comptes en banque ?

Continuons dans le texte, Les apôtres rendent un grand témoignage sur la résurrection du Seigneur Jésus. Ah, on va lire une prédication sure et solide puisqu'elle vient des Douze et ils vont nous dire leur foi en la résurrection de Christ qu'il ont vu de leurs propres yeux. Nous allons comprendre ce qu'est la foi de vrais croyants. Le texte poursuit : il n'y avait pas d'indigent … il y avait des propriétaires. Patatras ! On attend un cœur et une âme, on reçoit la déclaration à remplir pour l'I.S.F. (Impôt Sur la Fortune) et la liste, heureusement vide, des bénéficiaires du R.S.A. (Revenu de Solidarité Active).

Où donc est la foi dans le Dieu du Christ Ressuscité ? Dans le fric ?

Pour nous le cœur est le lieu symbolique du sentiment humain et l'âme celui de la piété envers Dieu. Mais le texte a été écrit en grec il y a environ 1 950 ans dans le vocabulaire et le schéma de pensée d'alors.

Dans cette langue, le cœur kardia (kardia) est le lieu de l'intelligence,ce que nous situons dans le cerveau. Comme il ne s'agit pas d'un individu mais de la foule, il faut, me semble-t-il, comprendre par cœur l'organisation réfléchie de la vie de la communauté.

Dans cette langue, l'âme yuxh (psuqê) est la source de la vie, le lieu de la pensée agissante. Au niveau collectif, je comprends par âme les schémas de pensée, la culture commune qui permet de prendre les décisions au jour le jour.

Ainsi le passage enchaîne d'une manière cohérente les principes, le cœur et l'âme, et la vie économique (indigents, propriétaires) de la première communauté.

Apôtres de la résurrection ou témoignage de la résurrection

La phrase suivante est souvent lue les apôtres donnaient un témoignage fort sur la résurrection du Seigneur Jésus. Mais le mot "résurrection" est au génitif, sans préposition "au sujet de" ; elle suit immédiatement le sujet "apôtres", tandis que le complément d'objet direct "témoignage" est situé devant. Au mot à mot, cela se traduit les apôtres de la résurrection donnaient un témoignage fort.

Les apôtres, c'est-à-dire les envoyés, sont pour nous lecteurs, les envoyés de la résurrection de Dieu. Ce n'est pas en leur nom et d'eux-mêmes qu'ils rendent témoignage, mais parce qu'ils sont les envoyés de la résurrection du Christ. Au jour de Pâque, nous l'avons lu dans les textes de dimanche dernier, ils étaient terrés de terreur ; peu après, c'est le texte de l'évangile de Jean lu tout à l'heure, ils étaient enfermés de peur des Hiérosolymitains (mot savant pour désigner les habitants de Jérusalem) ; ils rendaient donc un témoignage de leur peur après la mort de leur maître.

Au cours de leur vie sur les routes de Galilée, de Samarie et de Judée, ils ont été plusieurs fois les envoyés de Jésus qui leur demandait de le précéder pour annoncer la bonne nouvelle et guérir des malades. Maintenant ils sont auprès de toutes et tous les envoyés de la résurrection et rendent un témoignage de leur vie transformée par la résurrection de Jésus, par leur participation à cette nouvelle présence du Christ, par leur vie de ressuscités. C'étaient des envoyés d'un homme, ils sont les envoyés d'une vie nouvelle.

Énorme force, énorme joie

Et ils rendent témoignage avec une force énorme, pas simplement avec une grande force, mais avec une force méga, du grec megalh (megalê au féminin) ou megav (megas au masculin). Et comme méga est devenu le coefficient un million (un Méga octet vaut un million d'octets), les apôtres disposaient d'un million de forces ; mieux que Popeye !

D'autant plus que le grec traduit par force ou puissance est dunamiv (dunamis). Comme le dit la publicité pour des bonbons suisses, ils avaient de la dynamite ; bref ils pétaient la forme.

Le texte continue en disant qu'une joie énorme reposait sur eux tous. "Reposait" est d'ailleurs inapproprié puisqu'ils n'étaient justement pas au repos mais s'activaient beaucoup au témoignage. Elle les couvrait tous, il ne s'agit plus des "apôtres" mais de la foule des croyants ; ils étaient tous au bénéfice de cette joie énorme, on a là le même adjectif grec megalh (megalê) que précédemment. Nous avons tous vocation à vivre de cette joie immense.

Je vous dis joie, car c'est le véritable sens du grec xariv (qaris) employé dans cette phrase. J'aurais pu, comme d'autres, utiliser le décalque habituel "grâces" mais cela n'aurait été qu'adopter un jargon ecclésiastique convenu qui ne parle plus à personne. Il ne s'agissait pas alors d'avoir reçu une grâce, une capacité ou une autorisation de porter témoignage, mais de le faire en étant rayonnant de joie.

Et nous ? Avons-nous de la dynamite en témoignant de notre foi et avons-nous la joie de le faire.

Témoignage, joie, car, parce que, pour effet

Certains témoignaient avec force et tous étaient en joie. Mais avec quels effets ou conséquences ? Eh bien, je ne sais pas, le texte ne le dit pas.

En effet, on lit deux subordonnées construites en parallèle et introduites chacune par la conjonction gar (gar), laquelle se traduit par "en effet" ou "car". Je comprends qu'il y a deux raisons, pas deux conséquences, mais deux causes qui permettent le témoignage et la joie, ou plutôt probablement qui permettent l'énormité, la profusion du témoignage et de la joie.

La première est qu'il n'y avait pas d'indigent parmi eux. Il faut comprendre qu'il n'y avait pas de pauvre au sein de la communauté des croyants, il n'est pas encore question de s'intéresser à tous les habitants de Jérusalem ; on se contente à vivre la charité au sein de cette nouvelle famille, ce qui n'est déjà pas si mal à cette époque sans la Sécurité Sociale.

La seconde est qu'il y avait des propriétaires parmi eux, et on verra qu'ils vendent régulièrement une partie de leurs biens. Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, la présence de riches n'est pas la cause de l'absence d'indigents, en tout cas pas dans le texte. C'est en parallèle la présence de riches et l'absence de pauvres qui sont la cause de l'immense joie et de la puissance du témoignage.

Certes le texte nous raconte que les riches partagent, mais pour cela il faut qu'il y ait des riches, et cela est source de joie. Nous ne sommes pas dans une mentalité janséniste qui considère qu'il est honteux d'avoir de bons moyens financiers, ni même dans une approche qui considère qu'un bon riche est un riche qui se dépouille. Non, et on se rapproche de Max Weber, il est joyeux qu'il y ait des riches dans la communauté. Je suppose que la trésorière ne me contredira pas !

On lit dans le verset 4 du chapitre suivant, c'est le même récit qui continue : Ne pouvais-tu pas garder ton terrain sans le vendre, ou si tu le vendais en garder tout le prix pour toi ?. Cela indique que la vente des champs et maisons était volontaire et le don à la communauté facultatif. Ce n'est pas un impôt obligatoire ni un prélèvement forcé, c'est juste le plaisir de donner qui donne une énorme joie aux donateurs et aux bénéficiaires.

Frères et sœurs, je suis persuadé que nous aussi, nous donnons avec plaisir ce que nous décidons de donner !

Distribué

Le produit de la vente était déposé aux pieds des apôtres et il était distribué. Notez l'emploi du passif "était distribué" ; le texte ne dit pas que les apôtres ou les diacres distribuaient l'argent, même si c'était probablement le cas. Il ne dit pas que le riche donnait à des personnes dans le besoin, il est simplement écrit que l'argent était distribué, sans indication de l'acteur. Il ne s'agit donc, pas comme le chantait Jacques Brel, que les dames patronnesses tricotaient des pulls couleur caca d'oie pour reconnaître leurs pauvres à la grand-messe.

D'une part, l'anonymat du donateur vis-à-vis du bénéficiaire est un gage d'indépendance et de liberté de chacune des deux parties. D'autre part la forme passive est souvent utilisée dans la Bible hébraïque comme dans la Bible grecque pour indiquer une action de Dieu. Cette péréquation était signe d'une intervention divine au sein de la communauté chrétienne naissante, non pas directement, mais au travers de chaque humble action de partage.

Notre résurrection

Ma résurrection

Les apôtres, les disciples de la première communauté ont fait une expérience particulière, celle de la résurrection du Christ. Mais il ne s'est pas agit d'un spectacle, d'un diaporama de photographies ou d'une projection de cinéma ; ils ont vécu une expérience spirituelle profonde, radicale qui les a envoyé porter le témoignage de la résurrection. De juifs apeurés, ils sont devenus chrétiens militants, ils ont participé à la résurrection du Christ.

C'est exactement à quoi nous sommes appelés, non pas à nous réunir ici dans ce temple en souvenir d'une mort ignominieuse et des événements bizarres qui ont suivi, mais à renaitre en Christ, ou plutôt à revivre en sa résurrection.

Mais que veut pouvoir dire pour nous aujourd'hui les verbes renaître et ressusciter s'ils peuvent s'appliquer à nous humains du XXIème siècle ?

Renaissance, Résurrection

Pour procéder par comparaison, prenons les cas d'une personne dont le cœur est prêt à lâcher ; elle est malade, elle se traîne, elle fatigue vite, bref elle est mal en point. Un beau jour, elle bénéficie d'une greffe cardiaque ; quelqu'un d'autre est décédé et lui fait don d'un organe en bon état. L'opération se passe bien, l'opéré(e) revit. La famille, les voisins peuvent dire que le (la) malade est ressuscité(e), en fait il ne s'agit que d'une revitalisation. C'est la même personne avant et après, le même corps, le même esprit mais maintenant bien vivante.

Par analogie, quelle pourrait être une résurrection ? Pour donner à penser, je propose l'idée d'une personne tétraplégique à cause d'un défaut de la moelle médullaire. Cette personne ne peut pas marcher, pas même bouger ses bras ; l'immobilisme l'a fait grossir, mais son cerveau fonctionne bien et même, en réaction, à perfection. Un beau jour on pratique une greffe, non pas une greffe de la colonne vertébrale, mais une transplantation de son cerveau dans le corps de quelqu'un d'autre décédé d'une tumeur au cerveau. C'est impossible, je crois heureusement, mais imaginons ! Il faut à cet ancien malade tout réapprendre, à bouger ses membres, à se déplacer, et aussi à se réapproprier le corps d'un autre, une nouvelle manière de s'habiter soi-même. Voilà une résurrection.

Prenons un autre couple d'exemples individuels. Un homme est ingénieur commercial, il s'agite en permanence, il brasse des affaires, il se déplace sans arrêt vivant du lundi au vendredi à l'hôtel et le week-end chez lui, enfin chez son épouse, à dormir et essayer de récupérer de sa fatigue de la semaine. Il ne vit pas pour lui, encore moins pour sa famille. Il n'est qu'actions, même pas pour lui, mais pour l'entreprise qui le salarie ; en théologie protestante nous disons qu'il consume sa vie dans ses œuvres. Survint la retraite qu'il avait espérée ; il décide de prendre le temps de s'occuper de son épouse, de ses petits-enfants dont il n'avait pas encore perçu la naissance. Il lit désormais et donne de son temps qui ne lui appartenait pas auparavant : un ou deux jour par semaine à l'Entraide Protestante de sa ville. Il renait, enfin ! Il est profondément changé, mais toujours le même individu.

L'autre exemple, c'est Le Pen en 2012. Il s'est présenté aux élections présidentielles contre l'avis de sa fille Marine qui se voyait bien calife à la place du calife ; il a obtenu 1,5 % des voix. Après cette mort politique, il se remet en cause et part vivre à Calais dans une caravane pour distribuer le soir la soupe aux réfugiés afghans qui tentent le passage de la Manche. Il les aide à apprendre le français et à s'acclimater au mode de vie européen pour que ces migrants puissent s'installer en France. Voilà, non seulement il renait par son changement de mode de vie, mais il ressuscite par son changement de manière de vivre avec autrui. Vous pouvez me dire que je rêve, que ce n'est pas possible ; mais après Pâque les disciples rêvaient-ils ? La résurrection de Christ, était-elle humainement possible ?

Résurrection collective

Mais hormis l'histoire de Thomas, les textes de ce jour ne portaient pas principalement sur des conversions personnelles, il s'agissait de comportements collectifs. Que pouvons-nous imaginer dans la nouvelle vie introduite par la Pâque.

On nous répète depuis six mois que le capitalisme est mort, enfin un certain capitalisme. Il y en a même un qui monte sur ses ergots pour claironner qu'il va tout seul en récréer un nouveau tout beau ; lui qui s'était auparavant déclaré champion du système et s'est montré l'ami idéologique des banquiers et des responsables de la catastrophe.

Il y a donc un mort qui est un système fou qui recherche principalement le profit immédiat pour les actionnaires, qui ne sait pas investir pour le long terme, qui crée toujours plus de consommation sans satisfaire les besoins réels des habitants de la planète. À la fin de l'année dernière nous avons vécu l'après-midi du vendredi, celle de la mort ; voir la fin du tunnel en 2010 est un acte de foi.

Penser une renaissance, c'est revitaliser le système économique et ajoutant un peu de vitamine, de sérum, un ou deux coups d'électrochoc pour remettre en route la machine telle qu'elle était avant après avoir purgé quelques anomalies trop visibles. On fait une réunion des 20 plus gros, on crie un peu, on dit qu'on va publier une liste de paradis fiscaux, mais toutefois sans enclencher une quelconque action contre eux, sinon les nommer ; le lendemain on dit que ladite liste est vide.

Ici on injecte beaucoup d'argent dans les plus grosses banques sans exiger l'accès aux mécanismes de décision, lesquelles banques en profitent pour déclarer des bénéfices et donc pour distribuer aux actionnaires l'argent versé par l'État. Là on décide de construire des réacteurs nucléaires dits de nouvelle génération et qui ne sont qu'un habillage technique des précédents mais dont le budget et la durée de construction dépassent énormément les prévisions initiales. Ailleurs on décide de construire de nouvelles autoroutes dont le refus avait été décidé l'année précédente au nom de l'écologie. Plus loin on donne de l'argent aux automobilistes pour qu'ils achètent de nouvelles bagnoles et aux fabricants pour qu'ils relancent les chaînes et diminuent un peu le nombre d'ouvriers mis au chômage technique. Ou tout cela ensemble dans un même pays en annonçant un "plan de relance".

Voilà la renaissance que certains attendent. Recommencer comme avant en oubliant la crise ; comme si la mort pouvait être effacée en reprenant la vie d'avant.

Mais après le dimanche de Pâque, les apôtres sont-ils contentés de repartir à la pêche sur la mer de Galilée ? Si cela avait été le cas nous n'aurions pas entendu parler de l'aventure de Jésus de Nazareth, mort et ressuscité en Christ en avant-première de notre salut !

On peut agir autrement. Les propriétaires peuvent comprendre que l'argent dormant dans les maisons inoccupées et les champs non labourés ne sert à rien ni à personne ; c'est ainsi qu'ils vont vendre pour investir utilement dans des activités donnant localement du travail ou pour partager avec les nécessiteux. Les patrons peuvent avouer que la diminution drastique des achats de voiture ne date pas de la crise financière mais a été renforcée par elle ; ils peuvent comprendre que la mévente correspond à la prise de conscience par une partie des citoyens de l'inutilité des 4*4 pollueurs et énergétivores et de l'absolue nécessité d'utiliser des véhicules peu gourmands en ce pétrole tellement efficace mais dont nous avons atteint la maximum possible d'extraction et qui sera de plus en plus cher avant d'être de plus en plus rare.

La résurrection de la société pourrait être le développement des transports collectifs, la construction de nouvelles lignes et voies de circulation et l'augmentation des cadences de passage. Voilà ce qui produit le moins de gaz à effet de serre au kilomètre passager et qui diminue drastiquement le nombre de blessés de la route. Ne peut-on pas aussi favoriser le rhabillage des habitations et des bureaux pour qu'ils perdent moins de chaleur l'hiver et gardent plus de fraicheur l'été. Voilà des emplois non délocalisables et dont certains peuvent convenir à des jeunes en cours de qualification et d'autres aux émigrés qui résident dans nos murs.

Il me semble que ce pourrait être là quelques messages de résurrection collective pour notre monde, quelques Bonnes Nouvelles pour annoncer à nos frères et sœurs les humains leur résurrection personnelle, afin de bâtir une terre d'amour agapew. Mais vous aller trouver vous-mêmes bien d'autres idées pour être à votre tour apôtres de la Résurrection de notre Seigneur.

Exhortation

Nous voici au terme de ce cheminement au travers ces textes relatant la présence du ressuscité auprès des Dix, puis des Onze avec Thomas, Si, comme Thomas désormais, vous croyez que Christ est véritablement présent dans la vie de celles et ceux qui ont confiance en Lui, soyez assurés que l'Esprit met en vous la puissance de sa Vie et vous donne la possibilité de participer dès aujourd'hui à sa Résurrection.

Que chacun et à chacune puisse trouve son chemin, c'est la grâce, l'énorme joie que je vous souhaite.

Amen !


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Date de création : 24 mai 2009.
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