Consolez,

consolez mon peuple !

Esaïe 40,1-11

Sommaire

Préambule

Cette page est issue d'une prédication que j'ai dite le 8 décembre 2002, lors du culte dominical au Temple du Change.


Le texte

Une mère console un enfant

"Consolez, consolez mon peuple !", dit votre Dieu.

Parlez au cœur de Jérusalem et criez-lui

Une voix crie :

Une voix dit :

On lui répond :

(La voix : )

Traduction par mes soins.


Prédication

Consolez, consolez mon peuple !

Une époque de tristesse

Ainsi commence le chapitre 40 du rouleau d'Esaïe ; ainsi débute ce qu'on appelle le livre de la Consolation qui aurait été écrit pendant la seconde moitié du sixième siècle avant notre ère.

Une quarantaine d'année auparavant, le peuple de Jérusalem et de Juda, ou plus exactement ses dirigeants, avait été déporté à Babylone par le roi Nabuchodonosor. Au temps de cet écrit, le roi perse Cyrus s'apprête à envahir Babylone où sont encore prisonniers les déportés et leurs descendants. Dans quelques années, vainqueur, il permettra aux juifs exilés de revenir au pays.

Se lève alors un homme inspiré par l'Esprit de Dieu. Ce second Esaïe prophétise et annonce : "Consolez, consolez mon peuple !".

Pour faire sienne cette parole, il faut se poser plusieurs questions.

Qui parle ?

Le texte dit explicitement que Dieu est le locuteur.

Quelle est cette parole ?

Ce n'est ni une prophétie, ni une annonce d'un événement à venir, ni une louange, ni une prière. C'est un ordre, il faut consoler le peuple … Lequel ? De quoi ?

À qui Dieu donne-t-il cet ordre ?

Le texte n'indique pas explicitement quels sont les interlocuteurs.

Habituellement la parole de Dieu est adressée à un prophète et lui donne l'ordre de parler à tous, selon le schéma : "Écoute et annonce ma volonté", c'est d'ailleurs le sens du mot "prophète" : "celui qui parle devant", c'est-à-dire au nom de la divinité.

Mais clairement ce n'est pas le cas ici, car l'ordre est à la seconde personne du pluriel. Il ne s'agit pas d'un pluriel de politesse car Dieu ne vouvoie pas Esaïe, son serviteur … d'autant plus que le pluriel de politesse n'existe pas en hébreu, pas même pour parler à Dieu.

Si ce n'est pas au prophète, à qui s'adresse le Seigneur ? À qui donne-t-il cet ordre ?

Il s'adresse à ceux qui entourent le prophète, probablement lors d'une cérémonie liturgique entre déportés.

Dieu donne un ordre à ceux qui ont été déportés, à ceux qui sont, je l'ai dit tout à l'heure, l'élite du peuple de Juda.

Pendant ces cinquante années de bannissement, ces gens-là ont été obligés de repenser complètement leur relation à leur Dieu car ils étaient loin du temple de Salomon à Jérusalem, loin du lieu unique où on priait et où on rendait un culte. Ils ont collationné, mélangé, synthétisé leurs anciennes traditions, enfin ils ont écrit la Torah telle que nous la connaissons aujourd'hui.

Devant des conditions qui avaient changé, face à un monde nouveau, face à la parte des valeurs sures de la religion, ils ont su trouver des formulations nouvelles, ils ont su dire Dieu, ils ont inventé le judaïsme.

Certes leur religion du sixième siècle avant Jésus ne nous semble aujourd'hui pas conforme à l'idée que nous faisons de Dieu. Mais il faut reconnaître l'effort accompli par ces déportés.

Ainsi dans ce passage Dieu s'adresse à eux qui avait eu la chance et la charge de repenser et de reformuler leur religion, à eux qui sont maintenant forts de leur foi renouvelée. Il leur demande maintenant d'aller réconforter, de porter la consolation.

Et ils le peuvent maintenant après ces cinquante années de peines parce qu'ils ont des choses nouvelles à dire.

Qui doivent-ils consoler ?

Les anciens doivent consoler le peuple, … "mon peuple", dit Dieu, mais quel peuple ?

Il s'agit sans doute de la petite fraction du peuple autour des anciens, ceux qui sont loin de chez eux et qui désespèrent de rentrer.

Il s'agit aussi et surtout de fortifier la majorité du peuple, ceux qui sont loin des penseurs de Babylone, ceux qui sont restés à Jérusalem et en Judée. Ceux-là ont perdu le pouvoir royal, parce qu'il a été supprimé par l'envahisseur ; ils sont séparés du pouvoir religieux, car il a été exilé à Babylone.

Ce peuple a été éloigné de la foi en Dieu et de la communauté croyante. Pensez donc, les plus jeunes n'ont même pas reçu d'enseignement religieux !

Et maintenant !

Même un adulte doit pouvoir être consolé

Vous qui lisez mes propos sur cette page web comme les anciens écoutaient Esaïe lors de la prière israélite … vous êtes, nous sommes, le petit reste religieux d'aujourd'hui comme les exilés l'étaient alors.

Sachez, sachons, trouver les mots nouveaux pour inventer la parole de consolation pour le peuple de Dieu, pour ceux qui sont proches de vous en Église, comme ceux qui sont loin, qui se sont éloignés de la foi ou qui n'ont jamais entendu la Parole de Dieu.

C'est ainsi que nous tracerons le chemin du Seigneur à travers le désert.

Sachez, sachons, agir comme consolateurs En grec on dit paraklet (paraclet), c'est un des noms qu'ont donné les premiers chrétiens à l'Esprit Saint. À chaque fois que nous savons avoir cette parole de consolation, nous sommes porteur de l'Esprit, le Saint, le Consolateur.

Les images sont tirées du site Microsoft.
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Date de création : 23 décembre 2002.
Dernière révision technique : 26 janvier 2005.
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