Un eunuque éthiopien

Affichage du sommaire de la section Chrétienne

Actes des Apôtres 8,26-40

Sommaire

Le texte

Présentation

Voici au chapitre 8, les versets 26 à 40, ce que "Luc" écrit d'une rencontre du diacre Étienne avec un "homme" que l'Esprit a mis sur son chemin.

C'est le texte d'une prédication que j'ai donnée le 18 mai 2003 au temple du Change à Lyon.

Retour au sommaire de l'article sur la rencontre d'un eunuque éthiopien avec le diacre Philippe

Actes 8,26-40

Un messager du Seigneur s'adresse à Philippe et lui dit :

(Philippe) se lève et (s'y) rend. Or voici un homme, (c'est) un Éthiopien, un eunuque, dignitaire de la cour de Kandakè, reine d'Éthiopie, et responsable de tous ses trésors. Il était venu à Jérusalem pour se prosterner et s'en retourne (chez lui). Assis dans son char, il lit le (rouleau du) prophète Esaïe.


Le Souffle dit à Philippe :

Philippe y court et il entend l'(homme) lire le prophète Esaïe. Il lui demande :

L'autre répond :

Et il invite Philippe à monter et à s'asseoir avec lui.


Le passage de l'Écriture qu'il lisait était le suivant :

Prenant la parole, l'eunuque dit à Philippe :

Alors Philippe ouvre la bouche et partant de ce passage, il annonce la bonne nouvelle de Jésus.


En continuant la route, ils arrivent à un point d'eau, et l'eunuque dit :

Philippe lui dit :

(L'homme lui répond) :

Et il ordonne d'arrêter le char ; ils descendent tous les deux dans l'eau, Philippe et l'eunuque. Et le (premier) immerge le (second).

Lorsqu'ils remontent de l'eau, le Souffle du Seigneur enlève Philippe et l'eunuque ne le voit plus. Alors il poursuit sa route, tout joyeux.


Philippe se retrouve à Azoth, continuant sa route il annonce la bonne nouvelle dans les villes traversées jusqu'à ce qu'il arrive à Césarée.

Traduction pas mes soins Retour au début de l'article sur la rencontre d'un eunuque éthiopien avec le diacre Philippe

Mon commentaire

Une histoire d'Écriture

C'est des Écritures que nous parle la péricope des Actes, ou plus exactement d'un commentaire des Écritures effectué par Philippe à la demande de l'Esprit pour un Éthiopien, prédication qui se concrétise par le baptême du second par le premier.

Cela vaut le coup de regarder ce texte de plus près.

Retour au sommaire de l'article sur la rencontre d'un eunuque éthiopien avec le diacre Philippe

Des acteurs

Tout d'abord qui sont les acteurs ? Par ordre d'entrée en scène :

  1. un messager du Seigneur,
  2. Philippe,
  3. un Éthiopien,
  4. une reine,
  5. le prophète Esaïe,
  6. le Souffle.

Regardons les agir, l'un après l'autre.

Retour au sommaire de l'article sur la rencontre d'un eunuque éthiopien avec le diacre Philippe

Messager

Le messager du Seigneur ouvre l'histoire. C'est lui qui a l'initiative, il s'adresse à Philippe pour le mettre en mouvement. Vous savez que "messager" est la bonne traduction du grec "angelos" que certains ne se donnent pas la peine de traduire et notent "ange". Le plus souvent, la Bible ne parle d'un messager de Dieu que pour éviter de mettre en jeu directement la divinité.

Cela se vérifie ici encore car le "messager du Seigneur" du verset 26 est dit "pneuma", le Souffle, l'Esprit lors de sa seconde intervention au verset 28 ; il se retrouve "Souffle du Seigneur" au verset 39 quand il pousse Philippe dans une nouvelle direction.

Trois manières de parler d'une seule réalité, celle d'une intervention divine qui nous fait bouger, mais qui ne fait pas par lui-même.

La péricope présentée ci-dessus est bien délimitée, elle se situe entre deux interventions présentées un peu magiquement, celle du Souffle divin qui place Philippe sur cette route de Jérusalem à Gaza, puis qui l'enlève pour d'autres villes et d'autres rencontres qui ont aussi besoin de lui.

Vous pouvez croire ou non à ce genre de miracles par transportation, mais ce n'est pas l'objet du texte. On dit que ce n'est pas Philippe qui est à l'initiative, mais Dieu qui provoque des rencontres inattendues où il attend notre témoignage.

Une vie bien remplie est toujours présentée comme étant sous l'influence du Souffle de Christ.

Retour au sommaire de l'article sur la rencontre d'un eunuque éthiopien avec le diacre Philippe

Philippe

L'acteur principal est Philippe, dont le nom est indiqué 9 ou 10 fois, selon la manière dont on compte. Qui est Philippe ?

Ce n'est pas un des douze appelés par Jésus pour le suivre sur les routes de Galilée et de Judée, ce Philippe-là n'apparaît qu'une fois dans chacun des évangiles synoptiques et une fois dans les Actes, quand on indique le nom des Douze ; cependant dans Jean il a un rôle plus important d'intermédiaire entre Nathanaël et Jésus (au chapitre 1), entre des juifs hellènophones et Jésus (chapitre 12), entre Jésus et la foule affamée qui était venue l'écouter (chapitre 6).

Non, ici il s'agit d'un des Sept, dont il est utile de rappeler l'histoire racontée au chapitre 6 des Actes. La communauté primitive était regroupée autour des Douze, mais rapidement des dissensions se font jour entre les juifs de Palestine et ceux de la diaspora qui s'estiment défavorisés.

Aussi est-il décidé de choisir sept hommes : Étienne, Procore, Nicanor, Timon, Parménas, Nicolas et le Philippe de notre histoire. Ces sept hellènophones sont désignés pour "le service (diakonia) de la table" et "pour distribuer la nourriture aux veuves". Ainsi déchargés des tâches subalternes, les Douze pourraient se consacrer à la prière, à la Parole et à l'enseignement.

Un peu d'organisation dans la communauté, voilà qui ne peut pas faire de mal. Les intellectuels à la prédication et les diacres (diakonoï, ceux qui font le service) comme Philippe à l'Entraide  … Protestante ! Mais patatras, le plan des hommes foire dès qu'il est mis en place.

Dès qu'il est nommé ministre aux popotes, ministre c'est le mot latin ministerium qui traduit le grec diakonos, Étienne se met à discuter avec les juifs de la diaspora résidant à Jérusalem et à leur dire la Bonne Nouvelle. Il est alors amené de force devant le Sanhédrin où il fait une prédication synthétisant en Jésus l'histoire des patriarches, de Moïse et des prophètes ; il est condamné pour trouble à l'ordre public, comme Jésus, et est lapidé, comme Jésus aurait dû l'être. Il meurt en martyr, c'est à dire en témoin de la foi en Christ.

C'est tout le contraire de ce qui était prévu ! Désignés pour les tâches matérielles et pour laisser l'annonce de Dieu au Douze, Étienne et les autres se trouvent en première ligne pour dire la Bonne Nouvelle alors que les Douze disparaissent rapidement du texte.

Après l'assassinat légal d'Étienne, Philippe est contraint de quitter Jérusalem et se réfugie en Samarie, donc au Nord de Jérusalem (début du chapitre 8) ; il y annonce le Christ et baptise, déjà, de nombreux croyants. Ensuite, c'est notre récit d'aujourd'hui, Philippe est envoyé au Sud de Jérusalem sur la route de Gaza qui passe par Hébron.

Après il continue de proclamer la bonne nouvelle à Azôt ou Ashdod sur la côte méditerranéenne puis à Césarée, port romain du Nord de la Palestine où il fondera une importante Église locale et y recevra Pierre

(c'est l'épisode du centurion Corneille au chapitre 10) puis Paul (au chapitre 21).

Retour au sommaire de l'article sur la rencontre d'un eunuque éthiopien avec le diacre Philippe

Eunuque

Revenons à notre histoire avec le second personnage. Il s'agit d'un homme … d'ailleurs il n'y a pas de femme dans le récit, même pas le Souffle qui est grec est masculin, alors que l'hébreu correspondant "ruah" est féminin.

Cet homme, dont on ne connaît pas la nom, est un Éthiopien. C'est en tout cas la translittération usuelle. du grec "aîthiopos". Ce mot est issu de deux racines : "visage" et "brûlé". Pour un juif et pour un grec est Éthiopien toute personne dont le visage est brûlé par le soleil, c'est-à-dire une personne de race noir. Donc le Souffle provoque une rencontre entre Philippe, un juif blanc de langue grec et un Éthiopien noir dont j'évoquerai tout à l'heure la religion et la langue.

Cet homme a une caractéristique remarquable, je devrais dire un manque caractéristique, il est eunuque. Qu'est-ce à dire ? Je sais que vous savez la réponse d'un point de vue anatomique, néanmoins je précise.

Le mot hébreu sous-jacent est plus direct, "çariç" qui vient d'une racine signifiant castrer, il apparaît 41 fois dans la bible hébraïque, c'est dire que le phénomène n'était pas rare.

Le mot grec "eunouksos" provient de deux racines : "lit" et "gardien". Un eunuque est étymologiquement un gardien du lit.

On connaît dans le Proche Orient ancien, y compris dans la Bible chez Salomon, et jusqu'à l'empire Ottoman du XIXième siècle de tels eunuques qui étaient responsables du harem formé par les épouses du souverain ou d'autres princes. On leur confiait cette responsabilité parce qu'ils ne pouvaient pas se comporter en concurrents du maître de maison auprès des femmes, pour des raisons anatomiques évidentes.

Éventuellement on leur confiait d'autres responsabilités comme celle de trésorier royal parce qu'on supposait que n'ayant pas de descendance, ils n'auraient pas la tentation de détourner le trésor royal à leur profit et au profit de leurs enfants. Les eunuques avaient la réputation d'être désintéressés, donc fiables politiquement parlant.

Peut-être pourrait-on envisager de remettre au goût du jour cette ancienne coutume pour renouveller le personnel politique d'aujourd'hui ? Actuellement, il semble qu'avoir des capacités inverses est ressenti positivement par les électeur, tant au niveau des prouesses sexuelles que dans les capacités à détourner le bien public.

À l'époque, être un eunuque, soit naturellement, soit par intervention humaine, était un honneur ; étant homme de …, enfin personne de confiance, un eunuque avait facilement une place enviable dans la société. D'ailleurs notre Éthiopien était, c'est dit au verset 27, un dignitaire, un haut fonctionnaire dans son pays.

Mais pourquoi y a-t-il un eunuque dans cette histoire ?

Il me semble que sa place dans ce passage des Actes, est de monter la gestion d'un manque. L'eunuque est, par nature, en manque, puisqu'il lui manque un attribut essentiel pour vivre comme homme et être heureux comme époux.

Cette histoire va se révéler être le comblement d'un manque, même si ce n'est pas le manque biologique qui sera comblé mais un manque spirituel. À la fin, au verset 39, il nous est dit que l'Éthiopien s'en fut son chemin tout joyeux, une fois baptisé.

Philippe, lui-même, est en manque de la présence de Jésus de Nazareth, homme parmi les hommes.

Cette histoire est le passage du vide au plein, du manque au comblement par la prédication et l'action de Philippe.

Retour au sommaire de l'article sur la rencontre d'un eunuque éthiopien avec le diacre Philippe

La reine

La reine Kandakè est le quatrième personnage du texte. Peut-être la connaissez-vous sous le nom de Candace, mais le grec a un kappa initial et un kappa final et non un sigma, d'où ma traduction. En fait ce nom Kandakè n'est pas un nom propre comme Louis, Henri ou Salomon, c'est un titre comme "roi", "empereur", "César" ou "pharaon". La racine égyptienne du mot semble dire "qui possède", ce qui convient bien à une fonction royale.

Représentations d'une reine Kandikè au combat

Selon les historiens romains Pline et Strabon, Kandakè est le nom d'une dynastie de femmes, notons le fait assez rare dans une antiquité qui était encore moins féministe que notre époque. Cette dynastie régnait sur le royaume de Méroë dont la capitale Napata se situait sur une île au milieu du Nil en amont, au sud, de la 6° cataracte.

Pour celles et ceux qui auraient oublié leur géographie, comme moi quand j'ai préparé ce commentaire, cela place cet ancien royaume autour du Kartoum actuel soit au Nord du Soudan d'aujourd'hui, maintenant arabe, mais alors noire. Donc il ne s'agit pas l'Éthiopie d'aujourd'hui qui se situe plus au sud-est.

C'était un peuple guerrier fameux, puisqu'ils avaient mis la pâté aux romains d'Égypte au alentours de 20 avant l'ère commune, 50 ans avant notre récit. Ces Éthiopiens étaient donc fort sympathiques aux yeux des juifs, les ennemis de nos ennemis sont nos amis, même s'ils étaient noirs.

Comme il s'agit d'une reine et non d'un roi, l'eunuque n'était pas préposé au gardiennage du harem royal, comme je l'ai dit, il était une sorte de ministre des finances et devait être financièrement très à l'aide. Suffisamment pour pouvoir se payer un voyage privé à Jérusalem qui était fort long à l'époque et qui coûtait très cher. Et il s'agit d'un voyage privé car on ne lit aucune allusion à une quelconque ambassade.

Ici cette reine n'a aucun rôle, mais on peut deviner un jeu de mot et une allusion entre cette reine de, en hébreu, "Çaba" avec un samekh et la reine de "Séba" avec un sin, l'autre S de l'alphabet hébraïque, reine éblouie par la sagesse de Salomon et dont certains Éthiopiens se réclament, comme le faisait le négus. Vous vous rappelez sans doute de l'histoire des fallachas, ces juifs noirs Éthiopiens, expatriés de force par le gouvernement juif et qui constituent encore actuellement un prolétariat sous qualifié et sous payé.

J'en ai vu l'année dernière formant une escouade qui contrôlait l'accès au mur des lamentations.

Retour au sommaire de l'article sur la rencontre d'un eunuque éthiopien avec le diacre Philippe

Esaïe

Le cinquième personnage est Esaïe, le grand prophète. Il est muet puisqu'il est mort depuis longtemps quand se déroule notre aventure,

mais il est très présent et il parle par son rouleau que lit l'eunuque et que va commenter Philippe.

Retour au sommaire de l'article sur la rencontre d'un eunuque éthiopien avec le diacre Philippe

Le mouvement du texte

Premiers emboîtements

Reprenons le fil de l'histoire.

Nous partons d'une intervention du Souffle qui, au début, provoque la rencontre de Philippe avec l'eunuque et à la fin provoque la séparation des deux personnages. Dans le langage technique d'analyse de la Bible on appelle cela une inclusion en opposition par laquelle l'auteur montre un changement des personnes.

Nous avons ensuite mis en évidence une seconde inclusion à l'intérieur de la première, celle qui fait passer du manque à la plénitude. On part d'un homme en manque intérieur, parce qu'eunuque, même s'il est riche en apparence car homme important dans son royaume et on arrive à un homme joyeux comblé de sa rencontre avec Philippe et par là même avec la Parole de Dieu.

Si on continue ce jeu de poupées russes qui s'emboîtent les unes dans les autres, la troisième inclusion est celle de la route ou du chemin. Le mot "oïdos" revient deux fois (versets 26 et 39) pour nous rappeler que le christianisme en gestation au sein du judaïsme fut d'abord appelé "le courant, la secte, de la voie" V O I E le chemin vers Dieu,

même si on peut faire en français le jeu de mot "le chemin de la voix" V O I X qui nous place en écoute de Christ qui s'est révélé la voix "logos" de Dieu.

Retour au sommaire de l'article sur la rencontre d'un eunuque éthiopien avec le diacre Philippe

La rencontre

Sur cette route passe un char. Il ne s'agit pas d'un char à bœufs comme ceux des rois fainéants. Il n'y a pas de bœufs en Judée puisque les animaux châtrés sont aussi interdits, d'ailleurs il y a peu de vaches et de taureaux dans ce pays aride, contrairement au Liban au Nord.

L'esprit dit à Philippe de rattraper le char, ce qui oblige le diacre à courir, car les chevaux marchent vite, peut-être même trottinent-ils, ce qui prouve que Philippe était un sportif et avait de l'endurance. D'autant plus que Philippe a le temps d'entendre l'Éthiopien lire le passage d'Esaïe, de lui poser la question du sens et obtenir une réponse avant d'être enfin invité, probablement essoufflé de la course. Encore que Philippe étant l'homme qui parlait aux chevaux, il a dû leur dire de ralentir le temps d'engager la conversation.

Comment sais-je que c'était des chevaux et que Philippe leur parlait alors que ce n'est pas dans le texte ? Mais simplement parce que Philippe, peut-être ais-je oublié de vous le dire, est un nom grec venant de deux racines "phillein" et "hippos" : d'une part le verbe aimer, intellectuellement parlant, apprécier, d'autre part … le substantif chevaux d'où est tiré l'adjectif français hippique. Philippe c'est celui qui aime les chevaux. D'où cette rencontre avec l'eunuque couché dans son char tiré par des chevaux.

Vous avez sans doute remarqué que si Philippe s'est laissé guidé par l'Esprit pour qu'il y ait rencontre, c'est lui qui fait l'effort de concrétiser la rencontre et qui engage la conversation. L'auteur des Actes nous a indiqué ainsi que si nous devons être disponibles au Souffle de Dieu qui nous place sur le chemin des autres, c'est à nous de concrétiser la rencontre, en engageant la conversation sur le terrain de la foi.

Il ne s'agit pas d'attendre passivement que l'autre engage une conversation spirituelle, c'est à nous de la provoquer.

Retour au sommaire de l'article sur la rencontre d'un eunuque éthiopien avec le diacre Philippe

La quête de l'Éthiopien

Mais que venait faire cet Éthiopien sur cette route ?

Le texte grec nous dit qu'il venait de Jérusalem où il était aller se prosterner. Cette formule habituelle indique qu'il était venu en pèlerinage au Temple de Jérusalem où il s'était prosterné face contre sol au cours des cérémonies rituelles. Il était venu fêter Pésach, faire ses Pâques.

Est-ce dire que c'était un juif d'Éthiopie accomplissant l'obligation religieuse. Je ne le crois pas, car l'auteur du livre des Actes insiste sur son origine ethnique pour montrer que l'eunuque était d'ailleurs. À l'époque je judaïsme était fortement missionnaire, il attirait de nombreux adeptes des autres religions par son coté moral, engageant et spirituel.

Cet eunuque était probablement quelqu'un séduit par le judaïsme et qui pratiquait une partie des rites et des mitsvot, des commandements pratiques. En grec on appelle ces gens-là des prosélytes et en hébreu des "craignant Dieu", ce qui ne veut pas dire qu'ils avaient peur de Dieu, mais au contraire qu'ils étaient attirés par Dieu en étant impressionnés et émerveillés par Lui.

Peut-être était-il prêt à se convertir au judaïsme, mais ce n'était pas possible ! Pour qu'un homme se convertisse au judaïsme, il faut qu'il se plie au signe demandé par Dieu à Abraham, il faut passer par la circoncision, même si c'est, paraît-il, assez douloureux à l'age adulte. Et justement l'eunuque ne pouvait pas être circoncis, le prêtre ne pouvait pas lui ôter son prépuce puisque, par définition, il n'en a pas !

Cette impossibilité est attestée de nombreuses fois, en particulier par l'écrivant juif Josephe de la seconde moitié du premier siècle de l'ère commune. Même un eunuque enfant de juif et de juive n'était pas considéré comme juif et ne pouvait pas offrir le sacrifice au Temple. Le Deutéronome, au chapitre 23, verset 1 indique : Celui dont les testicules ont été écrasés ou la verge coupée n'entrera point dans l'assemblée de l'Éternel

Cette exclusion n'empêche pas cet homme d'approcher le judaïsme de chercher à le comprendre, de connaître le Dieu d'Israël au point de faire le pèlerinage malgré la distance. C'est un élément qui prouve la curiosité de cet Éthiopien et la force d'attirance du judaïsme de l'époque face aux autres religions.

Imaginez qu'il y ait chaque dimanche une foule importante sur la place du Change qui ait envie de participer à notre assemblée et qui serait interdite d'entrer car le temple serait trop plein ; malgré l'impossibilité de nous rejoindre ces gens là seraient à notre porte et chercheraient dimanche après dimanche à nous rejoindre dans la prière et l'étude de la Bible.

Mais peut-être que ces gens n'entrent pas ici parce que nous leur ouvrons pas la porte, parce que nous n'allons pas à leur rencontre, comme Philippe va à la rencontre de l'Éthiopien et a l'initiative de poser des questions.

Cette explication sur le rejet religieux des eunuques israélites vous permet de comprendre l'interrogation de l'Éthiopien après la discussion au verset 36 Qu'est-ce qui m'empêcherait d'être immergé dans l'eau du baptême ?. Exclu du judaïsme orthodoxe, alors qu'il s'efforce de rencontrer le Dieu d'Israël, sera-t-il aussi mis à part par ce nouveau courant religieux dont Philippe vient de lui parler longuement.

Philippe lui répond que le christianisme ne pose pas de condition à l'entrée dans le mouvement, il suffit à chacun de savoir qu'il y croit ! C'est d'ailleurs, ce que je dirais tout à l'heure, en répétant la Discipline de l'Église Réformée, pour vous inviter au partage de la Cène.

Le Christianisme naissant accepte sans condition toute personne. Est-ce que notre christianisme vieillissant accepte aussi sans condition ? Les hommes aimant les femmes, les femmes aimant les hommes, les hommes ne pouvant aimer personne parce qu'eunuques et les hommes et les femmes qui aiment autrement …

Tiens, au fait, qu'a répondu notre Église locale à la sollicitation du Conseil National sur l'accueil et la place des homosexuel(le)s dans l'Église de Dieu ?

Retour au sommaire de l'article sur la rencontre d'un eunuque éthiopien avec le diacre Philippe

La lecture

Dans son char, l'Éthiopien lit, à voix haute, comme c'était l'habitude dans l'antiquité, le rouleau d'Esaïe qu'il ne comprend pas. S'il peut le lire dans son char en rentrant chez lui, ce n'est pas qu'il a emprunté à la bibliothèque publique de Temple, mais bien qu'il a acheté ce manuscrit payé sans doute très cher.

Le livre d'Esaïe est le plus long de la Bible, 66 chapitres, le travail des copistes était long et minutieux, pensez qu'on n'avait pas le droit de corriger une faute, même si on s'en apercevait tout de suite, et qu'il fallait alors recommencer la page, enfin la peau.

L'Éthiopien a dû acheter un texte traduit en grec et non pas un texte en hébreu. D'une part le grec était la langue commune de tout le bassin méditerranéen parlé et lu par toutes les personnes cultivées, comme le français pouvait l'être au XVIIIième siècle en se superposant aux patois régionaux et locaux. D'autre part les historiens juifs parlent d'ateliers de copistes pour la LXX à Jérusalem dont on a retrouvé les preuves archéologiques. Cette langue commune rend possible le dialogue à trois entre Esaïe, Philippe et l'Eunuque.

Vous voyez que certains n'avaient pas besoin du prétexte 2003 Année de la Bible pour ouvrir le texte et chercher à le comprendre pour entendre la Parole de Dieu raisonner au fond de leur cœur, c'est-à-dire de leur intelligence.

Mais justement le dignitaire ne comprend pas ce qu'il lit. Il a beau lire et relire, il ne comprend pas ce passage d'Esaïe au chapitre 53, versets 7 et 8. Mais il s'obstine et cherche à en saisir le sens, aussi répond-il avec empressement à la question de Philippe : Comprends-tu vraiment ce que tus lis ? . La réponse est indirecte, mais claire : Comment le pourrais-je, si quelqu'un ne me guide pas .

Remarquez qu'il ne dit pas : "  si quelqu'un ne m'explique pas ce texte  ". Le lecteur de la Bible n'a pas besoin qu'un scribe lui dise LE sens du texte, ni qu'un exégète donne l'interprétation unique, ni qu'un savant affirme le sens officiel, ni qu'une autorité lui assène LA vérité dans sa splendeur.

Le lecteur de la Bible a besoin de travailler le texte à plusieurs, car chacun et chacune s'enrichit des interprétations possibles de chacun. Il demande des guides, des aides pour se faire à soi-même une compréhension du texte proposant la Parole de Dieu. Cette parole n'est pas dans le texte écrit, elle n'est pas plus dans le discours du prédicateur, elle est dans le raisonnement que chacun et chacune d'entre vous se fera à lui-même ou elle-même dans son intelligence.

Et cet écho ne peut se faire que si le Souffle divin vous parle en écho du texte lu et commenté. C'est le sens de la prière que l'officiant dit avant la lecture de la Bible.

Retour au sommaire de l'article sur la rencontre d'un eunuque éthiopien avec le diacre Philippe

Et maintenant

Voici un sens que je voulais vous proposer aujourd'hui dans ce commentaire qui n'a abordé

Je vous laisse poursuivre la réflexion sur ces thèmes.

Car je vois que vous vous lassez.

En synthèse, ce passage nous a demandé :

J'espère que ces quelques idées vous ont permis d'entrevoir des sens possibles pour ce texte si riche.

Retour au sommaire de l'article sur la rencontre d'un eunuque éthiopien avec le diacre Philippe

Un cantique

Le cantique "Seigneur, tu cherches tes enfants" est aussi édité dans le recueil Arc en Ciel aux éditions Réveil
Paroles de Didier Rimaud et Bernard Geodfroy
Mélodie du spiritual Go down Moses
Copyright Seuil

Retour au début de l'article sur la rencontre d'un eunuque éthiopien avec le diacre Philippe


@ de cette page :
   http://jean-luc.dupaigne.name/fr/chr/eunuque.html
Date de création : 25 mai 2003.
Dernière révision technique : 26 janvier 2005.
©Jean-Luc Dupaigne 2003.