Dieu fit l'homme et la femme à son image et selon sa ressemblance

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Sommaire

La question

Une référence biblique

Dans le texte mythique de la création, les auteurs du livre de la Genèse "décrivent" ainsi le déroulement du sixième jour :

24 Puis Dieu dit : "Que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce, bétail, reptiles et animaux de la terre selon leur espèce" ; et cela fut ainsi. 25 Et Dieu fit les animaux de la terre selon leur espèce, le bétail selon son espèce, et tous les reptiles du sol selon leur espèce ; et Dieu vit que cela était bon.
26 Puis Dieu dit : "Faisons un humain à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux des cieux, et sur le bétail, et sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre". 27 Et Dieu créa l’humain à son image ; il le créa à l’image de Dieu ; il les créa mâle et femelle. 28 Et Dieu les bénit ; et Dieu leur dit : "Croissez et multipliez, et remplissez la terre, et domestiquez-la, et dominez sur les poissons de la mer et sur les oiseaux des cieux, et sur tout animal qui se meut sur la terre".
29 Et Dieu dit : "Voici je vous ai donné toute herbe portant semence, qui est à la surface de toute la terre, et tout arbre qui a en soi du fruit d’arbre portant semence ; ce sera votre nourriture. 30 Et à tous les animaux des champs, et à tous les oiseaux des cieux, et à tout ce qui se meut sur la terre, qui a en soi une âme vivante, j’ai donné toute herbe verte pour nourriture". Et cela fut ainsi.31 Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait, et voici, c’était très bon. Et il y eut un soir, et il y eut un matin ; ce fut le sixième jour.
Genèse, premier chapitre, versets 24 à 31, traduction Osterwald modifiée par mes soins.

Dieu et l'humain

Ainsi, ce sixième "jour" de travail est consacré à l'apparition des êtres de la terre après que Dieu ait créé l'espace, la terre, les végétaux et les animaux marins. On y lit successivement la création des animaux terrestres, mammifères ou non, peut-être le matin, … puis celles des humains, possiblement l'après-midi. Mais je ne parlerai ici ni de la différence entre les animaux et les humains (qui est partiellement discutée dans la page Corps, âme et souffle de ce site), ni des rapports entre les humains et la terre (la domestication, en fait l'assujettissement, et la domination semblent aujourd'hui peu écologiques). Je me limite ici aux relations entre Dieu et l'humain.

Au verset 26, Dieu se parle à lui-même et se dit qu'il va créer un humain MdF)f ('âdâm) à notre image et selon notre ressemblance. Je vous propose de réfléchir sur ces deux concepts d'image et de ressemblance (le pluriel utilisé par Dieu "faisons", "notre" est discuté dans ce site dans la page sur les noms de Dieu).

Mais il faut remarquer que la "réalité" du texte est différente du projet ! Le verset 27 dit, et répète, que, finalement, Dieu a créé l'humain à son image et seulement à son image ; curieusement, il n'est plus question de la ressemblance de l'humain avec Dieu. D'une part, promesse double (image et ressemblance), d'autre part réalisation simple (image) !

La suite de l'article se demande :

  • Qu'est-ce qui est commun entre Dieu et l'humain pour qu'il soit dit que le second est à l'image du premier ?
  • Et aussi qu'est-ce qui est différent entre Dieu et l'humain, mais qui a failli être commun, pour qu'il soit dit que l'humain n'est pas à la ressemblance de la divinité après qu'on ait dit que cela aurait pu / dû l'être ?

À son image

Le mot "image"

26 Dieu dit : "Faisons un humain à notre image" … 27 Et Dieu créa l’humain à son image ; il le créa à l’image de Dieu.

Le "à notre image" (verset 26) traduit le mot hébreu w%nm'l;cab@; (betsalemênoû) qui est composé :

Le "à son image" (verset 27) traduit le même mot hébreu tsèlèm, avec le même préfixe et un autre suffixe, celui de la troisième personne du singulier. Le "à l'image de Dieu" (verset 27) est le même mot, le même préfixe, mais sans suffixe possessif puisque complété (en hébreu, on dit construit) par le nom commun "Dieu" qui "possède" cette image.

Il faut être attentif à la préposition be. Si on la comprend comme un avec, l'image serait l'outil avec lequel Dieu aurait construit l'humain. Mais le texte est muet sur le matériau constituant de l'humain, contrairement au second récit de création ; nous connaîtrions ici le tour du potier sans la glaise. Si l'image de Dieu est outil, il faut examiner les traces que l'outil laisse sur l'objet comme le burin laisse des entailles, le papier de verre rend la surface lisse. L'image de Dieu, qui ne saurait trahir Dieu, aurait poli l'humain, rendant la surface de contact de l'humain, sa capacité de contact, d'entrer en relation, à l'image de la divinité.

On peut traduire la préposition be par un à partir, on interprète que l'humain est fait (à partir) de cette image, comme la sculpture est faite de bois, taillée dans un tronc d'arbre ou fabriquée de marbre, burinée dans un bloc de pierre. Or cette image est de Dieu, constitutive de Dieu ; l'être humain serait donc créé de la "matière" même dont Dieu est. La limite de ces mots (de cette image ?) est que cette "matière" n'est pas matérielle car elle n'est qu'image et qu'elle n'est pas Dieu tout entier, cette image dont nous sommes est de Dieu, elle n'est pas l'"essence" de Dieu.

Si on entend la préposition be comme un dans, l'image n'est plus l'origine de l'humain, elle est sa destination. On interprète le verset comme l'action qui place l'humain dans l'image de la divinité comme, selon le texte biblique, il a placé l'arbre de vie dans le jardin à l'est d'Eden. L'être humain est alors orienté pour être dans l'image de Dieu. Une nouvelle question est alors de savoir qui est l'observateur qui verra l'image de Dieu en regardant l'humain, l'humanité ; le texte répond à lui-même en posant comme principe la nécessité d'un vis-à-vis (la femme face à l'homme et l'homme face à la femme) qui soit le lecteur de soi comme image de Dieu.

Le mot image tsèlèm est employé 15 fois dans la bible israélite.

Voilà qui est peu réjouissant, l'image que nous aspirons à connaître est-elle une idole, forcément néfaste quand elle est construite contre Dieu ou pour l'égaler, ce qui revient au même ? Il est vrai que l'humain court le risque de se comprendre de façon nombriliste comme sa propre idole. Est-ce Dieu qui se fabrique sa propre idole en créant l'humain ? Désespérant de sa solitude, se donnerait-il en l'humain une idole pour se contempler ?

Continuons cependant notre recherche. Si l'humain a été créé par Dieu, selon la bible, les animaux et les plantes aussi. Pourtant ces derniers n'ont pas eu le droit à une création "à son image'. Aussi pour comprendre la proximité entre Dieu et l'humain signifiée par le mot "image", je me propose de regarder :

  1. ce qui est propre à l'humain et que n'ont pas les animaux et pourrait être l'image de Dieu,
  2. l'humain tel qu'il a été créé,
  3. puis les capacités potentielles de l'humain,
  4. enfin ce qui est propre à Dieu et dont l'humain peut avoir hérité,

Le rire de l'homme

Dieu a donc, dit la bible, créé l'humain à son image, mais pas les animaux. La spécificité de l'humain est cette image de Dieu. Or si il y longtemps on pensait que l'être humain était très singulier dans le monde, on considère de plus en plus à notre époque qu'il n'est qu'une espèce animale comme les autres ; il n'y aurait donc pas de distinction humaine, pas d'image de Dieu, pas de Dieu ! Pourtant beaucoup de philosophes ont spéculé sur d'éventuelles différences fondamentales.

Ainsi pour Bergson, qui personnellement était loin d'être un rigolo, a conclut que le rire est le propre de l'homme. Bien sûr, certains singes retroussent leurs babines et poussent des gloussements, mais seul l'humain serait capable de rire aux éclats. Et Bergson conclut que ce rire est la seule chose qui caractérise l'espèce humaine.

Dans cette hypothèse, si le rire est le propre de l'humain, le rire devient le propre de Dieu. Dieu serait donc un grand humoriste !

Certains diront que son humour est rien moins qu'évident quand on voit la terre et ses tremblements, l'air et ses cyclones, la mer et ses tsunamis, quand on voit comment l'humain se débat avec peine dans les tensions de la vie et dans les souffrances du mal. Pourtant ce regard désabusé sur les capacités de Dieu ne vaut que si on le considère comme omnipotent et à l'initiative de tout ce qui se passe ici et maintenant.

Mais on peut aussi considérer que Dieu est "seulement" à l'origine du concept de vie, et que le développement de cette vie échappe à son déterministe pour obéir à sa logique interne. Il faut alors à Dieu une certaine sagesse, un certain détachement, un humour certain pour ne pas désespérer devant l'aventure humaine et ses impasses.

Si la bible est le lieu privilégié qui donne à penser la relation avec la divinité, si le rire est le propre de l'humain à l'image de Dieu, je dois y chercher les traces du rire de Dieu. Il faut bien constater que la moisson est maigre, désolément maigre. Nulle part Dieu rit ou même seulement sourit, on le voit souvent gronder et même grogner, mais de joie extériorisée : pas.

On peut citer un épisode (Genèse 17,17) où Abraham, fort âgé, rit, discrètement, après avoir reçu de Dieu la promesse d'une descendance. “Abraham tomba face contre terre ; il rit en se disant : "Naîtrait–il un enfant d’un homme de cent ans ? Sara aurait–elle un enfant à quatre–vingt–dix ans ?". Le verbe hébreu qxfca (tsahâq), rire, est utilisé 13 fois dans la Bible, c'est assez peu, si ce rire est le propre de l'image de Dieu que nous cherchons actuellement.

Un peu plus loin (18,12) Sara rit de même en entendant de sa tente, la promesse réitérée dite à Abraham, son époux, Sara rit en elle–même : "Maintenant que je suis usée", se dit–elle, "aurais–je encore du plaisir ? D’ailleurs mon maître aussi est vieux". Là aussi le rire se veut discret, intérieur, mais Dieu tout de même a entendu ce rire, et cela le met de méchante humeur contre elle.

Plus tard (21,6) elle retiendra de cet épisode qu'elle fut l'objet de la moquerie de Dieu à propos de son rire : C’est alors que Sara dit : Dieu a fait de moi un objet de rire la risée des gens) ; quiconque l’apprendra rira à mon sujet.. Car le substantif qxoc: (tsehoq) dérivé du verbe tsahâq (2 occurrences seulement) n'indique pas un rire franc et massif, une rigolade positive, mais une moquerie, une raillerie désagréable. On aurait tout aussi bien pu traduire cet épisode avec le verbe "se moquer" (au lieu de rire) ; Abraham et Sara se moquent successivement de Dieu qui leur annonce une naissance impossible.

Cette signification se retrouve dans les autres utilisations de ces mots. Par exemple en Genèse 39,14 : elle (l'épouse) appela les gens de sa maison et leur dit : Regardez, il (son mari, Potiphar, haut fonctionnaire du pharaon) nous a amené un Hébreu (Joseph) pour qu’il s’amuse tsahâq de nous.

Un autre couple, plus fréquent, verbe qxf#&a (shahâq), 36 occurrences, et substantif qxo#&: (shehâq), 15 occurrences, est parfois traduit par "rire", mais aussi par "moquer" et "raillerie", ce qui n'est pas plus réjouissant ; remarquons au passage que seule la première lettre diffère des deux mots précédents, on lit un #& shin au lieu d'un c tsadé. Un exemple parmi d'autres dans le Psaume 37 (13) Le Seigneur se rit du méchant, Car il voit que son jour de malheur arrive.

Signalons quand même trois utilisations heureuses de ce mot en Jérémie 30,19 et 31,4 et en Zacharie 8,5 : Les rues de la ville seront remplies de jeunes garçons et de jeunes filles, riant dans les rues.

Pour être complet, je signale qu'il existe un autre verbe xmf#&a (shamâh) qu'on traduit par "réjouir" ou "se réjouir" selon le mode. Il est relativement fréquent (150 occurrences), beaucoup se réjouissent, le roi, le peuple … mais une seule fois Dieu dans le Psaume 104 (31) Que la gloire de YHWH subsiste à jamais ! Que YHWH se réjouisse de ses œuvres ! Mais il ne s'agit que d'un souhait, pas une affirmation.

Le rire n'est pas plus éclatant en grec avec le verbe gelaw (gelaô) et le substantif gelwv (gelôs), ensemble 3 occurrences. En Luc 6,25 Quel malheur pour vous qui riez maintenant ! Vous serez dans le deuil et dans les larmes ! Ce n'est guère réjouissant, même si une phrase inverse est présente trois versets plus haut.

Il y a plusieurs autres verbes et substantif grecs pour l'idée de joie et de réjouissance, aucun ne se rapporte à Dieu et un seul à Jésus : en Luc 10,21 En ce moment même, Jésus tressaillit de joie par le Saint-Esprit, une sorte d'extase mystique !

Bref dans la bible, rire ce n'est pas la joie ; ce n'est pas dans ce concept qu'on trouvera l'image de Dieu.


Homme et Femme

Revenons à notre quête de l'image de Dieu en repartant du déroulement du texte en quatre étapes :

Dieu est le sujet des verbes de ces quatre stiques (morceaux de phrases) les deux premiers ont un complément d'objet direct au singulier : l'"humain" (MdF)f 'âdâm) et "le" ; les deux derniers ont comme complément d'objet direct un pluriel "mâle et femelle" et "les". Cette humanité est à la fois "un", unie, unique et deux, "mâle et femelle" et plurielle. La proximité des termes peut suggérer que cette image recherchée est cette dualité "mâle et femelle".

Il est intéressant de travailler sur ces deux termes traduits souvent pudiquement "homme et femme" et que j'ai indiqués "mâle et femelle". On lit en hébreu :

L'humain est créé dans l'image de Dieu comme mâle et femelle, donc dans la sexualité. Cependant la sexualité n'est pas qu'humaine, les animaux aussi sont des êtres sexués, hors nous cherchons une image de Dieu spécifique aux humains, quelque chose que n'ont pas les animaux. La sexualité n'est pas ce que nous cherchons, et on imagine mal que l'image de la divinité israélite, et chrétienne, soit le sexe.

Cependant le sexualité a pour les humains un coté supplémentaire par rapport à la sexualité des animaux. Pour ces derniers, elle est essentiellement utilitaire pour permettre la reproduction, la pro-création, parfois, comme chez les singes bonobos, pour marquer à tout bon de champs la hiérarchie sociale. Pour nous humains (en tout cas en dehors de la dogmatique romaine), elle est d'abord plaisir de l'amour partagé entre deux humains, entre un homme et une femme. La sexualité humaine est d'abord la recherche mutuelle de la jouissance dans des moments éphémères d'expérimentation de la plénitude. Dans ces instants, le couple dépasse la dualité de deux humains pour un temps d'unicité.

La sexualité humaine partagée dans le recherche du plaisir est peut-être l'occasion unique qui nous est offert de recouvrer un peu de l'image de Dieu, son unicité absolu.


Être de connaissance

On connaît, au moins on croit connaître, le mythe de la première interdiction divine, celle de consommer le fruit de l'arbre de la connaissance, et du premier refus de l'humanité qui s'est empressée de consommer l'interdit. L'ordre initial est indiqué dans le second chapitre de la Genèse : 16 Le SEIGNEUR Dieu donna cet ordre à l’humain : "Tu pourras manger de tous les arbres du jardin ; 17 mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance de ce qui est bon ou mauvais, car le jour où tu en mangeras, tu mourras".

On sait que la femme et l'homme ont mangé après avoir été trompé par un serpent qui utilise l'argument suivant dans le chapitre 3 : 4 Alors le serpent dit à la femme : "Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! 5 Dieu le sait : le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux qui connaissent ce qui est bon ou mauvais". L'animal reprend le cadre de l'ordre divin "ne pas manger", pour révéler le motif de l'ordre, ou la conséquence de la transgression : cet acte rendra l'humain comme un dieu (à l'image d'un dieu).

Dès la manducation 7 leurs yeux à tous les deux s’ouvrirent ; ils quittent l'obscurantisme pour accéder au savoir. Il est curieux de remarquer que leur première connaissance : ils surent qu’ils étaient nus concerne la sexualité qui est, on l'a vu ci-dessus un des attributs possibles de l'image de Dieu.

On pourrait imaginer que l'homme et la femme se soient fait engueuler par Dieu pour avoir désobéi et avoir accédé à la connaissance. Ce n'est pas vraiment le cas quand on lit le texte tel qu'il est et non pas tel qu'on croit s'en souvenir. Un seul est puni, c'est le tentateur : 14 Dieu YHWH dit au serpent : "Puisque tu as fait cela, tu seras maudit entre toutes les bêtes". Quand Dieu s'adresse à la femme et à l'homme, il ne les punit pas, leur faute retombe sur la création, pas sur l'humanité : 17 À l’humain, il dit : "… la terre sera maudite à cause de toi".

L'humanité a désormais accès à la connaissance. Dieu ne le souhaitait pas, c'est le sens de l'interdiction initiale, mais il ne fait aucun reproche à l'humain d'avoir accédé au savoir ; il le regrette car maintenant l'humain sait qu'il va mourir. C'est ainsi, selon moi, qu'il faut comprendre la menace initiale du chapitre 2 17 le jour où tu en mangeras, tu mourras, menace qui n'est par réitérée en condamnation après l'acte, mais en constatation dans le chapitre suivant 3 19 … jusqu’à ce que tu retournes à la terre, puisque c’est d’elle que tu as été pris ; car tu es poussière, et tu retourneras à la poussière.

Cette proposition rencontre la position générale des éthologues qui disent que les animaux ne connaissent pas le terme de leur existence, ne savent pas qu'ils vont mourir. Bien sûr on trouve ici et là quelques comportements de mise volontaire à l'écart peu avant la mort, mais cela est interprété comme le besoin de se (re)poser devant la douleur, pas comme une pensée métaphysique sur la finitude. Cette connaissance de la mort semble une vrai différence entre les humains et les animaux, ce qui est un des critères de notre recherche de l'image divine.

La conclusion de cette "histoire" est tirée par Dieu lui-même quand il reconnaît que par son acte l'humain a transformé son potentiel de connaissance en capacité d'accès à la connaissance : 22 YHWH Dieu dit : "Voici que l’humain est devenu comme l’un de nous par la connaissance de ce qui est bon ou mauvais". Cette connaissance, ou plus exactement la capacité de connaître, de distinguer, ce qui est bien et ce qui est mal, est une capacité partagée entre Dieu et l'humain. Cela pourrait être l'image de Dieu que Dieu a attribuée à l'humanité, puisque telle est la quête de cet article.

L'image de Dieu pourrait être la connaissance, plus exactement l'accès à la connaissance qui rend l'humain égal à la divinité. Cependant le texte de la Genèse n'adhère pas complètement à cette thèse puisque cette connaissance est en quelque sorte ravie par l'humain contre l'avis de Dieu, alors que l'image de Dieu est conférée à l'humain dès le départ.


La parole de Dieu

Du point de vue inverse, on peut se demander ce qu'a Dieu et qu'ont aussi les humains, mais que n'ont pas les animaux, puisque, selon le texte ci-dessus, Dieu a une image avec laquelle il a créé l'humain, mais sans laquelle il a créé les animaux et les minéraux.

Dieu, selon les traditions monothéistes peut être désigné par ses attributs, par exemple Dieu "amour", le "bon", le "miséricordieux", le "clément", le "tout-puissant", le "tout-voyant" … La tradition islamique connaît 99 attributs pour Dieu, mais les traditions israélite, chrétienne orthodoxe, chrétienne catholique n'en sont pas de reste dans l'usage des sobriquets. Même si les traditions protestantes sont plus limitées, on connaît aussi l'"Éternel", le "berger". Parmi tous ces qualificatifs, y en a-t-il un qui soit aussi applicable à l'humain et qui serait ainsi l'image de Dieu que nous cherchons ?

Cette image de Dieu, n'est pas l'immortalité, puisque lui est éternel et nous autres mortels ne le sommes pas, pas plus que les animaux, tandis qu'au contraire une pierre (minéral) semble immuable, du moins à notre échelle.

Ce n'est pas plus l'immoralité, que nous avons bien plus que les animaux, mais que n'est pas réputé avoir Dieu, sans cela il n'existerait pas comme Dieu pour nous.

Ce n'est pas plus l'art de tuer et de faire souffrir les autres et soi-même. Nous les humains avons quelques dons dans ce domaine, mais les animaux carnivores, et même les plantes carnivores, savent aussi tuer et manger les plus faibles qu'eux pour pouvoir survivre. Cet "art" n'étant pas dans le monde spécifique de l'espèce humaine, ne caractérise pas non plus Dieu.

Ce qui semble caractéristique de Dieu dans la bible est sa parole. Le livre attribué à Jean, dans son prologue (1,1) définit Dieu par sa parole : Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. On trouve maintes fois l'expression "parole de Dieu" sous plusieurs formes.

Par exemple dans les livres de la Première Alliance :

Dans les livres de la Nouvelle Alliance qui utilisent le mot commun "dieu" qeou (théou) :

Cependant, les livres de la Nouvelle Alliance utilisent plus souvent le mot "seigneur" kuriov (kurios) que le mot "dieu" en jouant sur l'ambiguïté de son double sens : parfois il s'agit d'éviter l'usage du nom propre divin hébreu, le tétragramme, et, mais aussi, il s'agit de désigner Jésus comme un maître, le patron de vla vie de ceux qui lui font confiance :

Enfin le glissement s'achève dans quelques versets en remplaçant "seigneur" ou "dieu" par "christ" comme émetteur de la parole, du discours ou de la voix.

Après ce parcours de l'objet "parole", je m'intéresse à l'action de parler, de dire. En premier dans les livres de la Première Alliance israélite :

Les livres de la Nouvelle Alliance utilisent très peu de tournures semblables. Le passage des Actes dans le chapitre 7 6 Dieu parla ainsi, Sa descendance (celle d'Abraham) séjournera dans un pays étranger ; on la réduira à la servitude et on la maltraitera pendant quatre cent ans. 7 Mais la nation, l'Égypte, à laquelle ils auront été asservis, c’est moi qui la jugerai, dit Dieu. constitue une exception, mais c'est un discours de reprise de la bible israélite. Les 7 autres versets (Matthieu 15,4, Luc 12,20, Jean 9,29, Actes 2,17, 3,21, 7,7, 2 Pierre 1,17 sont aussi des reprises des textes anciens, ce qui explique l'utilisation d'une structure parallèle.

Cette fréquence d'utilisation de parole et de dire au sujet de la divinité me semble constituer une caractéristique première du divin, selon la bible. Le propre de Dieu est la, sa, parole. Et ce don de la parole a été accordé aux humains … pas aux animaux. Certes un grand nombre d'espèces animales ont un langage qui leur permette de communiquer et de transmettre des informations, mais la parole est autre chose qu'un langage, elle en constitue un au-delà.

Cette image de Dieu qu'est la Parole permet à l'humain de se penser, de se dire, d'imaginer la question de la mort, de de s'interroger dans le miroir sur l'image divine qu'il reflète puisqu'il en est issu. L'évangéliste Matthieu (4,4) a pensé que cette parole était tellement constitutive de l'humain qu'il en tirait sa nourriture : Jésus répondit, Il est écrit, L’humain ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu et qui l'a créé.

À sa ressemblance

Il s'agit maintenant d'étudier la ressemblance à la divinité que Dieu a promis mais n'a pas donné à l'être humain, ni d'ailleurs aux animaux et végétaux.

Le mot "ressemblance"

26 Dieu dit : "Faisons l’humain … selon notre ressemblance" … 27 Et Dieu créa l’humain à son image.

Le "selon notre ressemblance" présent dans le projet de Dieu et absent de son action, traduit le mot hébreu w%nt'w%md;k@i (kidemoûthênoû) qui est composé :

Le préfixe k@i (ki) utilisé ici devant "ressemblance" n'est pas celui que nous avions lu devant "image". Le sens général de cette préposition est la comparaison, l'analogie (et non la matière ou la manière comme vu pour l'image). Le projet initial était donc de faire l'humain ressemblant à la ressemblance de la divinité.

Le mot ressemblance demouth se rencontre 25 dans la Bible, dans 22 versets, on peut le traduire par "ressemblance", mais aussi "modèle", "apparence" et … "image". Il est dérivé du verbe hmfdF (dâmâh), 29 occurrences, qui veut dire, grosso modo, "ressembler" ou "comparer", mais qui au sens fort (piel) a aussi pour sens "imaginer", "penser", "avoir l’intention". Parmi les utilisations du substantif :

Remarquons en Genèse 5,3 que le premier humain poursuit le projet divin de créer / d'engendrer avec image et ressemblance (notez l'inversion des deux prépositions "dans" et "selon" pour signifier que le projet de 'Âdâm n'est pas exactement le même que celui de Yâhôh), mais l'humain réalise entièrement le sien alors que Dieu s'était restreint à un seul des deux attributs. Cela peut indiquer que la ressemblance est un concept extrêmement fort qui peut se transmettre entre père et fils, mais pas entre divin et humain. On se rapprocherait de la notion de nature exposée par Thomas d'Aquin.

Du texte d'Esaïe, on peut déduire que la ressemblance est phénomène humain et non divin, qu'elle ne peut être qu'imparfaite et non-reproduction de l'original. Le fils ressemble mais n'est pas identique à son père, l'humain n'est qu'un reflet éloigné de la divinité.

L'ensemble des références dans Ézéchiel montre cette "ressemblance" sous un aspect assez négatif, il semble s'agit d'une analogie vague qu'on utilise faute de mieux, la copie serait analogue à l'original comme la vision des esprits analogue à des êtres, humains ou animaux, connus des vivants.

Cependant, comme nous n'avons finalement pas été créé selon cette ressemblance vague, c'est peut-être a contrario que nous ne sommes pas de vagues humains, vaguement ressemblant à la divinité.

L'éternité de Dieu

Un des attributs que Dieu est réputé avoir et que la majorité d'entre nous sommes certains de ne pas avoir est l'éternité. Dieu est, dans la pensée chrétienne, l'Éternel, c'est pas cet adjectif que les bibles protestants, dont les célèbres "Louis Second" et "Darby", utilise pour remplacer le nom propre divin.

En hébreu on lit 439 occurrences du mot Mla(o ('olam) Mlawo( ('ôlam) qui est d'abord un substantif. On peut lire quelques "définition" théologique utilisant le mot "éternel", comme en Jérémie (10,10) Yâhôh est Dieu en vérité, Il est un Dieu vivant et un roi éternel.

Face à l'éternité divine qui était "là" avant que le temps existe et qui ne passera pas, nous les humains avons la connaissance de notre mortalité. Nous naissons un jour et avant notre conception nous n'existions pas ; un jour nous allons mourir, et après nous n'existerons plus, … au moins dans cette vie. Nous sommes absolument dans la finitude, en en cela nous différons radicalement de la divinité.

Certes, certains humains veulent croire qu'ils n'auront pas de fin, d'autres, quoi qu'ils croient, se comportent comme s'ils pouvaient sans fin amasser des biens à leur seul profit. On peut utilement rappeler le chapitre 12 de Luc 16 … La terre d’un homme riche avait beaucoup rapporté. 17 … 18 "Voici, dit–il, ce que je vais faire … je construirai de plus grandes granges, j’y recueillerai tout mon blé et mes biens". 19 … 20 Mais Dieu lui dit : "Homme déraisonnable, cette nuit même ta vie te sera redemandée ! Et ce que tu as préparé, à qui cela ira–t–il ?"

On peut donc supposer que "sa ressemblance" selon laquelle Dieu avait envisagé de nous créer peut être son éternité ; mais Dieu s'est ravisé et ne nous l'a pas donnée, ce qui fait de nous des êtres mortels. Et c'est tant mieux, sinon le gouvernement et le patronat auraient dans l'idée de nous faire travailler une éternité, tellement longtemps avant de nous accorder une retraite méritée.

La spiritualité de Dieu

Dieu est le souffle de la vie, mais il n'a pas de corps, c'est un "être" spirituel puisqu'il est l'Esprit. Il a un certain avantage sur nous, celui de n'avoir ni corps, ni temps.

L'éternité comme ressemblance a été examinée ci-dessus, voyons maintenant la spiritualité. L'absence de corps Lui permet d'être partout à la fois et nulle part, près de tous et de tout, et absent de ce monde qu'il a voulu et duquel il s'est retiré. Nous traînons notre corps dans la vie et sur le monde, celui-ci subit les maladies, souffre et vieillit. Dieu pas !

Nous sommes dans une corporalité, Dieu est spiritualité. Nous n'avons pas hérité de sa spiritualité et sommes enfermés dans notre corps. Nous ne sommes pas ressemblant à l'Esprit de Dieu, nous sommes dans un autre monde, nous ne sommes pas dieu.

Nous avons parfois le regret que notre corps nous entraîne vers le bas

Peut-être pouvons-nous imaginer que Dieu avait projeté de nous faire comme lui des purs esprits, mais qu'il s'est contenté de faire de nous des êtres de chair et de corps.

D'autres traditions religieuses, mais aussi certains courants issus du christianisme sont dans le regret d'un corps encombrant et cherchent à s'en échapper à fuir les illusions de ce monde et à trouver un chemin fait de "nobles vérités" pour quitter cette réalité où la souffrance est entremêlée de bonheurs.

Finalement, avons-nous perdu au change ? Certes nous avons perdu une spiritualité promise, mais nous avons gagné une existence de corps, de relations charnelles, de beaux et bons moments d'intimité et de sexualité qui nous ravissent … d'être des hommes et des femmes.

L'unicité de Dieu

Pour comprendre cette ressemblance à la divinité que nous ne sommes pas, il faut entendre ce que la profession de foi hébraïque (Deutéronome 6,4) nous dit : Écoute, Israël ! Yâhôh (est) notre Dieu, Yâhôh (est) un. Ce dxf)e ('èhâd) un peut être compris de diverses manières :

  • Le dieu est le seul, le tout autre. On aurait là l'affirmation de la transcendance divine. Sa "nature" est radicalement différente de la notre ; dans le vocabulaire biblique, il est "en haut" dans le ciel, et nous sommes "en bas" sur terre, si lointains et si faibles.
  • Le dieu est un, seul de son espèce, il n'y a pas d'autres dieux. On lirait ici l'assertion monothéiste qu'il existe un seul dieu créateur et que Yâhôh n'est pas qu'un lieu local d'un pays, d'une ethnie particulière. Mais nous, nous sommes des humains et sommes nombreux sur cette terre.
  • Le dieu est unique, il n'y a pas d'humains comme lui. On y verrait la proclamation de l'altérité divine, alors que nous sommes si divers, il y a des africains noirs, des asiatiques jaunes, des amérindiens rouges et des européens roses, nous sommes des hommes et des femmes, si différents.
  • Le dieu est homogène, tout en lui est harmonieux. Ce serait la déclaration d'une excellente cohérence interne tant son amour n'a pas de faille et qu'il est entièrement tourné vers la création et les créatures. Tandis que nous sommes hésitants, faibles, changeants, conflictuels et contradictoires entre nos désirs et nos actes.
  • Le dieu est unicité, il se suffit à lui-même. On découvrirait ici la révélation de la plénitude divine, alors que nous sommes dépendants les uns des autres, les ouvriers des commerçants qui vendent leurs productions, les commerçants des agriculteurs qui vendent de la nourriture, les agriculteurs des ouvriers qui fabriquent leurs tracteurs.
  • Le dieu est, sa seule définition est d'exister. On entendrait par-là l'autonomie absolue de la divinité, alors que nous sommes relatifs, que nous nous définissons en fonction de ce que nous faisons ou des relations que nous tissons.

Quelle que soit l'approche de ce un de la déité, on mesure bien la distance entre l'unicité divine et la pluralité humaine.

Nous existons dans et par nos différences entre nous, qui ont été si souvent l'occasion de guerres fratricides, mais qui peuvent aussi être l'occasion d'une vaste farandole de toutes les couleurs autour de la terre qui nous est confiée. Nous avons du mal à nous entendre entre nous, mais l'humanité a la chance de disposer de tant de cultures et de s'exprimer dans tant de langues différentes qui permettent de découvrir tant de facettes de la vie.

Dieu se satisfait de lui-même, tandis que nous sommes satisfaits de nous … découvrir hommes et femmes, si différents et en même temps si complémentaires, dans la sexualité, dans la conjugalité (la vie de couple) comme dans la parentalité (l'éducation de nos enfants).

Ainsi Dieu ne nous n'a pas fait semblables à Lui, il ne nous a fait ni purs esprits, ni éternels ; nous avons la chance d'être humains et mortels. Il ne nous a pas fait un pour que nous profitions de nos différences et de nos contradictions, c'est cela notre richesse. C'est par cette dissemblance à l'unicité divine que nous existons au pluriel et nous en rendons grâces à Dieu !


En guise de conclusion

Cet article cherchait à comprendre quelle était l'image de Dieu promise et donnée à l'être humain et quelle était la ressemblance promise et non attribuée. J'ai étudié les mots utilisés et j'ai regardé ce qui peut être dit de Dieu et de l'humanité, ce qui nous raproche de la vivinité et ce qui nous en sépare.

Je vous ai proposé de comprendre

Un autre regard est clamé par le poëte dans le Psaume 8 :

1 Du chef de chœur. Sur la guittith. Psaume. De David.
2 YÂHÔH, notre Seigneur, que ton nom est magnifique sur toute la terre, toi qui te rends plus éclatant que le ciel !
3 Par la bouche des enfants, des nourrissons, tu as fondé une force, à cause de tes adversaires, pour imposer silence à l’ennemi vindicatif.
4 Quand je regarde ton ciel, œuvre de tes doigts, la lune et les étoiles que tu as mises en place,
5 qu’est–ce que l’homme-mortel, pour que tu te souviennes de lui, qu’est–ce que le fils de l’humain, pour que tu t’occupes de lui ?
6 Tu l’as fait de peu inférieur à un dieu, tu l’as couronné de gloire et de magnificence.
7 Tu lui as donné la domination sur les œuvres de tes mains, tu as tout mis sous ses pieds,
8 moutons et chèvres, bœufs, tous ensembles, et même les bêtes sauvages,
9 les oiseaux du ciel et les poissons de la mer, tout ce qui parcourt les sentiers des mers.

On y lit deux observations contradictoires.

  1. Aux versets 4 et 5, le psalmiste se sent tout petit face à l'immensité du ciel nocturne et au nombre incalculable d'étoiles, et encore n'avait-il pas de télescope pour scruter les galaxies, il pense que l'humain est presque rien face à la divinité.
  2. Aux versets 6 et 7 (complétés par les versets 8 et 9), au contraire, l'être humain, même mortel, est comparable à la divinité, glorieux et magnifique, même s'il est diplomatiquement placé légèrement en-dessous.

Ainsi devons-nous naviguer entre le néant et la globalité, entre notre éloignement radical et notre proximité partielle de ce Dieu qui nous a voulu libres. Nous sommes à l'image de la parole de Dieu et à la dissemblance de son unicité. Nous avons à apprendre à nous parler les uns aux autres, nous écouter les autres les uns ; nous avons à utiliser nos dissemblances pour construire un monde divers et différent où nous ne pouvons ni ne devons nous croire semblables, ni semblables à Dieu, ni semblables à notre prochain.


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Date de création : 13 avril 2005.
Dernière révision technique : jj mmmm 2005.
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