Marthe et Marie

deux soeurs, deux attitudes.

Cette page reprend une prédication donnée le samedi 17 juillet 2010, lors du culte que j'ai conduit au temple de Pontaix (Drôme) pour l'Église du Bas-Diois.

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Sommaire

Les textes du jour


Genèse 18,1-16, les chênes de Manré

La première lecture, longue lecture, est une histoire connue concernant Abraham et Sara.

Dans le passage précédent, Dieu change leurs noms en signe d'une nouvelle vie dans la promesse et tous les mâles du clan se font circoncire, à commencer par Abraham, alors âgé, nous dit-on, de nonante-neuf ans et Ismaël, âgé de treize ans. Sara a alors, selon le texte, nonante ans.

La promesse de Dieu va s'amplifier sous une nouvelle forme.

Dans la chaleur du jour, alors qu'Abraham était assis à l'entrée de sa tente plantée aux chênes de Mamré, le SEIGNEUR lui apparut.

Levant les yeux, Abraham vit trois hommes debout devant lui. Quand il les vit, il courut à leur rencontre, depuis l'entrée de sa tente, se prosterna jusqu'à terre et dit :

Ils répondirent :

Abraham se précipita dans la tente pour dire à Sara :

Abraham courut vers le bétail, prit un veau tendre et bon et le donna à un serviteur, qui se dépêcha de le préparer. Il prit du lait fermenté, du lait frais, et le veau qu'on avait préparé, et il les mit devant eux. Il resta debout à leurs côtés, sous l'arbre, tandis qu'ils mangeaient.

Alors ils lui dirent :

Il répondit :

Il dit :

Sara écoutait à l'entrée de la tente qui était derrière lui. Abraham et Sara étaient vieux, avancés en âge, et Sara avait cessé d'avoir ses règles. Sara rit en elle-même :

Le SEIGNEUR dit à Abraham :

Sara mentit car elle avait peur :

Mais il dit :

Les hommes se levèrent pour partir … Abraham marchait avec eux pour les reconduire.


Colossiens 1,24-28, Mes souffances

La seconde lecture proposée par le lectionnaire des Églises chrétiennes francophones est tirée de la lettre de Paul aux Colossiens, au chapitre 1, les versets 24 à 28.

Ce texte, assez compliqué à traduire parle de souffrances personnelles et de la responsabilité de l'annonce de la Parole de Dieu.

Je me réjouis maintenant dans les souffrances que j'endure pour vous.

Et ce qui manque aux détresses du Christ, je l'achève dans ma chair pour son corps, qui est l'Église.

C'est d'elle que, moi, je suis devenu ministre, en vertu de la charge que Dieu m'a confiée pour vous, afin d'achever l'annonce de la parole de Dieu,

C'est lui que nous annonçons, en avertissant tout être humain et en instruisant tout être humain en toute sagesse, afin de porter tout être humain à son accomplissement dans le Christ.


Luc 10,38-42, Marthe et Marie

Enfin, la troisième lecture de ce jour suit la parabole du Samaritain lue et commentée dimanche dernier devant les deux communautés, catholique et réformée, réunies à la cathédrale de Die.

Voici le livre de la Bonne Nouvelle attribuée à Luc, au chapitre 10, les versets 38 à 42.

Pendant qu'ils étaient en route, Jésus entra dans un village, et une femme nommée Marthe le reçut dans sa maison.

Sa sœur, appelée Marie, s'était assise aux pieds du Seigneur et écoutait sa parole.

Marthe, qui était absorbée par beaucoup de tâches, survint et dit :

Le Seigneur lui répondit :

  • Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour beaucoup de choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la bonne part : elle ne lui sera pas retirée.

La prédication

Nous avons entendu trois textes bibliques :

Pourquoi les liturges francophones ont-ils réunis ces textes pour notre week-end de cultes et de messes ? Que ces passages nous apportent-ils comme espérance pour la semaine qui vient ? Nous allons examiner ensemble ces trois écrits.


Les chênes de Mamré

Abraham, bien que très vieux, est attentif aux voyageurs qui passent devant chez lui, devant cette tente immense en poil de chameaux dont on relève les bords à la fraicheur de la nuit et dont on rabat certains cotés pour préserver le coin des femmes.

Pour faire honneur au(x) visiteur(s) Abraham fait préparer par son serviteur et son épouse un repas pantagruélique. Il fait cuire un veau pour trois personnes, quel appétit ! ; il donne ordre à son épouse de préparer des galettes à partir de trois mesures de farine, trois האס (séas), soit une mesure par personne, ou douze litres, environ dix kilogrammes de farine pour chacun. Ça fait une belle quantité de galettes !

Le récit est dans la démesure, démesure de l'accueil de l'étranger en qui Abraham discerne le Seigneur qui passe. Démesure qui appelle la démesure de la réponse du Seigneur, un enfant va venir à Sarah malgré qu'elle ait ri dans sa vieillesse en pensant au plaisir perdu !


Paul et Colossiens

Le passage de la lettre de Paul aux Colossiens est un texte ramassé et assez obscur.

Certains commentateurs ont insisté sur les souffrances de Paul, mais elles restent abstraites dans ce texte. Je relève plutôt que Paul a discerné avoir une charge, le ministère de parachever l'annonce de la Parole de Dieu.

Et déjà Christ a été reçu parmi toutes les nations, y compris les non-juifs, nous en sommes les preuves vivantes.


Marthe et Marie

Contexte

L'histoire de Marthe et Marie n'apparait que dans l'évangile attribué à Luc ; alors que souvent Marc, Mathieu et Luc ont une trame commune que chacun raconte selon sa théologie, ce texte là est spécifique. Si donc Luc nous donne ce passage, ce n'est pas parce qu'il recopie les récits connus des autres évangélistes, c'est parce qu'il trouve cette histoire instructive.

Mais est-ce une histoire ? En fait ce texte n'est pas dans me déroulement du ministère de Jésus en Galilée, Samarie, Judée. Le début pendant qu'ils étaient en route n'est pas relié à l'épisode précédent, celui de la parabole du Samaritain, ni lié à l'épisode suivant qui commence de façon toute aussi imprécise par un jour Jésus priait. On ne sait même pas où cela se passe Jésus entra dans un village, mais on ne sait pas lequel.

Je ne veux pas dire qu'il s'agit d'une invention, mais relever l'intention de l'écrivain. Dans cette partie de son livre, Luc enchaine toute une série de séquences indépendantes qui sont dans un parcours fait d'enseignements ; la semaine dernière Jésus a enseigné un légiste à partir de sa question qui est mon prochain et la semaine prochaine Jésus apprendra à ses disciples comment prier.

Quel est donc l'enseignement de ce texte ? Reprenons-le, phrase après phrase. Heureusement, il est court.

Le premier acteur ils

La première phrase met en jeu trois acteurs ils, il et Marthe ; la quatrième et dernière actrice Marie apparaitra immédiatement après à la seconde phrase.

Le premier acteur ils n'est pas nommé, de qui s'agit-il ? On ne nous le dit pas ici, il faut remonter au verset 23 pour lire les disciples, c'est-à-dire non pas le cercle limité des douze, des apôtres, mais un groupe plus large, puis jusqu'au verset 17 pour trouver les septante, certains manuscrits disent septante-deux, disciples qui avaient été envoyés annoncer la venue de Jésus et guérir des malades. Au retour de ce groupe important, Jésus fait un débriefing, comme on dit maintenant, une réunion de bilan pour les aider à comprendre ce qu'ils avaient vécu et comment suivre Jésus.

Ces ils sont en route avec il et approchent du village. Que font-ils ? Là encore je suis contraint d'avouer mon ignorance, puisque le texte oublie ensuite ce ils. Je ferai cependant des hypothèses.

Le second acteur il

Le second acteur est il, seul le contexte indique que le sujet du verbe entra est Jésus ; pour que le texte lu tout à l'heure soit compréhensible, je l'ai ajouté dans la traduction, mais Jésus est omis du texte grec. Ce n'est pas un oubli de la part de Luc, ni une simplification stylistique, mais une volonté de gommer ici la personne humaine de Jésus de Nazareth.

En effet dans le dialogue qui suit, Jésus est apostrophé sous le terme kurioj (kurios) seigneur et c'est le seigneur qui va rétorquer ; c'est un substantif banal, par exemple pour désigner le maitre de maison. Mais c'est par le même mot kurioj que les juifs de langue grecque pouvaient s'adresser à Dieu Ce mot apporte une ambiguïté volontaire et grand nombre de commentateurs pensent que l'évangéliste veut assimiler Jésus à Dieu et insister sur le rôle spécifique de Jésus dans l'histoire du salut. Mais, selon moi, Luc insiste ici sur la fonction de Jésus comme maître à penser la relation avec Dieu et kurioj traduit l'araméen yb@ira (rabbi), mon maître.

Quoi qu'il en soit Jésus entre dans le village. Il est probable que les ils qui étaient en route avec lui y sont aussi entrés, mais ce n'est pas écrit.

La troisième actrice Marthe

Voici que le troisième acteur, ou plutôt la troisième actrice Marthe entre en jeu. Elle le reçoit dans sa maison. Peut-être pour vous est-ce anodin, mais en fait c'est scandaleux pour l'époque, comme encore aujourd'hui dans les milieux israélites orthodoxes. Une femme juive ne reçoit pas un homme chez elle, parce qu'une femme n'a pas à avoir l'initiative de rencontrer un homme.

Retenons que c'est Marthe qui a l'initiative de cette hospitalité ; ce n'est pas Jésus qui s'invite chez elle comme avec Zachée où Jésus s'invite chez le publicain, ici Jésus répond à une sollicitation. Marthe a du caractère et ne s'embarrasse pas des principes, d'ailleurs son nom est une translittération de l'araméen אתרמ (Martah) qui signifie maitresse, voilà une maitresse femme !

Cette invitation implique, selon les règles de l'hospitalité sémitique, un repas, un repas de fête avec de nombreux plats et beaucoup de travail. Marthe, qui a eu l'initiative, devrait en assumer les conséquences, ce qu'elle ne fera pas, nous allons le voir.

Reste une question concernant cette invitation saugrenue, avait-elle été faite il y a longtemps, quelques jours avant, ou Jésus arrive-t-il à l'improviste ? Autrement dit, Marthe a-t-elle eu le temps de préparer le repas ou a-t-elle été prise à l'improviste ? Le texte n'en dit rien, peut-être que, contrairement aux apparences, la question n'est pas dans la charge de travail dont cette invitation est la cause.

Mais notons qu'ici une fois encore Jésus a transgressé la coutume en acceptant l'invitation. Est-il entré seul chez Marthe ? C'est ce que le texte semble dire au mot à mot, ajoutant au scandale ; mais on peut penser que le ils, les disciples, ont aussi été invités.

La quatrième actrice Marie

Nous apprenons que Marthe avait une sœur Marie, quatrième et dernière actrice de notre histoire, laquelle s'était assise aux pieds de Jésus, et écoutait la parole du Seigneur. Comme à l'époque on s'asseyait rarement sur des chaises ou des bancs pour écouter celui qui discourait, contrairement à vous dans ce temple, cette attitude pourrait sembler assez banale.

Mais c'est la position d'un disciple écoutant un maître, celle de l'élève à l'écoute du professeur. C'est ainsi que Paul décrit sa formation religieuse en Actes 22,3 je suis Juif, né à Tarse en Cilicie ; mais j'ai été élevé (à Jérusalem), et instruit aux pieds de Gamaliel dans la connaissance exacte de la loi de nos pères.

On peut aussi supposer, mais le texte ne le dit pas, que le ils, les disciples écoutaient l'enseignement de Jésus, car Jésus ne parlait sans doute pas qu'à Marie, de plus l'enseignement aux disciples est le fil conducteur principal de cette section de l'évangile de Luc.

Remarquons que l'auteur ne nous dit rien des propos de Jésus, de son enseignement. Car ici, les paroles de Jésus ne sont pas le sujet de Luc, c'est la fonction de Jésus comme prédicateur qui importe, pas le contenu de sa prédication … Par contre j'espère que c'est le contenu de ma prédication que vous écoutez, pas ma position dans la chaire que vous regardez.

Mais à l'époque, l'enseignement religieux était évidemment réservé aux hommes et la Torah orale n'était étudiée que par les messieurs. Pour une femme, se mettre à l'écoute d'un Rabbi était au minimum incongru. L'attitude de Marie était donc ainsi aussi scandaleuse que celle de sa sœur Marthe.

D'ailleurs Marie est un prénom israélite usuel venant de l'hébreu Myarimi (Miryam) dérivé d'un substantif traduit par rébellion ou obstination. Elle aussi n'en fait qu'à sa tête en se plaçant parmi les disciples et même à la meilleure place, aux pieds de Jésus, le plus près possible du Seigneur.

Notons qu'une fois encore Jésus a transgressé la coutume patriarcale sexiste en acceptant une femme comme disciple ; ce n'est pas la seule fois, par exemple en Luc 23,49 Tous ceux de la connaissance de Jésus, et les femmes qui l'avaient accompagné depuis la Galilée, … mais c'était anormal pour un rabbi d'alors.

Marthe et Marie

À cette époque la place d'une femme n'était pas à l'école, ni avec les invités célèbres, mais aux fourneaux. D'ailleurs les choses ont-elles vraiment changé aujourd'hui ? C'est le plus souvent encore les femmes qui préparent le bon repas avec lequel on honore les hôtes pendant que les hommes prennent tranquillement l'apéritif.

C'est d'ailleurs ce que nous dit le texte de Luc Marthe était absorbée à beaucoup de tâches ; si tous les septantedeux disciples étaient là dans la cour à boire les paroles de Jésus, il y avait du boulot pour que tout le monde puisse ensuite manger. Rien d'étonnant à ce qu'elle trime, même s'il y avait probablement des serviteurs et des servantes comme nous l'indique l'évangéliste Jean au chapitre 11 qui nous raconte une autre histoire concernant une Marthe et une Marie, possiblement les mêmes, sœurs d'un certain Lazare et habitantes du village de Béthanie.

Marthe bosse et Marie ne fait rien, assise près de Jésus. En tout cas c'est visiblement ce que pense Marthe qui survient là où l'assemblée est réunie. Le verbe grec indique même qu'elle surgit, telle un diable sortant de sa boite à ressort. Cela fait une heure qu'elle s'affaire et sa sœur ne vient pas l'aider, comment pouvoir ensuite servir le maître ? Elle aimerait avoir aussi le temps d'écouter Jésus, lui qui parle si bien, mais voilà il y a du travail urgent.

Imaginez-vous, mesdames, dans de pareilles circonstances, vous préparez un grand repas, les invités discutent à coté, il y a tant à faire et vous vous sentez seule, écrasée de tant de tâches matérielles que personne ne partage avec vous. Or votre époux, votre sœur, probablement plus votre fille ainée est là, sans rien faire. Vous allez solliciter son aide, peut-être la houspiller car vous pensez qu'elle aurait dû venir spontanément vous aider. C'est ce que fait Marthe.

Enfin pas tout à fait. Marthe ne vient pas dire discrètement à l'oreille de sa sœur viens et aide-moi. Elle surgit au milieu du groupe, interrompt le maitre et apostrophe Jésus, l'hôte de marque ; cela ne se fait pas ! Marthe ne parle pas à Marthe, elle ne lui fait même pas directement de remontrances pour sa passivité.

Il me semble que Marthe n'a pas principalement besoin d'aide, d'une aide qui lui soit assortie comme en Genèse 2,18, sinon elle se serait adressée directement à sa sœur. Elle se sent seule à assumer les tâches matérielles de la maison, c'est encore le cas aujourd'hui où les épouses font souvent seules les courses, la cuisine, le ménage et l'aide aux devoir des enfants.

En fait Marthe a besoin de reconnaissance, qu'on sache que c'est elle qui prépare le repas pour que les convives viennent la louer tout à l'heure pour la qualité de son travail, c'est pourquoi elle parle devant tous les disciples. Marthe a besoin de Jésus, elle voudrait que le maître s'intéresse à son activité qui se déroule dans l'ombre, tandis que sa sœur écoute tranquillement. Marthe se voulait justifiée par ses œuvres, Marie se savait justifiée par la Parole.

Et Marthe adresse ses reproches à Jésus ! Vous pouvez imaginer l'effet produit ; vous avez invité chez vous Nicolas Sarkozy (président de la République Française) ou Laurent Schlumberger (président du Conseil National de l'Église Réformée de France), il pérore agréablement avec les autres invités, et vous venez l'agresser pour une question de cuisson de votre rôti de bœuf ! Nouveau scandale !

Que dit Marthe à Jésus ? Tu ne te soucies pas puis dis à ma sœur de m'aider. Jésus va répondre successivement à ces deux critiques.

Premier reproche, première réponse

Au premier reproche Seigneur, tu ne te soucies pas, Jésus fait une première réponse Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour beaucoup de choses.

Déjà Jésus ne répond pas à Marthe sur le même ton, il ne la réprimande pas pour l'avoir interrompu dans son exposé auprès des disciples. Le double appel Marthe, Marthe est amical et a dû être susurré en contraste avec le ton fort utilisé par Marthe pour l'interpeller.

Jésus ne fait pas d'observation sur ce que fait ou ne fait pas Marthe mais sur la manière dont elle le fait. Elle était absorbée par beaucoup de tâches, elle demande à Jésus de se faire du souci ; mais Jésus remarque qu' elle s'inquiète beaucoup. Les verbes s'enchainent, être absorbée, faire du souci, s'inquiéter et relèvent du même registre. Vous voyez, Marthe n'était plus humaine, elle était devenue une éponge tant elle absorbait de préoccupations utiles mais non fondamentales.

Mais Jésus refuse les préoccupations qui nous submergent et nous plongent dans l'ennui. Ailleurs Luc écrit (12,24) Considérez les corbeaux : ils ne sèment pas, ils ne moissonnent pas, … et Dieu les nourrit. Or vous valez plus que les oiseaux, combien plus !, et plus loin (9,3) Ne prenez rien pour la route, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent. Nous avons tous tendance à nous laisser prendre par les préoccupations de chaque jour, le repas, les enfants, les finances, … Mais Jésus demande de faire confiance à Dieu. Cela ne veut pas dire rester inactif, ne pas s'occuper du repas ou de la vigne, mais de relativiser ; l'important c'est l'être humain, la rencontre du visiteur, l'écoute de l'hôte, Dieu.

Second reproche, seconde réponse

Le second reproche de Marthe est en forme d'ordre dis à ma sœur de m'aider. Là je pense que Jésus n'a pas apprécié que Marthe veuille se servir de lui pour donner un commandement. Alors que lui se montre plein de douceurs, qu'il préfère guider ses interlocuteurs plutôt que les diriger, qu'il les aide à s'affranchir des rigueurs de la loi pour mieux vivre des deux vraies prescriptions aime Dieu et aime ton prochain.

La seconde réponse de Jésus est à l'opposé de l'attente de Marthe. Marie a choisit la bonne part, elle ne lui sera pas retirée. Non seulement Jésus ne contraint pas Marie à aller au service, mais il semble approuver sa présence près de lui. C'est une réponse un peu énigmatique même si on comprend que l'important est d'écouter Jésus.

En effet de quelle part s'agit-il et qui ne peut pas être enlevée ? Le mot part, selon moi, n'indique pas que Marie prend une portion et que les autres, dont Marthe, ne peuvent avoir que ce qui reste, un petit reste de Jésus. Quand l'un prend une part de la Parole de Dieu, elle reste tout entière accessible aux autres humains.

Au contraire, la part vient d'un partage qui fait penser à un héritage. Paul dit ainsi aux Colossiens (3,23-24) Quoi que vous fassiez, travaillez-y de toute votre âme, comme pour le Seigneur, et non pour des humains, sachant que vous recevrez du Seigneur l'héritage en récompense. L'héritage de Dieu est comme Dieu, inépuisable, chacun et chacune peut en recevoir une grande part.

Cet héritage ne résulte pas d'un événement morbide, mais traduit la trace que fait une personne disparue pour celles et ceux qui lui succèdent. Or Jésus est le chemin et nous appelle à sa suite. Marie, déjà, a choisi d'écouter la parole de Jésus, ce qui la fait entrer dans l'héritage des saints. Jésus ne peut que l'approuver.

Marthe ou Marie

Alors, ce texte nous appelle-t-il à choisir entre Marthe et Marie ? Marie est-elle dans le vrai et Marthe dans le faux ? C'est ce que certains ont compris en s'appuyant sur ce passage pour justifier la vie des moines contemplatifs qui comme Marie sont éperdument en adoration toute la journée et la nuit.

Mais la vie ne peut pas ainsi se limiter à un vrai et un faux. Jésus et ses disciples ont sans doute été très contents qu'il y ait un repas et que donc Marthe et Sara aient passé du temps à la popote. Il faut travailler pour faire fructifier le jardin où Dieu nous a placés (Gen 2,5.8).

Est-ce un éloge de la paresse puisque Marthe pense que Marie ne fait rien ? Mais Marie ne fait pas rien, elle écoute ! Vous qui êtes devant moi, vous savez bien qu'écouter un enseignement, une prédication n'est pas faire une sieste, qu'il faut faire un effort d'attention, surtout vers la fin, de compréhension pour saisir ce que veut dire l'orateur.

D'autant plus que la parole de Dieu n'est pas un discours à entendre, c'est un message à mettre en œuvre. C'est ce qu'indique le même évangile attribué à Luc (8,21) Mais Jésus leur répondit : Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui entendent la parole de Dieu et la mettent en pratique..

Nous n'avons pas à choisir entre Marthe et Marie, mais être Marthe et Marie en corrigeant ces deux figures de leurs excès. Avec Marthe, œuvrons au service de l'humanité et de la création, mais sans se laisser submerger par les tâches difficiles, sans voir en l'ouvrage une finalité mais en vivant chaque activité comme un service. Avec Marie, écoutons la Parole de Dieu quand le temps est venu de l'annoncer, mais sans oublier de partir après la vivre et l'annoncer dans le monde.


En conclusion

Voilà frères et sœurs, je voudrais vous féliciter d'avoir été en cette fin d'après-midi Marthe et Marie. Vous avez su vous éloigner des vos besognes pour venir en ce temple entendre retentir la parole de Dieu lue à travers les textes écrits par les croyants d'autrefois et entendue par l'intervention d'un humble commentateur non professionnel.

Voilà à quoi les lectures du jour vous incitent, à discerner le temps pour chaque chose, d'une part le temps de Jésus, d'autre part le temps du Monde, d'une part le temps du culte, de la prière, de la lecture de la Bible, d'autre part le temps de l'action qui passe particulièrement pendant l'été dans cette vallée touristique par l'accueil d'un autre, d'un hôte de passage.

Puissiez-vous, tel Abraham, y discerner le regard du Seigneur !

Amen !


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   http://jean-luc.dupaigne.name/fr/chr/marthe_marie.html
Date de création : 26 août 2010.
Dernière révision technique : 27 août 2010.
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