Noms de Dieu

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Sommaire


Dieu

Myihlo)v ('èlohyim) qeoj (théos) deus

Le Petit Robert propose comme définition, entre autres, principe d'explication de l'existence et du fonctionnement (NDLR) du monde, conçu comme un être personnel, selon des modalités particulières aux croyances et religions. Ceci n'implique, ni n'interdit, ni l'unicité, ni la pluralité de dieu(x), comme le mot hébreu lui-même laisse ouverte la question.

Même si on utilise ce mot avec une majuscule, comme un nom propre, il s'agit d'un nom commun applicable à tous les dieux de toutes les religions. C'est à juste titre qu'on peut parler des dieux (avec une minuscule) grecs, latins ou égyptiens, religions qui vénèrent un nombre important de dieux. Quand on parle d'un dieu antique, on le désigne le plus souvent par son nom propre, Zeuj (Zeus) ou Junon, parfois par le nom commun, mais en précisant sa fonction, le dieu de l'orage.

Pourtant dans des religions israélite, musulmane et chrétienne, qui prétendent qu'il n'existe qu'un dieu, on n'utilise souvent que le nom commun pour parler de Lui. Cela me semble assez curieux de Le considérer comme un (illustre) anonyme alors qu'Il a un nom. Peut-être est-ce une manière inconsciente de supprimer tous les autres dieux puisqu'il n'y a même plus de nom commun pour parler d'eux ?

L'hébreu utilise aussi un autre mot plus court l)e ('èl) qui désigne souvent un dieu des autres nations, mais est aussi utilisé pour le dieu d'Israel, accompagné alors d'un qualificatif. Primitivement les Cananéens utilisaient ce mot court pour nommer leur dieu principal  par analogie c'est comme si les grecs appelaient tous leurs dieux zeuj (zeus) au lieu d'utiliser le mot commun qeioj (théios). Cet 'èl semble plus antique, mais la nuance de signification avec 'èlohyim n'est pas toujours évidente.

Le mot hébreu 'èlohyim se termine par Myi (yim) qui est la marque du pluriel comme de "s" ou le "x" en français ; la traduction littérale serait dieux. Mais quand il s'agit du dieu d'Israel, le verbe dont 'èlohyim est sujet est toujours au singulier : dieux parle, dieux fait et non pas "(les) dieux parlent, (les) dieux font".

Sans ambiguïté, la Bible parle d'un dieu singulier mais en utilisant un mot pluriel, ce qui est fort curieux pour affirmer l'unicité de ce dieu. On peut comprendre ce pluriel comme une totalité. Au début, le UN d'Israel, même seul, est mis en équivalence de tous les dieux des autres peuples. Ensuite dieu(x) est considéré par Israel comme absolument unique et ayant tous les attributs et rôles que les autres religions distribuent parmi différentes divinités.

Je ne vois pas comment traduire proprement 'èlohyim en rendant son étymologie plurielle.

Dans le langage courant pour désigner le dieu des chrétiens sans utiliser son nom propre, je n'aime pas utiliser seul le nom commun dieu. Faute de mieux j'emploie parfois la divinité qui est lui aussi un nom commun, mais a le désavantage d'être plus abstrait, ou la déité qui attire l'oreille par son coté inhabituel.


YHWH

hwhy (YHWH) kurioj (kurios) dominus

Le dieu d'Israel a un nom propre indiqué dès le premier verset de la Bible : Dans un commencement le d(D)ieu(x) hwhy (YHWH) fit les cieux et la terre. Ce mot de quatre lettres est appelé le tétragramme, il apparaît 5780 fois dans la bible hébraïque.

Il faut savoir que l'hébreu, comme l'arabe, ne s'écrivait (et ne s'écrit encore aujourd'hui) normalement qu'avec les consonnes ; les voyelles nécessaires à la lecture et à la compréhension sont "inventées" par le lecteur. Les premiers manuscrits ne comportent donc que les quatre consonnes YHWH (Y est une consomme et non pas une voyelle comme en français).

La tradition veut que le nom propre du dieu n'était prononcé que par le grand-prêtre une fois par an lors d'un culte au Temple de Jérusalem. Aujourd'hui encore un juif lisant la bible, seul ou en public, voit le tétragramme YHWH mais dit un autre mot : soit ynfdo)a ('adonây) qui veut dire seigneur, soit Myihlo)v ('èlohyim) qui est le mot commun dieu.

Ceci fait qu'on ne sait pas comment prononcer le nom propre du d(D)ieu(x), ni donc son étymologie. Les israélites qui ont traduit la bible en grec n'ont ni traduit, ni transcrit ce nom et ont utilisé kurioj (kurios) qui est la traduction du mot de remplacement 'adonây, seigneur.

De nombreuses traductions françaises, surtout protestantes, ont aussi adopté un profil bas en utilisant deux noms communs pour ce nom propre :

D'autres n'ont pas voulu traduire le tétragramme, mais ont voulu transcrire le nom propre en écriture latine :

Ce Yahvé conjoncturel est déduit du texte de Ex 3,14 “Dieu dit à Moïse: "Je suis celui qui est." Et il dit: "Voici ce que tu diras aux Israélites: "Je suis" m'a envoyé vers vous.". Ce verset comporte trois fois hyEh;)e ('èheyeh), conjugaison du verbe hyFha (hayâh) être, ou plutôt exister ou encore devenir, à l'indicatif inaccompli. Ce temps peut se traduire par un présent comme par un futur et indique une action qui n'est pas terminée, éventuellement même pas encore commencée.

"Je suis qui je suis" peut être une réponse (affirmation de sa personne) ou une non réponse (mêles-toi de ce qui te regarde), La traduction pourrait aussi être "je serai qui je suis" (caractère immuable), ou encore "je serai qui je deviendrai" qui laisse Dieu en devenir (ce qu'affirme la théologie du process). Il faut remarquer que l'orthographe de ce "je suis" 'HWH n'est pas identique au tétragramme YHWH utilisé dans la bible.

La bible grecque a traduit cette auto-définition par le participe présent du verbe être : egw eimi o wn Moi je suis l'étant puis o wn le étant a envoyé Moïse.

Cette hypothèse Yahvéh est aujourd'hui très décriée. La proposition de vocalisation du nom divin hwhy en hwohyf (Yâhôh) est assez convainquante. L'alternance des voyelles â (qamets) et ô (wav-hôlem) est en harmonie avec le mot #$wOdqf (qâdôch) saint, selon les règles de la poétique hébraïque qui met en "rime" des mots présentant la même alternance de voyelles. On trouve ainsi en Lévitique 19,2 Soyez saints car moi YHWH (je suis) saint (kiy qâdôch aniy Yâhôh), ou Esaïe 6,3 Les séraphins disaient "Saint, Saint, Saint (est) YHWH" ("qâdôch, qâdôch, qâdôch, Yâhôh"). D'ailleurs la proximité euphonique est renforcé par le fait que sur 116 versets qui ont le mot qâdôch, 61 ont aussi le nom divin Yâhôh.

Par contre cette hypothèse ne donne pas une signification particulière à ce nom propre divin.

On pourrait aussi proposer hw%hyf (Yâoûh) car la lettre wav est plus souvent porteuse du daguech pour former le son prononcé que du hôlem pour le son prononcé ô. Mais rien ne l'atteste vraiment et aucune signification ne s'en dégage.


Seigneur

ynfdo)a ('adonây) kurioj (kurios) dominus

Le mot Seigneur est utilisé dans plusieurs traductions francophones pour exprimer le nom propre divin de la bible hébraïque. On le trouve aussi dans 667 versets de la bible grecque, ce qui représente un nombre considérable d'occurrences.

Le mot désigne

On traduit quelques fois ce mot par maître comme en Luc 16,13 Nul serviteur ne peut servir deux maîtres, mais c'est une mauvaise traduction, car actuellement le mot "maître" fait plutôt penser à un maître d'école, à un enseignant. Or un autre mot grec didaskaloj didaskalos existe dans ce sens (58 occurrences). On trouve d'ailleurs dans Matthieu 10,24 une double opposition Le disciple n'est pas plus que le maître, ni le serviteur plus que son seigneur qui montre qu'on ne saurait confondre le "seigneur" et le "maître".

En Luc 10,2, Jésus leur dit : "La moisson est grande, mais il y a peu d'ouvriers. Priez donc le kurios de la moisson d'envoyer des ouvriers dans sa moisson". Il s'agit ici du propriétaire du champ qui doit embaucher des ouvriers pour ramasser les épis et faire ainsi la moisson. De même en Marc 13,35 Veillez donc, car vous ne savez quand viendra le kurios de la maison, ou le soir, ou au milieu de la nuit …. Il s'agit ici du propriétaire de la maison qui dirige la maisonnée et ses serviteurs.

Un kurios est simplement un patron.

C'est ainsi que les douze, les disciples comprennent Jésus à la fois comme un didaskalos, un enseignant, et un kurios, un patron, qui guide, qui dirige son équipe.

Jésus utilise ce mot kurios pour parler de son dieu, de celui qu'il appelle parfois "père" et dont il suit ce qu'il discerne être Sa volonté. Par fidélité à la pensée de Jésus, ne faut-il pas traduire systématiquement kurios par ce patron quelque peu dérangeant ? Par exemple en Marc 12,30 Tu aimeras le patron, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force.


Christ

xay#imf (mâchiyah) xristoj (qristos) christus

Le mot français christ n'est que le décalque du mot grec qristos, lui-même traduction du mot hébreu messie. Le mot français est un mot technique, c'est-à-dire qu'il n'a aucun sens en dehors du contexte chrétien, alors que les mots hébreux et grecs sont des mots communs, du vocabulaire standard, presque de tous les jours.

Il signifie celui sur lequel a été versé l'huile. Il s'agit ici d'une huile sacrée qui était versée sur la tête des rois (sous l'ancien régime français, c'était à l'occasion du sacre à Reims). La même onction était aussi effectuée sur la tête des prophètes hébreux officiels lors du début de leur prise de parole et des grands-prêtres lors de leur installation au Temple. On retrouve parfois le même geste sur les statues des dieux grecs et romains.

Il s'agit donc de reconnaître par ce geste quelqu'un d'important pour Dieu. Du temps de Jésus, beaucoup d'hommes se sont désignés ou ont été reconnus comme messies. Sans être fréquent, être messie n'était donc pas si exceptionnel que cela dans le monde juif. La majorité d'entre eux ont mal tourné et furent mis à mort pour rébellion.

Curieusement la proximité euphonique de qristos avec le mot grec xrhstov (qrèstos) ne semble pas avoir été exploitée, or ce substantif veut dire bonté.

La bonne traduction en français littéraire serait oint, mais ce terme n'est plus compris que des initiés. On pourrait dire huileux, ce serait juste du point de vue vocabulaire, mais assez péjoratif et n'apporterait pas la signification réelle des mots grecs et hébreux. Le mot neutre le plus proche de la signification de christ, sinon de son étymologie est consacré.


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Date de création : 15 janvier 2005.
Dernière révision technique : 14 novembre 2007.
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