Trois partages de pains

de vin et de poissons

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Sommaire

Préambule

Cette page est issue d'une prédication que j'ai donnée le 10 juin 2007, lors du culte dominical au Temple de l'Église des Terreaux à Lyon. Elle s'est appuyée sur trois textes, les trois textes du jour, prévus pour le dimanche du Saint Sacrement selon le vocabulaire en vigueur dans l'Église Catholique Apostolique et Romaine, notre gande cousine.

La "tradition" dans ce temple implique que la Sainte Cène n'est célébrée que les premiers et troisièmes dimanches de chaque mois. Ce culte s'est donc déroulé sans le partage du pain et du vin (dans ce temple, du jus de raisin), ce qui a orienté le contenu de la prédication qui n'a pas insisté sur la nature du sacrement.


Les textes

Abram et Melchisédech

La première lecture est tirée de la Genèse, chapitre 14, verset 17 à 20. Abram, qui n'est pas encore Abraham, a fait la guerre pour récupérer son frère pris en otage par des ennemis ; au retour d'une bataille, il est accueilli par un prêtre d'un dieu Cananéen.

17 Le roi de Sodome s’avança vers la vallée de Shawé, c’est-à-dire "la vallée du roi", à la rencontre (d’Abram) qui revenait victorieux de Kédor-Laomer et des rois ses alliés.

18 Melchisédech, roi de Shalem, fit apporter du pain et du vin. (Comme) il était (aussi) prêtre du Dieu Elyon (le Très-Haut), 19 il prononça cette bénédiction :

Et Abram lui donna la dîme de tout.

Prononciation :

  • Shawé : cha-oué
  • Abram : a-bra-me (il n'a pas encore reçu son nom habituel Abraham)
  • Kédor-Laomer : qué-dor-la-o-mère
  • Melchisédech : mèl-qui-tsé-deq
  • Shalem : cha-lème
  • Elyon : elle-i-one


Paul et le repas du Seigneur à Corinthe

Après cette rencontre et cette offrande du pain, nous allons entendre la 1ère lettre de Paul aux Corinthiens, au chapitre 11, du verset 18 au verset 29. Paul n'est pas content de ce qu'il apprend de la manière dont les chrétiens de Corinthe célèbrent le repas du Seigneur.

18 J'entends dire que, lorsque vous vous réunissez en assemblée, il y a parmi vous des divisions, … ; 20 quand vous vous réunissez ensemble, ce n’est pas le repas du Seigneur que vous prenez. 21 En effet, dès que vous êtes à table, chacun se hâte de prendre son propre repas, de sorte que certains ont faim tandis que d’autres s’enivrent.

22 Mais n'avez-vous pas des maisons pour manger et boire ? Ou méprisez-vous l'Assemblée de Dieu, et faites-vous honte à ceux qui n'ont rien ? …

23 Alors que moi, j’ai reçu du Seigneur ce que je vous ai (déjà) transmis. Le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain 24 et après avoir remercié (Dieu), il le rompit et dit :

Ceci  
 est mon corps 
  pour vous
Ceci faites-le  
   
  en mémoire de moi."

25 Et de même (il prit) la coupe après le repas et dit :

Ceci, la coupe,  
 est la nouvelle alliance 
  en mon sang,
Ceci faites-le,  
 chaque fois que vous boirez, 
  en mémoire de moi."

26 Car chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez la coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne. 27 Aussi quiconque mange le pain et boit la coupe du Seigneur de façon inconvenante sera coupable (envers) le corps et le sang du Seigneur.

28 Que chacun [l'être humain] s'éprouve lui-même, et qu'il mange alors de ce pain et qu'il boive de cette coupe, 29 car celui qui mange et boit sans discerner le corps mange et boit un jugement contre lui-même.


Jésus partage les pains et les poissons

Dans ce passage Jésus envoie les Douze en mission ; à leur retour, il y a encore une histoire de pain et de repas de partage pris en commun. Pour que vous ne soyez pas surpris par la traduction, je précise qu'en ce temps là on mangeait étendu sur des couchettes ou allongé par terre. Voici une partie des versets 2 à 17 du chapitre 9 de l'Évangile écrit par Luc.

2 (Jésus) envoya (les Douze) proclamer le règne de Dieu et guérir les malades. … 6 Ils partirent et se mirent à passer de village en village ; ils annonçaient la bonne nouvelle et réalisaient partout des soins. …

10 À leur retour, (ils) lui racontèrent tout ce qu’ils avaient fait. Il les prit avec lui, et se retira à l’écart, du côté d’une ville appelée Bethsaïda. 11 Les Foules s’en aperçurent et le suivirent.

(Jésus) les accueillit ; il leur parlait du règne de Dieu ; il guérissait aussi ceux qui avaient besoin de soins.

12 Comme le jour commençait à baisser, les Douze s’approchèrent, et lui dirent :

13 Mais il leur dit :

Ils dirent :

14 Or, il y avait environ cinq mille hommes. (Jésus) dit à ses disciples :

15 Ils agirent ainsi et les firent tous s'allonger.

16 Et il prit les cinq pains et les deux poissons, regarda dans le ciel, prononça la bénédiction sur eux, puis (les) rompit en morceaux et les donnait aux disciples, pour qu’ils les distribuent à la foule.

17 Tous mangèrent et furent rassasiés.

Et douze couffins furent remplis avec les restes.


Un commentaire

Introduction

Voici, nous venons de recevoir trois récits bibliques :

Trois récits, trois repas,

Nous venons d'entendre trois récits, trois prières :

Mais quel est l'intérêt de ces textes pour notre vie d'humains ici et maintenant ?


Des histoires de sacrements

J'aurais aimé parler de la signification théologique et liturgique de ces textes, montrer en quoi la compréhension théologique de la Sainte Cène qu'ont les Calvinistes que nous sommes diffère significativement de celle des Luthériens et radicalement de celle des Catholiques et des Orthodoxes.

Mais nous sommes le second dimanche du mois de juin et la tradition de cette Église fait que nous n'allons pas célébrer ensemble ici le repas du Seigneur. Je ne peux pas parler de la Cène, sans la vivre ensemble ensuite. Aussi, sans ignorer la question, vais-je plutôt aborder avec vous, pour vous, les rôles des acteurs de ces repas.


L'histoire d'Abram

Dans le premier texte, le personnage important semble être Abram qui rentre d'une victoire.

L'histoire, qui précède le texte lu, est confuse, car il s'agit d'abord d'une guerre où quatre rois de Syrie, dont Kédor-Laomer battent cinq rois de Canaan ; en repartant chez eux, ils ont la mauvaise idée de prendre en otage LOTH qui était resté neutre dans ce conflit. Abram décide de récupérer son frère et poursuit les vainqueurs dans leurs pays. Il est victorieux et rentre chez lui avec son frère, des prisonniers et un butin.

Le roi de Sodome, vaincu des premiers combats, sort de sa ville pour accueillir celui qui l'avait vengé ; on n'en sait pas plus.

Apparaît un autre roi, Melchisédech, surgit de nulle part, il ne faisait partie d'aucune des coalitions précédentes. Il est dit roi de SALEM. Le terme "roi" ne doit pas abuser, comme pour les autres rois il s'agit d'un roitelet, d'un chef de village, pas de Louis XIV, ni de Nicolas 1er, je parle bien sûr de НИКОЛАЙ ПАВЛОВИЧ РОМА́НОВ (Nikolaï Pavlovitch Romanov) tsar de toutes les Russies de 1825 à 1855). On n'a aucune information sur ce lieu de Shalem, mais la tradition israélite en a fait Jérusalem, ce qui donne une importance symbolique à ce roi.

Le nom de ce personnage Melchisédech lui donne du poids puisque ce nom se traduit indifféremment par Roi de Justice, Roi de la Justice, ou Roi Juste. De plus il est le prêtre d'un dieu local, le dieu Elyon, ce qui signifie le dieu Très-Haut, celui qui est au-dessus des autres dieux. Et c'est au nom de ce dieu qu'Abram est accueilli et béni et que sont apportés le pain et le vin qui servent de support à la bénédiction et de repas offert au vainqueur.

Abram est béni au nom de ce dieu qui a fait le ciel et la terre et ce dieu Elyon est béni d'avoir donné la victoire à Abram. Notons que cela ne semble pas gêner notre patriarche d'être fêté au nom d'un Dieu concurrent du sien YHWH. Peut-être plus que la victoire, c'est cette reconnaissance liturgique de son ministère de pacification de la région, reconnaissance accomplie au nom de la divinité qui donne une assise politique à Abram et lui permet de distribuer les butins acquis et négocier une place dans la région.

C'est la seule apparition dans la Bible hébraïque de ce Melchisédech, sauf une citation de son nom comme "prêtre à jamais" dans la Psaume 110.

Dans la péricope lue en premier, ce n'est donc pas Abram, personnage principal, qui est le personnage pivot, mais Melchisédech un prêtre hérétique et un roi étranger au clan. Et l'action à retenir n'est pas le haut fait de guerre, mais une simple bénédiction dite avec du pain et du vin.

Dans la péricope lue en premier, ce n'est donc pas Abram, personnage principal, qui est le personnage pivot, mais Melchisédech un prêtre hérétique et un roi étranger au clan. Et l'action à retenir n'est pas le haut fait de guerre, mais une simple bénédiction dite avec du pain et du vin.


Paul et les Corinthiens

Le second texte lu fait partie d'un ensemble de conseils, ou d'ordres, que donne Paul aux chrétiens de Corinthe ; ce sont parfois de remarques positives, mais ici il s'agit d'une engueulade contre des délits répétés commis en bande organisée. De quoi s'agit-il précisément ?

Les frères de Corinthe se retrouvent en assemblée. Je dis "assemblée" pour traduire le grec ekklhsia (ékklêsia). Beaucoup traduisent par "église", mais c'est un abus de langage ; tout d'abord, il ne s'agit pas d'une réunion dans un bâtiment spécialisé, l'église, mais d'une réunion dans la maison de l'un ou l'autre des membres du groupe, assez fortuné pour que sa maison puisse accueillir tout le monde.

Ensuite il ne s'agit pas encore de l'Église comme corps constitué autour de règles, de dogmes, des anciens et des pasteurs, cela ne sera le cas que plusieurs siècles après notre histoire.

Ekklhsia (ékklêsia), il s'agit simplement, et c'est beaucoup, d'une réunion de celles et de ceux qui ont entendu une klhsis (klêsis), c'est-à-dire un appel ; c'est leur Dieu qui les kalew (kaléô), qui les appelle, ek (ek), c'est-à-dire hors, hors de leur condition, du monde habituel.

Ainsi les "convoqués" se réunissent dans une maison ; le temps du verbe grec, un participe présent indique une répétition, peut-être chaque jour, peut-être chaque semaine, le texte n'en dit rien. Paul ne conteste pas un événement particulier, mais un comportement répété qu'il refuse.

Que font ou que devraient faire les convoqués se réunissant ? Le texte n'est pas explicite ; on sait qu'ils ne font pas "le repas du Seigneur" comme il le faudrait, mais on ne sait pas ce qu'il faudrait faire. Sauf quand même qu'il s'agissait d'un repas, le grec deipnon (déïpnon') indique habituellement un repas du soir et le substantif vient du verbe daptw (daptô) qui se traduit correctement pas dévorer. Vous le voyez, on est loin d'une lichette de pain et d'une lapée de vin ou de jus de raisin.

Ces chrétiens de Corinthe semblent effectivement dévorer leur repas, c'est ce que leur reproche Paul. Dès qu'ils arrivent, ils se précipitent chacun sur son sac de pique-nique pour le vider, chacun dans son coin ; ceux qui ont les moyens mangent beaucoup et surtout boivent beaucoup, les pauvres de l'assemblée eux font ceinture et ont faim quand les premiers sont saouls.

On peut aussi traduire le grec en disant que chacun mange sa propre nourriture au moment prévu pour le repas collectif, et non pas dès l'arrivée ; cela ne change pas grand-chose, mais cela apporte l'idée qu'il se passe quelque chose d'autre avant le repas, une sorte de liturgie avant la Cène ; c'est assez plausible.

Une troisième traduction possible indique que les membres du groupe se bâfrent avant de s'assembler (c'est le choix de la Darby). Paul reprocherait aux uns d'arriver repus alors que d'autres viendraient le ventre vide. Je crains que le traducteur ait projeté la liturgie de son temps, où à vrai dire on ne mange ni ne boit, sur ce qui se passait au temps des premiers chrétiens où la communauté était conviée à un vrai repas pendant lequel le maître de maison disait la bénédiction sur la miche de pain et sur la coupe de vin, comme l'avait fait avant lui Jésus avec ses disciples la nuit où il fut livré.

Vous avez peut-être retenu que Paul ne demande pas de faire ce geste de partage du pain et du vin pour accomplir quelque chose, ni pour imiter Jésus, ni pour agir en son nom, ni même pour le rendre présent. Il enseigne que la communauté qui fait ces gestes en mémoire de Jésus annonce sa mort, donc son absence, et se dit dans l'attente de ce que Jésus vienne à nouveau. Est-ce cela que nous faisons et disons chaque deux semaines dans ce temple ?

De même chaque membre de la communauté doit discerner le corps sous peine de prononcer un jugement contre lui-même. Mais où faut-il discerner le corps et quel corps du Seigneur ? Pour nous Calvinistes, en tout cas pour moi, ce n'est pas dans le pain qu'il faut effectuer ce discernement.

Reprenons le sujet de l'admonestation de Paul. Il n'exige pas cette reconnaissance du corps du Seigneur parce les Corinthiens ont jeté le pain par les fenêtres, ni au contraire parce qu'ils en auraient abusé. La faute ne concerne pas les objets pain et vin. Paul s'oppose au comportement des Corinthiens parce qu'ils ne sont pas ensembles quand ils sont rassemblés.

Revenons un instant sur l'institution par Jésus telle que racontée par Paul. Il y a le pain et le vin, et deux phrases de même construction à mettre en parallèle quand on les a convenablement traduites : Ceci, (le pain,) est mon corps, Ceci, la coupe, est l'alliance nouvelle. La seconde proposition fait appel à un concept, l'alliance, pourquoi la première concernerait-elle un objet, le corps compris comme la chair et le squelette d'un être humain ou divin ?

Le corps est ici le symétrique, la contrepartie de l'alliance. Le grec swma (sôma) comme le français corps désigne aussi un groupe humain spécifique. On utilise ce mot pour désigner de hauts fonctionnaires issus d'une même grande école, on parle du "Corps des Mines", du "Corps de Ponts" ; on parle aussi de "corps médical", de "corps diplomatique", des "corps constitués", … Et ces gens là témoignent d'une réelle solidarité entre eux, parfois exagérée et exclusive, mais quand l'un a besoin de piston dans sa vie professionnelle, il trouve assez facilement une aide active parmi ceux de son corps.

Aujourd'hui on peut parler du "corps électoral" pour désigner l'ensemble des citoyennes et des citoyens appelés à faire ensemble le choix des modalités de leur avenir commun. Je précise que "faire ensemble des choix" ne veut pas dire "faire les mêmes choix".

Et c'est, je crois, à faire corps … tiens "faire corps", voilà aussi une expression appropriée, à faire corps autour de Jésus que Paul nous appelle souvent ; en particulier dans ce texte en s'attendant mutuellement avant de passer à table et de partager ce que nos moyens nous permettent d'apporter et de mettre en commun.

En ce jour d'élection, on peut se demander en quoi tel candidat ou telle candidate permet, propose ou ignore le programme de faire corps avec tous les habitants de ce pays et de rassembler dans le corps de la nation celles et ceux qui en sont exclus.


Jésus et la Foule

Maintenant le troisième texte, celui de Luc, c'est aussi un classique. J'ai choisi de vous donner à entendre en partie le passage précédant le texte officiellement retenu pour ce jour, car il me semble éclairer l'attitude des différents acteurs.

Le texte fait agir Jésus, bien sûr, les Douze et les Foules, en quatre temps. Au début Jésus envoie les Douze en mission, puis ceux-ci reviennent vers lui ; ensuite Jésus donne une prédication à la Foule ; après, il y a une discussion entre Jésus et les Douze à propos de la Foule ; enfin tous mangent. Voyons cela de plus près.

Au début donc, Jésus envoie les Douze proclamer le règne de Dieu et guérir les malades. Sans question et sans état d'âme apparent, les Douze passent de village en village, annoncent la bonne nouvelle et réalisent partout des soins, des guérisons. Ce que Jésus leur a dit de faire, ils le font ; au sens habituel du terme, ils font des miracles, ce qui n'a pas l'air de les étonner, selon ce qu'ils racontent au maître à leur retour.

Ensuite Jésus emmène sa troupe à l'écart, pour se reposer, disent les textes parallèles des autres évangélistes. Mais ce projet foire puisque les Foules les rejoignent dans ce lieu qui est plus loin qualifié de désert.

Au premier temps ce sont les Douze qui partent vers les autres, maintenant ce sont les autres qui viennent à Jésus. Mais le résultat est semblable, ces gens reçoivent un enseignement sur le règne de Dieu et les personnes qui ont besoin de soins sont guéries.

En fin d'après-midi, les Douze ont de plus en plus envie d'échapper à l'agitation des foules et d'avoir enfin leur maître pour eux tous seuls. Ils demandent donc à Jésus de renvoyer tous ces gens, le prétexte est tout trouvé, il fait tard et c'est bientôt l'heure de manger et de dormir.

À une demande raisonnable, Jésus a l'habitude de fournir une réponse déraisonnable ou au moins surprenante, c'est encore une fois le cas. Jésus ne nie pas le problème du repas, mais semble se défausser sur les disciples : "C'est à vous de leur donner à manger !" Lui, Jésus, a donné la nourriture spirituelle de la prédication, à eux de donner maintenant la nourriture matérielle.

Probablement abasourdis, les Douze font rapidement l'inventaire, ils ont un peu mais pas grand chose. "Ils ont", car si dans Jean (chapitre 6) c'est un jeune garçon qui a les cinq pains d'orge et les deux poissons, ici chez Luc, ce sont les Douze qui les ont apportés.

Il ne s'agit pas de cinq petits pains au lait et de deux petites sardines, c'était de belles miches et de gros poissons prévus pour le repas de ces 13 hommes et probablement aussi des femmes qui les accompagnaient. Ils n'ont pas grand chose, mais ne sont pas démunis.

C'est peut-être ce que vous vous êtes dit le mois dernier en remplissant votre déclaration d'impôts : je ne suis pas riche, mais objectivement je ne suis pas pauvre.

les Douze veulent bien donner ce qu'ils ont, le texte ne signale pas de réticences, mais c'est insuffisant : il faut nourrir 5 000 hommes, sans compter les femmes et les enfants, ajoute Matthieu (chapitre 14). En quoi ce qui est satisfaisant pour 13 peut-il couvrir les besoins de 5 000 ?

Panique des disciples qui se demandent si Jésus leur demande d'aller faire des courses pour tout le monde. Effroi du trésorier qui blêmit à l'idée de vider la caisse pour ces affamés qui ont privé les Douze d'une journée tranquille à la campagne !

Pourtant ce n'est pas si compliqué de nourrir ces 5 000 hommes, c'est ce que semble dire Jésus quand il affirme : "c'est à vous, à nous, de nourrir ces gens". Or Jésus n'exige jamais l'impossible, il ne fait que demander ce qui paraît impossible. Dans cette histoire, il suffit de donner tout à tous. Cela semble si simple quand Luc raconte ce que Jésus fait : prier, donner sans compter.

Je me suis demandé pourquoi les disciples n'avaient pas su faire par eux-mêmes. Car enfin :

Ils ont fait l'une et l'autre action comme ils avaient vu Jésus le faire. Alors pourquoi n'ont-ils pas osé la troisième étape ? Le texte nous laisse le soin de répondre nous-mêmes à sa question.

Je pense que Luc suggère que les Douze ont su partager le ministère de la Parole. C'est finalement assez facile de parler pendant la campagne … euh non, parler dans la campagne, même de Dieu, dit Luc. Ce ne sont que des paroles verbales, elles sortent de moi sans me vider de quoi que ce soit. Elles sont parfois des promesses de lendemains qui chantent qui mobilisent l'auditoire.

les Douze ont su aussi partager le service de guérison. Consoler les corps et les cœurs, c'est aisé, dit Luc. Avec un peu d'humanité on peut apporter de l'écoute et du réconfort, et avec seulement un peu de temps on peut guérir bien des peines. Au pire on perd du temps, mais de toute façon le temps présent s'écoule et est déjà parti.

Mais maintenant ce que Jésus demande aux Douze, à ses disciples, à nous qui nous disons ses disciples, c'est de partager des pains concrets et des poissons qui nous font envie, dont nous avons réellement besoin pour vivre. C'est de donner des biens matériels, et pas seulement des mots et du temps.

Dans cette histoire Jésus a forcé la main aux Douze et ils ont donné le nécessaire, cinq pains et deux poissons ; ils ont cédé ce qui leur appartenait et qui allait leur manquer pour le repas du soir. Sans ce don Jésus n'aurait rien pu faire, n'aurait rien fait, n'aurait pas fait de miracle. Dieu ne fait rien sans que les humains agissent.

En donnant tout les Douze n'ont finalement rien perdu puisque tous les 5 000 ont été rassasiés, tous donc eux aussi. Et il y a eu des restes en abondance, puisque chacun des Douze a pu récupérer une grosse corbeille, un couffin, pleine de pains et de poissons.

Je n'ai rien dit sur comment cela s'est passé, s'il y a eu multiplication ou partage, si c'est Jésus qui a agit, les Douze ou la Foule ; le texte parallèle de Marc est plus instructif.


En guise de conclusion

J'ai essayé de vous montrer que :

C'est ici et maintenant ce à quoi nous sommes aussi invités.


@ de cette page :
   http://jean-luc.dupaigne.name/fr/chr/partage_pain.html
Date de création : 12 juin 2007.
Dernière révision technique : 14 novembre 2007.
©Jean-Luc Dupaigne 2007.