La résurrection,

une espérance pour demain ou une promesse pour aujourd'hui ?

Curieusement, quatre ans après un culte conduit au temple du Change sur le même thème et un évangile commun, l'Église Réformée des Terreaux m'a demandé de conduire le culte du 32ième dimanche ordinaire dont voici une version étendue de la prédication.

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Sommaire

Les lectures du jour


Luc 20,27-38

Le texte relate une controverse entre Jésus et des Sadducéens à propos de la résurrection des morts. Les Sadducéens formaient alors un courant israélite religieusement conservateur et politiquement proche du pouvoir.

Les sadducéens soutiennent qu'il n'y a pas de relèvement des morts ; quelques-uns d'entre eux vinrent interroger Jésus :

Jésus leur répondit :

  1. Dans ce monde-ci, hommes et femmes se marient et sont épousées,
  2. mais celles et ceux qui ont été jugé(e)s dignes d'être relevé(e)s d'entre les morts et d'accéder à ce monde-là ne se marieront pas ni seront épousées. Ils ne pourront pas non plus mourir, parce qu'ils seront à l'égal des anges et qu'ils seront fils et filles de Dieu, étant fils et filles de la résurrection.
  3. Affirmer que les morts sont réveillés, c'est ce que Moïse a dit lors de l'épisode du buisson, quand il appelle le Seigneur : Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac et Dieu de Jacob.
  4. ? Car notre Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants ; pour Lui tous sont vivants.

Quelques-uns des scribes répondirent :

Et ils n'osaient plus lui poser aucune question.


2 Maccabées 7,1-2.9-14

Le texte suivant peut être choquant à lire, … mais la Bible est parsemée de textes choquants. Dans un pareil cas, le présentateur du journal télévisé de 20 heures propose d'éloigner les enfants car la séquence qui suit pourrait choquer. Vous êtes prévenus !

Une autre fois, sept frères et leur mère furent arrêtés. Le roi Antiochus voulait qu'on les force à manger de la viande de porc, interdite par la loi de Dieu ; à cet effet, il les fit battre à coups de fouet et de nerf de bœuf.

L'un d'eux prit la parole au nom des autres et dit au roi :

Le roi fut saisi d'une violente colère ; il donna l'ordre de mettre sur le feu des grils et des chaudrons.

Dès qu'ils furent brûlants, il ordonna de trancher la langue au premier qui avait parlé au nom des autres ; de plus, il le fit scalper, il lui fit couper les pieds et les mains, tout cela sous les yeux de ses frères et de sa mère.

Quand on l'eut complètement mutilé, le roi commanda de le jeter encore vivant sur un gril. Tandis que l'odeur de la chair brûlée se répandait autour du gril, les autres frères et la mère s'encourageaient mutuellement à mourir héroïquement.

On amena le second pour le maltraiter à son tour. Après lui avoir arraché les cheveux avec la peau du crâne, on lui fit subir la même série de tortures qu'au premier. Au moment d'expirer, il dit au roi :

Après celui-ci, on infligea le même traitement au troisième. Quand on lui ordonna de présenter sa langue, il le fit aussitôt et il tendit ses mains sans trembler. Il déclara avec fermeté :

Le roi lui-même et ceux qui l'entouraient furent impressionnés par le courage de ce jeune homme, qui semblait indifférent à ses souffrances.

Dès qu'il fut mort, on maltraita le quatrième avec la même cruauté. Sur le point de mourir, il dit au roi :

Vous avez compris le sens de cette histoire, on peut ne pas lire les tortures subies par les trois frères restants puis par leur mère.


La Prédication


Sur l'Évangile de Luc

Loi du Lévirat

Ainsi donc une femme avait décidé, ou accepté, d'épouser un homme. Celui-ci étant mort sans enfant, elle a été contrainte d'épouser aussi successivement les six frères de son premier époux ; à chaque fois, la tentative d'avoir un enfant est infructueuse, l'époux meurt et la femme est obligée de prendre le suivant. C'est la loi dite du Lévirat promulguée, dit-on, par Moïse en Deutéronome au chapitre 5, les versets 5 à 10.

Pauvre femme, pensons-nous, être obligée d'épouser six hommes qu'elle n'a pas choisi ! Mais remarquez que rien ne nous dit qu'elle avait choisi le premier ; à l'époque les mariages étaient arrangés et on aimait l'époux avec lequel on vivait, alors qu'aujourd'hui on décide de vivre avec le conjoint qu'on croit aimer. Autres temps, autres mœurs, mais ici rien ne nous dit que les conditions des six mariages suivants soient différentes, pires que celles du premier ; il ne nous est pas dit qu'elle n'a pas été aimée par les sept frères, ni qu'elle fut battue ; non, elle a eu "simplement" et successivement sept époux.

Mais il faut aussi dire que l'obligation vaut aussi pour les hommes ; la loi n'est pas contraignante uniquement pour (contre) les femmes. Les frères sont obligés d'épouser la femme pour qu'elle ait un enfant, peut importe qu'ils soient éventuellement déjà mariés et qu'on leur impose la bigamie.

L'objectif n'est pas de reconstituer un couple vivant d'un amour romantique, mais de procurer une descendance à l'homme décédé. Quand je dis "descendance", il faut comprendre un enfant mâle, les filles comptent pour rien dans cette histoire.

Loi économique

Cette loi a un objectif économique pratique. Une femme isolée rencontrait de grandes difficultés pour survivre dans cette société ; même si théoriquement elle pouvait posséder des biens, les obstacles pratiques étaient nombreux. La grande masse des israélites étaient des paysans et une femme a le plus souvent moins de force physique qu'un homme pour travailler la terre dans des conditions difficiles. De plus une veuve avait des difficultés à se remarier, certains hommes, de part leur profession (scribe, rabbin) ou leur naissance (prêtre) n'avaient pas le droit d'épouser des veuves ou des femmes répudiées.

Une veuve qui avait un fils pouvait compter sur son travail pour vivre.

Une veuve seule, dans les meilleures conditions, devenait une charge pour son village était réduite à la mendicité et à glaner dans les champs après lé récolte, dans les pires situations elle devait partir dans les bourgs et les villes pour se livrer à la prostitution. La Bible contient de nombreux passages sur ces situations désespérées. La loi du Lévirat était ainsi une loi de protection des femmes contre la dureté de la vie et des hommes.

Loi de mémoire

Mais avant tout, il s'agit de perpétuer le nom de l'homme, de rétablir la suite des générations qui permettra qu'un enfant puisse garder mémoire de son père et la transmettre à son tour à ses descendants. Pour l'ancien Israël, la perpétuation du nom était un principe intangible dont découlait cette loi du Lévirat. Avoir une descendance était la seule manière de ne pas sombrer dans l'oubli puisqu'un fils allait se souvenir de vous et transmettre votre souvenir à ses enfants, vos petits-enfants, et ainsi de suite.

Car à l'époque du judaïsme qui formalise sa foi et la Loi de Dieu entre de VIième et le IIIième avant l'ère commune, on pensait que les morts sombraient dans le Shéol, une vallée des morts, où rien ne se passait, aucune vie, ni connue, ni inconnue, aucune attente d'un autrement, bref le néant absolu. Aussi l'homme décédé sans enfants disparaissait puisque sa mémoire n'était plus perpétuée.

Absence de résurrection dans la tradition israélite

Car le judaïsme primitif ne croyait pas à une quelconque résurrection, à un avenir après la mort. La tâche et la fonction du croyant était de servir Dieu et les humains du mieux possible ici sur terre et maintenant dans une seule vie sans possibilité de recommencement ou de renouvellement après la mort.

Or les Sadducéens se voulaient des orthodoxes stricts et donc ne reconnaissaient comme textes fondateurs que la Torah, les cinq premiers livres. Et, comme je viens de le dire, rien dans le Pentateuque n'évoque, encore moins ne conforte, l'idée d'un au-delà, d'un après la mort. Donc ils ne croyaient pas en une quelconque résurrection.

Le Dieu des vivants

Pourtant, Jésus, lui, croyait que la mort de la vie terrestre n'était pas une fin absolue. Comme les pharisiens, Jésus de Nazareth acceptaient les idées relativement nouvelles apparues deux siècles auparavant et formalisées discrètement dans le livre de Daniel (chapitre 12, versets 2 et 3) et d'une façon plus marquée dans le second livre des Maccabées.

Mais Jésus ne pouvait pas utiliser ces deux livres pour répondre aux sadducéens puisqu'ils ne reconnaissaient aucune valeur dogmatique à ces textes trop récents pour être crédibles.

Jésus part d'une expression de foi banale "Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac et Dieu de Jacob" admise et utilisée par ses interlocuteurs puisque figurant dans le passage du buisson ardent (Exode 3,6). Pour les sadducéens, puisque les morts sont dans le néant, ils n'ont plus de Dieu ; corrélativement, le Dieu d'Israël qui est le Dieu de la vie, Dieu des vivants ne s'intéresse pas aux morts qui ne sont plus rien. Notre Dieu ne peut être un Dieu des morts, ni un Dieu pour les morts.

Ainsi donc les mots "Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac et Dieu de Jacob" seraient insensés si Abraham, Isaac et Jacob étaient aujourd'hui des morts dans le néant. Si Dieu est le Dieu de ces trois patriarches ou le Dieu pour eux, dit Jésus, c'est que ces trois-là sont vivants aux yeux de Dieu, auprès de Dieu, même s'ils sont complètement morts à nos yeux et pour nous.

D'où l'idée d'une vie en Dieu après la mort, laquelle n'est que séparation de la vie en l'humanité.

Quelle est cette vie ?

Mais quelle est cette autre vie ? Jésus ne l'aborde que sous l'angle de la question qui lui est posée, c'est-à-dire du mariage. La règle générale en Israël est alors la monogamie ; la loi du Lévirat n'est même pas une exception puisque l'homme ne prend sa belle-sœur qu'au nom de son frère défunt et pas en son nom propre. On pourrait parler aujourd'hui d'insémination naturelle par donneur externe.

Pour les Sadducéens, les lois de Moïse sont immuables car divines, et devraient s'appliquer dans cet hypothétique après comme elles s'appliquent maintenant. C'est aussi ce qu'on peut encore inconsciemment penser quand on imagine un paradis qui serait bien mieux que notre terre, sans maladie ni guerre mais avec beaucoup de fleurs, toutes choses à manger et où même pour certains, 72 vierges attendent chaque suicidaire.

Alors pour appliquer la loi de la monogamie, avec quel époux unique va convoler là-haut cette septuple veuve ?

Mais Jésus fait une réponse en opposition "dans ce monde-ci", "dans ce monde-là".

De ces quatre affirmations, seule la seconde est évidente, si on a été relevé d'entre les morts, ce n'est pas pour mourir à nouveau, il ne s'agit pas du samsara, d'un cycle éternel de réincarnation et de recommencement de vie dans ce monde-ci ; donc dans ce monde-là on ne meurt plus.

On ne se marie pas et on n'est pas marié, pourquoi ? Jésus ne le dit pas, ce n'est pas simplement une pirouette pour évacuer la question apparente des pharisiens sur le mariage, puisque la vraie question porte sur la résurrection et qu'une réponse a déjà été apportée. Il s'agit de dire que ce monde-là est radicalement différent de ce monde-ci, il n'obéit pas aux règles naturelles comme la vie et la mort, il n'obéit pas non plus aux règles sociétales comme le mariage.

Les deux autres affirmations offrent des perspectives théologiques intéressantes sur lesquelles je vous laisserais méditer et prier. Comment serons-nous à l'égal des anges, c'est-à-dire des messagers de la parole de Dieu ? Comment serons-nous fils et filles de Dieu ? Et conséquemment les expressions "Jésus fils de Dieu" et "moi fils de Dieu" sont-elles équivalentes théologiquement comme elles sont identiques grammaticalement ?

En attendant, revenons à l'autre lecture, celle du second livre des Maccabées.


À propos du livre des Maccabées

Lecture inhabituelle dans un temple

Je sais que la lecture des livres des Maccabées est inhabituelle dans un temple protestant ; dans une autre vie, certains m'avait reproché de commenter un livre apocryphe (caché) comme on dit ici, ou deutérocanonique (de la seconde liste biblique officielle) comme on dit dans l'Église Catholique Apostolique et Romaine. Mais je me targue de prédécesseurs glorieux, Luther a traduit ces livres quand il a rédigé la Bible Allemande, Sébastien Castillon a jugé indispensable de les incorporer dans sa "Bible nouvellement translatée" en français publiée en 1555 à Bâle et Calvin les a commenté en chaire. Je ne fais ici qu'imiter mes maîtres.

Un peu d'histoire

De quoi parle ce livre, de peu de chose dans ce monde-ci, il s'agit d'un petit épisode d'une petite révolte religieuse d'une demi-douzaine d'année, qui a eu lieu dans une petite et lointaine province contre un roi étranger devenu un tyran.

Vous vous rappelez qu'après les mythiques rois David et Salomon, les deux principautés du Nord et du Sud sont passés respectivement en 721 et 587 avant notre ère sous domination assyrienne, laquelle a pris fin en 539 par la prise de Babylone par Cyrus et l'autorisation du retour d'exil, la Palestine devenait une petite province perse. L'empire perse s'écroulât à son tour dans les années 330 sous les coups d'Alexandre le Grand, roi mort jeune dont les généraux formèrent en Asie deux empires, les Lagides en Égypte, les Séleucides en Syrie ; la Palestine devint une petite province sans histoire successivement de ces deux empires.

Mais voilà qu'en 167 le roi de Syrie Antiochus IV, lointain héritier d'Alexandre le Grand, veut interdire les cultes locaux dans son royaume et imposer les cultes grecs, il installe une statue de Zeus dans le Temple de Jérusalem. D'où une révolte militaro politico religieuse contre les grecs, la prise du pouvoir par le grand-prêtre Mattathias puis par ses trois fils Judas, Jonathan et Simon dit les Maccabées. La dynastie juive des Hasmonéens qui en découlât bénéficia ensuite d'une certaine indépendance, la seule historique d'Israël à partir de - 143 et jusqu'en - 63 où Pompée fut appelé par les juifs pour régler des différends au sein de la famille régnante et en profita pour s'emparer de Jérusalem.

Renouvellement théologique

Le passage lu relate les années noires où beaucoup de combattants avaient pris les armes contre l'occupant et trouvaient la mort alors qu'ils avaient pour seul objectif de pouvoir prier et célébrer leur Dieu selon les règles ancestrales.

Comment ce Dieu pour qui on se battait et ou mourrait pouvait-il permettre que ceux qui le défendaient périssent sans avoir vu leur foi triompher ? Comment ces justes pouvaient-ils être traités si injustement, leur vie s'arrêtant par la mort qui les plongeait dans un néant sans Dieu ? Dans ces années de violences sans réponse politique une réponse religieuse s'élabora.

c'est qu'il y a un monde-là où chaque femme et chaque homme serait pleinement selon le projet de la création, profiterait de ses richesses humain, et verrait Dieu face-à-face.

Ce monde-ci est le monde injuste dans lequel on vit ici et maintenant, ce monde-là ne se voit pas, c'est celui de la promesse que les croyants d'alors ont placé dans un au-delà de la mort.

Je ne veux pas dire que les juifs d'alors ont inventé un au-delà pour répondre à leur peur et donner un sens à un non-sens. Je veux dire que cette époque difficile a été le moment de mûrir une foi séculière et de l'exprimer de façon nouvelle.

Avant on répétait que le Dieu de Moïse avait libéré les israélites du joug de l'Égypte par un mouvement spatial d'exode du Delta du Nil vers le pays de Canaan ; mais cela n'avait plus de signification sous occupation grecque. Au second siècle avant notre ère, il y avait la nécessité de formuler en quoi ce Dieu de l'histoire passée était encore le Dieu pour nous dans un monde-ci bouleversé. Les croyants ont exprimé une foi dans un mouvement temporel de libération hors la folie de ce monde-terrestre par le passage de la mort vers un monde-après.

Une libération … de quoi ? pour quoi ?


Mais la Résurrection ?

Étymologie

Les théologiens parlent de la résurrection. Mais la "résurrection", cela n'existe pas … dans la Bible. Je veux dire que le mot "résurrection" ne figure ni dans la bible hébraïque, ni dans la bible grecque, c'est un mot technique qui a été forgé à partir du substantif latin resurrectum dérivé du verbe resurgere, re surgere, littéralement se lever une nouvelle fois.

Le grec biblique emploie des verbes et substantifs de deux familles :

Ces verbes et ces actions ne sont pas à la forme active ou réflexive, ce n'est pas le mort qui se réveille et se relève, ils sont à la forme passive, le mort est réveillé et est relevé, et ce y compris quand on parle du Christ. Et, dans la langue hébraïque, la forme passive implique une action divine qui s'impose à l'humain, sans initiative ni volonté de sa part.

Ce serait plus clair de ne pas parler de résurrection, mais de parler de relèvement ou de réveil, on pourrait approcher le sens des textes ou comprendre qu'on ne comprend pas et se demander de quoi Dieu peut nous relever, en quoi il peut nous réveiller.

Résurrection des corps

Des théologiens parlent de résurrection des corps, d'autres de résurrection des morts. De quoi s'agit-il ? De quel corps parlent les textes ?

On m'a dit que certaines personnes ne voulaient pas entendre parler de résurrection des corps, de la résurrection oui, mais pas des corps. Car enfin quand le corps devient vieux et cause des douleurs, quand j'ai la rate qui se dilate et le foie qu'est pas droit, l'épigastre qui s'encastre et l'abdomen qui s'démène, … vous connaissez sans doute la suite de la chanson de Géo Koger datant de 1932.

Si je suis malade, si je deviens âgé et endolori ou si je me retrouve estropié, quel serait mon profit de retrouver dans ce monde-là mon corps abîmé ? Déjà que cela peut être pénible dix ou vingt ans, alors pensez-vous pendant une éternité ! Cela vaudra-t-il le coup d'être relevé des morts avec ce corps de douleur ?

Une première réponse est donnée par ce texte entendu tout à l'heure, le troisième des frères disait au roi qui allait lui arracher les membres "C'est le Dieu du ciel qui m'a accordé ces membres; par fidélité à ses lois j'accepte d'en être privé, car j'ai l'assurance qu'il me les rendra".

C'est dire que le croyant en la résurrection des corps est en droit de croire qu'il recouvrera un corps sain. Mais de quel corps parle-t-on ?

Ce qu'est un corps

Il nous faut revenir au contexte historique de la formulation de cette espérance. S'il s'agissait de combattre l'empire grec les armes à la main, il s'agissait aussi de combattre les philosophes grecs, les mots à la bouche.

Les sages grecs dans leur diversité disent plutôt que le corps est une gangue, une prison pour l'âme. Dans la pensée duale corps / âme, seule l'âme, est digne de ressusciter ; l'espérance est que le pur esprit qui est en nous et qui est contraint par nos passions et nos limites se retrouve libre et puisse s'épanouir dans une relation verticale avec, selon les écoles, la divinité, le savoir abstrait ou la sagesse. L'humain devenu âme immortelle, pure et infinie peut s'épanouir sans subir le corps mortel, impur et fini.

Et Dieu sait combien nos théologiens classiques par exemple Augustin et Thomas, mais aussi Luther, étaient marqués chacun par son école néo-grecque et nous marquent encore de cette pensée.

C'est justement ce que les sages juifs voulaient combattre par le thème de la résurrection des corps. Car la sagesse traditionnelle israélite n'est pas binaire, Jésus de Nazareth ne se pensait pas comme un être humain fait d'un corps et d'une âme.

Elle est ternaire comme on peut l'interpréter dans les deux récits de création dans la Genèse : l'être humain est corps, animal et esprit :

Le corps est ce qui me permet de toucher, ma main sur la pierre, la main sur la fourrure d'un animal ou la main dans la main de celui ou celle à qui je dis bonjour. Je ne peux pas entrer en relation avec de l'eau qu'on ne retient pas et qui fuit mes mains même quand je les mets l'une contre l'autre en forme de coupe. Je ne peux pas entrer en relation avec l'air ou le vent, si je le sens soufflant sur mon visage, lui ne me sent pas et il est déjà parti dès que je m'aperçois qu'il est là.

Pour formuler ma théologie chrétienne à partir de ce que je devine du système de pensée de Jésus, je dois hériter de cette schéma de l'ancien Israël. Je comprends ainsi que la résurrection des corps est la capacité offerte à "celles et ceux qui ont été jugés dignes d'être relevé(e)s d'entre les morts et d'accéder à ce monde-là", comme dit l'évangéliste Luc, à être en relation avec les autres qui les ont précédés et qui les suivront.

C'est une foi en des relations horizontales entre humains (enfin si le mot humain aura un sens) qui permettront un échange sans limite dans le temps, le nombre et la qualité. Ce ne seront plus les relations limitées par le mal et le péché comme celles qui ont conduit aux guerres que j'évoquais en première partie du culte. Ce seront des relations illimitées car sous le regard direct de notre Dieu et Père.

Ainsi dans la pensée grecque le monde d'après est un monde de purs esprits en relation intellectuelle avec un Autre, tandis que dans la pensée juive partagée par Jésus le monde-là est un monde de relation avec le Tout Autre et entre Nous.

La résurrection des corps à laquelle je crois n'est pas la croyance de retrouver une tête, deux bras et deux jambes, ni même des organes sexuels qui me permettraient de prolonger mon mariage avec mon conjoint, ça c'était la question, la crainte des saducéens.

La résurrection est pour moi l'espérance de vivre de nouveau (ou enfin ?) dans des relations de paix et de plénitude avec Dieu et avec toute l'humanité devenue des frères et des sœurs comme il nous en a fait la promesse.


Ma résurrection !

J'ai déjà signalé le passage de la libération spatiale de Moïse à la libération temporelle des Maccabées. Mais l'histoire religieuse ne s'est pas arrêtée là. Si nous nous disons disciples de Jésus de Nazareth, c'est que nous croyons qu'il a apporté une bonne nouvelle dans notre relation avec Dieu et entre humains. Et cette nouveauté interprétée par ses disciples et prolongée par Paul de Tarse, porte aussi sur l'idée de résurrection.

Nous disons que Christ est ressuscité, qu'il est vivant aujourd'hui et particulièrement présent au milieu de l'assemblée qui prie et qui partage la Cène. Nous affirmons que nous pouvons rencontrer son visage en tout homme et toute femme, particulièrement les affamés, les étrangers, les dévêtus, les malades et les emprisonnés. C'est le texte du jugement dernier rapporté par Matthieu au chapitre 25.

Le Christ a été pleinement réveillé et relevé des morts (c'est le sens littéral du mot résurrection) et nous sommes appelés à participer à sa résurrection. Comme disciples nous avons à témoigner ici et maintenant que nous vivons ici et maintenant de cette résurrection. Nous sommes déjà ressuscités, quoiqu'imparfaitement, La première épître de JEAN (3,14) le formule ainsi : "Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères. Celui qui n'aime pas demeure dans la mort".

Ainsi notre foi n'est pas dans un ailleurs ou un après, mais dans un ici et maintenant autrement. Pas une fuite dans un futur hypothétique, mais une présence renouvelée dans un déjà là au sein de toute l'humanité. Le reste, ce monde-là sera donné en surcroît à celle et à ceux qui cherchent déjà à en vivre.

Si je reste lié par le péché, si je suis écrasé par le poids de ma rancœur, si je reste collé au désir de ma satisfaction, si mon corps n'est pas en relation avec les autres, si je demeure préoccupé par ma mort, ou par ma vie (c'est pareil), alors il n'y a pas de résurrection possible pour moi, ni maintenant, ni "plus tard".

Aussi Frères et Sœurs, savons-nous goûter dans nos vies à ces moments fugaces qui montrent que le monde nouveau est déjà en germe ; pouvons-nous dire dans note vie : "Il est vivant !" ? C'est sans doute ce qu'ont expérimenté les poilus dans les tranchées ce 11 novembre 1918, il y a juste 89 ans, quand ils ont entendu les cloches et les clairons dire "Nous sommes vivants !".


C'est ce que j'ai compris de la résurrection dont nous parlaient les textes de ce matin.

Amen


@ de cette page :
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Date de création : 14 novembre 2007.
©Jean-Luc Dupaigne 2007.