La vie, la mort,

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et après ?

Sommaire


Textes bibliques proposés

Extraits des chapitres 2 et 3 de la Genèse

Lecture de la Bible

Lorsque Dieu Adonaï fit la terre et le ciel, il n'y avait encore aucun arbuste de la campagne sur la terre, et aucune herbe de la campagne ne poussait encore ; car Dieu Adonaï n'avait pas fait pleuvoir sur la terre, et il n'y avait pas d'être humain pour cultiver le sol.

Alors Dieu Adonaï façonna l'être humain à partir de la poussière du sol ; Il insuffla dans ses narines un souffle de vie, et l'être humain devint une personne vivante.

Ensuite, Dieu Adonaï fit pousser du sol toute sorte d'arbres agréables à voir et bons à manger, ainsi que l'arbre de la vie au milieu du jardin, et l'arbre de la connaissance de ce qui est bon ou mauvais.

Dieu Adonaï prit l'être humain et l'établit dans le jardin d'Eden pour le cultiver et le garder. Dieu Adonaï commanda à l'être humain, disant :

 … On raconte ensuite la création de la femme …

La femme vit que l'arbre était précieux pour ouvrir l'intelligence ; elle prit de son fruit, et en mangea ; elle en donna aussi à son homme, qui était auprès d'elle, et il en mangea. Leurs yeux à tous les deux s'ouvrirent, et ils surent qu'ils étaient nus.

 … On raconte ensuite les reproches adressés par Dieu à la femme et au serpent …

Ensuite Dieu Adonaï appela l'être humain ; Il lui dit :

L'être humain appela sa femme du nom d'Ève (en hébreu la "Vivante"), car elle est devenue la mère de tous les vivants.

Extraits des chapitres 1, 2 et 3 du livre de la Sagesse de Salomon

Les gens qui méprisent Dieu appellent la Mort par leurs actes et leurs paroles. Ils croient qu'elle est leur amie, ils la désirent avec ardeur et font un pacte avec elle. Oui, ils méritent vraiment de lui appartenir.

Ils tiennent de faux raisonnements quand ils se disent les uns aux autres :

Voilà comment ces gens-là raisonnent. Mais

Or,

  • Aux yeux des insensés, les justes passent pour définitivement morts,
  • leur départ de ce monde a été considéré comme un désastre.
  • et leur éloignement de nous comme une disparition totale.
  • Pourtant, ces justes sont dans la paix de Dieu.

Évangile de Luc, chapitre 20, versets 27 à 40

Les sadducéens soutiennent qu'il n'y a pas de résurrection ; quelques-uns d'entre eux vinrent interroger Jésus :

Jésus leur répondit :

Quelques-uns des scribes répondirent :

Et ils n'osaient plus lui poser aucune question.


Introduction

Du commentaire que vous êtes en train de lire, j'ai tiré une prédication qui a été donnée lors du culte du 2 novembre 2003 que j'ai eu l'honneur de conduire. Ce jour est, dans l'Église Catholique Romaine, dédié aux défunts. Même si ce n'est pas habituellement l'occasion d'une célébration dans les Églises issues de la Réforme, j'en ai profité pour axer la liturgie et la prédication sur la vie, la mort, …et après ?

Nous venons de lire trois textes tirés de la Bible, un de la Genèse, un du livre de la Sagesse et un du troisième évangile. Je vais maintenant les commenter pour vous proposer des axes de lecture en rapport avec le thème du jour : la vie, la mort, … et après !

Ce que je vais dire comme prédicateur, n'est pas Parole d'évangile, encore moins la Parole de Dieu. Ce n'est que le fruit de ma méditation sur les textes, une interprétation que je crois avoir faite honnêtement en laissant l'Esprit de Dieu raisonner en moi.

Je n'ai aucune ambition de vous dire la Vérité, ni la Pensée de Dieu, je souhaite vous ouvrir une, peut-être des pistes de compréhension, j'esquisse des hypothèses de sens en espérant qu'elles suscitent en vous des questions qui laissent une place à l'Esprit, Lui qui sait déplacer nos certitudes.


Sur le texte de la Genèse

Le mythe, la question

Le récit tiré des second et troisième chapitres du livre de la Genèse est probablement un des plus anciens de la Bible, en tout cas plus ancien que l'autre récit de la création, celui en sept jours figurant aujourd'hui en tête de notre bible au chapitre Premier.

C'est un récit mythique, dans le sens où il donne une explication du monde vécu par un auteur, des auteurs qui s'interrogent sur le sens religieux de leur vie. Ce n'est pas un reportage sur ce qui se serait passé entre Dieu et un improbable premier humain le jour J de la création ; c'est une méditation des rédacteurs dans la foi en un Dieu unique pour dire une raison à la réalité constatée.

Et la réalité incompréhensible est : Je suis mortel. Pourquoi diable, si j'ose ainsi m'exprimer, pourquoi ce Dieu qui veille sur moi et qui lui dure sans fin, m'a-t-Il voulu fini, mortel ? Mais m'a-t-Il voulu mortel ou est-ce un accident ?

Autre question, semble-t-il encore plus angoissante pour les rédacteurs : Pourquoi est-ce que je pense à ma mort ?.

Séparer, Distinguer

Les deux récits de genèse sont centrés autour des distinctions. Dans le premier chapitre Dieu sépare le haut du bas, le sec de l'humide, je jour de la nuit.

Dans ce récit, Il distingue la femme de l'être humain, ce qui permet à l'homme d'apparaître. En effet Dieu comme un potier façonne un 'Adam, c'est-à-dire un être humain, mot neutre, indifférencié, Il met en place une humanité.

Puis Il sépare le coté de cet être siamois pour en faire une femme, ce qui permet au reste de 'Adam de parler, avant il était muet, et de recevoir enfin son nom d'homme, être masculin.

Distinguer l'humain des animaux

La troisième distinction, tout aussi fondamentale, est effectuée entre les humains et les animaux.

Vous vous souvenez sans doute que Dieu cherche pour 'Adam une aide qui lui soit assortie et que pour cela Il crée tous les animaux ; mais aucun ne convient pour être ce vis-à-vis désiré. Seule la séparation de l'humanité en êtres mâles et en être femelles permettra l'équilibre et l'achèvement de la création. Mais l'animal n'est pas au niveau de l'humain.

Mais alors, qu'est-ce qui différencie l'humain de l'animal ? Bergson a dit que Le rire est le propre de l'homme, pourtant il semble que certains singes sachent rire, non seulement pour nous imiter, mais aussi entre eux face des situations qu'ils doivent juger cocasses.

La différence fondamentale, dit la Genèse dans ce passage, c'est la nudité. L'animal vit nu, l'être humain vit habillé. Même dans le froid, l'animal est nu, même dans le chaud, l'être humain s'habille. Quelques rares insectes trimbalent des feuilles et marchent dessous, mais ce n'est qu'un abri temporaire pour échapper aux prédateurs, pas un vêtement. Parfois l'être humain s'habille d'un rien comme ces peuples d'Océanie qui ne revêtent qu'un étui pénien, mais toujours d'un quelque chose.

Ici l'homme et la femme découvrent qu'ils sont nus (3,7), ils en ont honte, non pas pour des raisons de pudeur l'un envers l'autre, mais parce qu'en étant nus, ils se comportent comme des animaux.

C'est pour cela qu'ils s'habillent dare-dare de feuilles (3,7), puis que Dieu leur coud un vêtement de peaux (3,21).

La connaissance

Intervient alors la seconde différence, celle du savoir, de la connaissance : ils surent qu'ils étaient nus. Les animaux, dit le texte, n'ont pas la connaissance, les humains si !

Si l'être humain peut avoir la connaissance, c'est d'abord parce que la connaissance a été voulue par Dieu. Contrairement à d'autres récits mythiques grecs ou babylonien, la divinité n'a pas caché la connaissance ; pour nous israélites et chrétiens, Dieu l'a voulu et l'a planté au beau milieu du jardin où nous sommes.

De quelle connaissance s'agit-il ? Les traductions habituelles disent la connaissance du bien et du mal. C'est possible, mais "bien" et "mal" en hébreu comme en français peuvent être aussi bien des adjectifs que des substantifs. On peut donc aussi traduire : la connaissance des bonnes choses et des mauvaises choses ou encore la bonne connaissance et la mauvaise connaissance.

Les humains ont acquis, malgré Dieu, la connaissance des mauvaises choses ou une mauvaise connaissance. Il ne me semble pas que le texte suggère qu'ils aient acquis une connaissance erronée de la réalité, qu'ils aient mal compris le plan de Dieu dans sa création. Rappelez-vous que le serpent sera puni pour avoir dit que Dieu voulait cacher la connaissance aux humains, ; puni non pas pour avoir tenté la femme, mais parce qu'il avait intentionnellement déformé les dessins de Dieu

Les êtres humains n'ont pas fait une erreur de compréhension ; Dieu a volontairement placé la connaissance dans le monde prête à être utilisée, mangée, dévorée, comme on dévore un livre ou une encyclopédie.

Il me semble plutôt qu'en parlant de "mauvaise connaissance" le texte suggère qu'il y a des choses qu'il aurait mieux fallu ne pas connaître. Ce n'est pas la connaissance qui est en soi mauvaise, ce sont les conséquences de la connaissance qui sont, qui peuvent être mauvaises pour nous. Cette connaissance est parfois trop lourde à porter.

De quoi s'agit-il ? Qu'aurions-nous pu ignorer ? Qu'aurions-nous dû ignorer pour être sans inquiétude ? Le texte le dit, mot à mot : Si tu en manges, tu mourras de mourir. Traditionnellement les commentateurs disaient que si le premier couple n'en avait pas mangé, il serait resté immortel, mais c'est confondre un récit explicatif avec un reportage journalistique, l'hypothèse de la non consommation n'est pas ouverte dans le récit.

Dieu n'a pas placé un piège dans le monde alors réduit au jardin, le piège de la mort tout en pensant que, peut-être, les humains n'y succomberaient pas, sinon tant pis pour eux, … Non, Dieu n'est pas fourbe.

La seconde partie de l'ordre le jour où tu en manges, tu mourras de mourir n'était pas une menace, d'ailleurs le couple n'est pas mort après avoir consommé. Dieu se serait-il trompé ? Plus exactement pensez-vous que le rédacteur de la Genèse ait voulu dire que Dieu était faillible et s'était trompé ?

Il faut lire littéralement l'hébreu. 'Adam allait mourir … de devoir mourir. Il va mourir, de peur, de crainte, de honte de savoir qu'il va mourir.

Ils ont mangé, ils ont mangé la connaissance, désormais nous avons la connaissance … de notre mort prochaine. Et cette connaissance entraîne l'inquiétude métaphysique, en tout cas pour ceux et celles qui se comportent en humains. La mort ! Pourquoi ? Donc pourquoi vis-je ? Y a-t-il un sens à la vie, à ma vie ? Y a-t-il un après la mort ? Y a-t-il une réalité au-delà de la mort ?

Cette connaissance lourde à porter est spécifique de l'être humain ; elle n'a pas été acquise par les animaux, puisque eux ne sont pas montés dans l'arbre pour manger le fruit. L'animal, dit-on ne sait pas qu'il va mourir ; il ne sait même pas que ses compagnons meurent, tout au plus s'aperçoit-il un moment qu'ils ne sont plus avec lui. C'est là, la seconde différence fondamentale entre l'humanité et l'animalité.

Remarquons enfin que le texte, et d'ailleurs tout le livre de la Genèse, ne nous dit rien d'un après la mort, aucune certitude, aucun espoir, aucun refus. La question ne se pose pas encore.


Sur le texte du livre de la Sagesse

Le contexte

Le second texte lu, dans le livre de la Sagesse, a été écrit, semble-t-il en grec, au cours du second siècle avant Jésus-Christ.

C'est à cause de cette particularité de langue, et non pas de sa théologie, que Luther le considéra comme second, mais pas comme secondaire, tout en l'incluant dans sa traduction en Allemand de la Bible.

Au 19ième siècle, lors de l'effort missionnaire, on a édité beaucoup de Bibles pour le peuple et les missions. Comme cela coûtait fort cher, on fis des économies en réduisant le nombre de pages imprimées, en supprimant les textes apocryphes ou deutérocanoniques. La théologie aussi est soumise au pouvoir de l'argent !

Lors de la rédaction du livre, on est en plein bouleversement politique, intellectuel et religieux. Alexandre le grand a conquis tout le Proche-Orient et la philosophie grecque interroge la pensée israélite figée dans les dogmes et rites établis quatre siècles plutôt à Babylone et lors du retour de l'exil. Une des questions importées est celle de la vie, de la mort, de l'éternité et de l'immortalité.

Un courant de sagesse israélite apparaît ; il est associé au mouvement de révolte politique armée des Maccabées et au témoignage des martyrs de la foi en un Dieu unique face au nouveau pouvoir polythéiste. Il invente le concept de résurrection.

Lors de la rédaction de ce texte, l'idée de résurrection n'est pas acquise, loin de là ; c'était l'objet de discussions, de dérisions et de refus. L'auteur de la Sagesse était parmi les minoritaires, d'où son ton de polémique vive contre les traditionalistes qui pensaient que la mort était une fin absolue.

En travaillant ce texte, j'ai été très sensible aux arguments contre lesquels se bat l'auteur. Je les trouve très modernes, reflétant bien les opinions majoritaires actuelles : Lorsque la fin arrive, aucun être humain n'a le moyen de l'éviter (2,1) C'est par hasard que nous sommes nés et, après notre départ, ce sera comme si nous n'avions jamais existé (2,2).

Qu'avons-nous à dire contre ces arguments athées que nous disent nos enfants, nos collègues, nos relations ? Que pouvons-nous dire de crédible pour défendre l'idée d'un Dieu créateur qui est une personne en relation au delà de notre mort ?

Je voudrais attirer votre attention sur deux idées.

La création

Le livre nous dit : Dieu a créé les êtres humains pour une vie immortelle, Il les a faits à l'image de ce qu'Il est Lui-même. (2,23) La création "à l'image de Dieu" est indiquée dans l'autre récit de la création, celui en sept jour : mâle et femelle, il les créa, à l'image de Dieu Il le créa (1,27).

Il y a eu beaucoup de spéculation sur la nature de "l'image" de Dieu qui a servi de modèle à l'être humain. Ici le texte privilégie "l'éternité". L'immortalité de Dieu est une de ses caractéristiques fondamentales, c'est son "image". L'être humain créé à l'image de Dieu hérite de cette image, il est donc immortel.

Comme on voit bien que la réalité du monde est, au contraire, que l'être humain est mortel, c'est qu'il existe une autre réalité qui dure, un "ailleurs" ou un "après" où l'humain n'est plus mortel car il est dans la paix de Dieu.

Remarquons cependant les limites de l'image utilisée. Car le Dieu des israélites et des chrétiens n'est pas immortel (sans mort) mais éternel (sans début et sans fin).

Par contre l'être humain n'est pas éternel (lui, il a un début, sa naissance), même si, peut-être, il n'a pas de fin au-delà de sa mort.

Le Juste

Toujours selon le rédacteur du livre de la Sagesse, ceux qui pensent que la mort est une fin définitive attaquent le juste, lui qui se nomme enfant du Seigneur. Le juste c'est, bien sûr, celui qui est d'accord avec les idées nouvelles et qui espère une vie éternelle en Dieu. Le singulier "le juste" ne désigne pas un home précis, un homme unique, c'est un singulier collectif pour désigner tout croyant selon la vraie foi.

Sa caractéristique de foi est qu'il est enfant du Seigneur. Le mot grec "Seigneur" remplace, ici comme habituellement, le nom hébreu de notre Dieu, le tétragramme. Le mot "enfant" utilisé ici est celui qui indique la filiation, et non pas un autre mot grec qui se réfère à l'âge et à la minorité en politique ou en sagesse.

Le juste qui croit en son éternité est dit et se reconnaît "fils de Dieu". L'expression va plus tard faire florès ; il convient de noter que ce titre a été accepté par Jésus de Nazareth dans la continuité du livre de la Sagesse.

Il ne désigne pas un caractère particulier de conception de Jésus par la divinité, mais l'affirmation de la foi commune, comme tout croyant et toute croyante est appelé(e) à se reconnaître comme fils de Dieu.


Sur le texte de l'Évangile

Le cas d'école de cette femme et de ses sept époux successifs n'est présenté par les Sadducéens que pour mettre Jésus dans l'embarras. Les juifs, bien avant les jésuites, sont des spécialistes de la casuistique. D'ailleurs Jésus ne daigne pas répondre sur le fond au cas présenté. Faut-il, aujourd'hui comme hier, spéculer sur un au-delà ?

L'affirmation de foi

Sur la question de la réalité du relèvement des morts, l'argument de Jésus est tiré du livre de l'Exode où Moïse, le prophète, le fondateur officiel du judaïsme, présente au peuple son Dieu. La formule canonique n'est pas Dieu de feus messieurs Abraham, Isaac et Jacob, mais Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac et Dieu de Jacob. Or un dieu ne peut être adoré que par des êtres vivants, cela prouverait que Abraham, Isaac et Jacob étaient alors vivants pour adorer leur Dieu. Certes leur vie n'est peut-être pas comme la votre et la mienne, mais quand c'était même une vie.

Pour Luc cela semble un argument imparable qui aurait convaincu définitivement les scribes. Je dois avouer qu'il me semble spécieux.

Le mariage

Signalons une difficulté sur le mariage : Celles et ceux qui ont été jugés dignes de se relever d'entre les morts ne prennent ni épouse ni époux. De nombreux courants des Églises primitives, appelés "encratiques", se sont emparés de cette phrase pour affirmer qu'il fallait rester célibataires pour pouvoir être appelés par Dieu à se relever d'entre les morts.

À mon sens, il s'agit là d'un détournement de sens, d'une erreur de traduction. Le présent ne se marient pas n'est pas un préalable à se relever des morts, il est à mettre sur le même plan et au même temps que ne peuvent pas mourir, il s'agit là d'une "description" de ce monde-là après le relèvement des morts. Alors, ils ne peuvent pas, plus, mourir à nouveau car c'est déjà fait mais qu'ils auront été relevés. De même alors, après, il n'y aura pas d'épousailles, il faut probablement aussi comprendre que les couples terrestres ne perdureront pas après.

Croyez bien que personnellement je le regrette.

Fils de Dieu

Vous avez peut-être remarqué une autre continuité avec le livre de la Sagesse qui disait que le juste se reconnaissait enfant du Seigneur. Selon Luc, Jésus pense que dans ce monde-là, les hommes et les femmes seront fils et filles de Dieu. Là encore, le terme "fils de Dieu" ne désigne pas une filiation unique, celle d'un Jésus prédestiné par sa naissance, mais une filiation générique.

C'est cette filiation qu'il nous est demandé de manifester dans ce monde-ci pour la vivre parfaitement dans ce monde-là dans une relation filiale permanente avec Dieu notre père.


Résurrection

Qu'avons nous appris au cours du parcours de ces trois textes ? Plus exactement qu'avons-nous appris d'un éventuel après ? Il faut commencer par une évidence : Personne n'est revenu d'un là-bas, d'un après, pour nous en parler. Tout ce que nous en disons n'est que spéculations, au mieux espoirs, spéculations dans la foi certes, dans la prière peut-être, mais spéculations quand même.

Se relever

On parle de résurrection, J'ai sans doute laissé échapper ce mot dans la prédication et auparavant dans la liturgie et mes traductions. Cependant, je dois vous le dire "la résurrection, cela n'existe pas !" … plus exactement "le mot "résurrection" n'existe pas !". Le grec, encore moins l'hébreu, n'a pas de terme technique comme ce "résurrection" français qui nous évoque immédiatement une vie après la mort. La Bible utilise des mots communs, principalement le verbe "se lever" ou "se relever" , le plus souvent au passif "être relevé", ou le substantif "relèvement".

Ce relèvement des morts, c'est comme quand on se relève après une maladie. C'est d'ailleurs les mots et le contexte utilisés par les Évangiles et les Actes pour nous raconter les guérisons et résurrections accomplies par Jésus, Pierre et Paul, celui de malades ou de morts de maladie que Jésus relève pour les rendre à leur famille. Comme le paralytique guéri en Matthieu 9, le fils de la veuve de Naim relevé à la vie en Luc 7 ; celles de Pierre, le paralytique en Actes 3, Dorcas de Lydda relevée à la vie en Actes 9 ; celle de Paul, le paralytique en Actes 14.

Ces actions extraordinaires ne concernent jamais des morts de belle mort, de vieillesse, car, dans la Bible, la mort de grande vieillesse est toujours considérée comme un don de Dieu, tandis que les morts de maladie, prématurées sont parfois présentées comme une punition.

Le vieillard qui a été rassasié de jours heureux a eu sa récompense dans ce monde-ci, tandis que le malade, le jeune mort prématurément méritent d'être relevés des morts. Je ne pense pas que cela veuille dire que les vieux ne seront pas ressuscités comme les jeunes dans un au-delà.

Se relever de la mort, c'est comme se lever de la maladie après une guérison. Guérir est un mot commun, de tous les jours, maintenant que nous profitons des progrès de la médecine humaine. Mais dans les traductions de la Bible on trouve plutôt un terme technique celui de "salut". À chaque fois que vous lisez, priez, demandez le salut, vous pourriez utiliser le mot "guérison", c'est la même chose en grec.

Alors quelles sont vos maladies, quelles sont mes maladies dont nous demandons à Dieu de nous guérir ? Quelles sont nos petites morts ou notre grande mort à venir dont nous demandons à Dieu notre relèvement ?

Résurrection des Corps

Vous savez que la confession de foi de Nicée Constantinople, et probablement votre catéchisme, comme le mien, non seulement affirment la "résurrection", mais encore précisent la "résurrection des corps". Cette formule m'a longtemps choqué, et j'ai entendu des malades, des vieux perclus de fatigue et de rhumatismes se désoler de penser trouver, après la vie en ce monde-ci, une résurrection qui les fasse vivre dans leur corps devenu un carcan alors qu'ils préféreraient devenir purs esprits débarrassés de cette contrainte charnelle.

Il faut revenir à la Bible, source de notre foi, pour comprendre les mots hébreux sous-jacents à cette expression "résurrection des corps". Pour parler de notre existence, on utilise trois termes : "corps", "âme" et "souffle", je vous épargne l'hébreu et le grec.

Tout dans la création a un corps, vous et moi, le chien et le cochon, la fleur et la pierre ; enfin presque tout car l'air, l'eau et le feu n'ont pas de corps car ils n'ont pas de limite solide qui délimite l'objet, l'être du reste. A un corps ce qui est délimité, ce qui a une enveloppe. On pourrait aussi traduire par "forme".

L'âme est notre seconde caractéristique d'humains, mais nous la partageons avec tout le règne "animal" (animal est de la même racine que âme), Dans la pensée israélite, donc pour Jésus, le cochon et le chien ont une âme comme vous et moi. Par contre la pierre et la fleur n'en ont pas parce qu'ils ne sont pas "animés", ils ne sont pas capables de se déplacer par eux-mêmes.

Enfin seul l'être humain a reçu le "souffle" de Dieu. Nous l'avons vu dans le récit de la Genèse, après avoir donné une forme à l'être humain en le modelant dans l'argile, Dieu a soufflé dans les narines de sa statue de terre pour lui donner un peu de son "souffle de vie". Le "souffle" seul est ce qui nous permet d'entrer en relation avec notre Dieu.

Dans la Bible, le corps est donc ce qui me permet d'être en relation, en contact sans confusion, en établissant la différence, la distinction dont j'ai parlé au début avec les récits de la création.

La formulation "résurrection des corps" permettait aux anciens de refuser l'éternité éthérée des grecs (les morts deviennent des purs esprits) .

Ils affirmaient que dans ce monde-là, nous serons êtres, je ne dis plus êtres humains, encore moins hommes et femmes, nous seront êtres de relations, relations avec Dieu et entre ressuscités.

Fin des Temps

Une majorité des commentateurs israélites, une partie des penseurs chrétiens placent cette résurrection à une "fin des temps" qui déclencherait un relèvement collectif de tous les morts. Comme il commencera par Jérusalem, c'est ce qu'on peut comprendre du livre de l'Apocalypse et du Zohar, il est conseillé d'aller se faire enterrer à Jérusalem face aux murailles marquant l'emplacement du Temple, sous le mont des Oliviers. C'est très beau et je dois y aller le semaine prochaine … je n'ai pas dit que j'espérait m'y faire enterrer la semaine prochaine, mais y aller en témoin de paix.

Donc il y aurait un jour décisif, celui d'une résurrection simultanée de tous les morts. Pour d'autres, chacun aurait le droit à sa résurrection personnelle, mais il y aurait un second moment collectif, celui d'une fin du monde.

Peut-être, … les anciens y croyaient. Mais ils croyaient en une fin, comme ils croyaient en un début. Puisqu'il y avait un début, le monde avait été créé en sept jours, il devait y avoir une fin. Et il existe des descriptions d'une fin du monde en sept jours, symétrique à son début.

Mais nous savons aujourd'hui que nos anciens se trompaient pour le début, il n'y a pas eu de création de sept jours, alors pour la fin  … ? Je trouverais même hasardeux d'assimiler le "big bang" initial à une création par la divinité et le futur éventuel "big crunch" où l'univers se ratatinera sur lui-même pour la fin du monde.

L'hypothèse fin du monde n'est pas indispensable à celle la résurrection.

Au-delà

Il me faut terminer en parlant du monde de l'au-delà, d'au-delà la mort, c'est-à-dire de l'inconnu après l'inconnu. N'en ayant pas une expérience personnelle, je me contente de répéter ce que les anciens ont espéré ou ont cru comprendre dans leurs visions ou leurs prières.

Sa caractéristique annoncée est celle de l'éternité, un monde où le temps ne signifierait plus rien, ni aujourd'hui, ni hier, encore moins de demain. En généralisant, je dirais aussi plus d'espace, ni ici, ni là-bas, ni ailleurs. On définit là un retour à avant l'origine, une anti-création.

J'ai rappelé au début de cette prédication que la création était le temps de la distinction ; Dieu avait mis en place une séparation du jour et de la nuit, donc avait créé le temps, Il avait séparé la terre des océans, donc avait créé l'espace, Il avait façonné 'Adam à son image, donc séparé l'humanité de Sa divinité. Ce monde-là est au contraire celui de l'absence de limites, de l'absence de contraintes. Mais que veut dire l'absence de limites quand on parle de résurrection de corps, donc de garder ses limites ? La contradiction n'est qu'apparente. Dans cet au-delà, chacune et chacun reste être de relation, mais sans contraintes à cette relation.

Vous allez pouvoir être tout entier en relation avec chacun, entièrement disponibles sans contraintes de rendez-vous puisqu'il n'y aura plus de temps.

Imaginez-vous pouvoir entrer complètement en relation avec chacun des (anciennement) humains, il faudra bien une éternité pour parler ne serait-ce qu'une journée avec chacun de la centaine de milliard d'êtres humains qui ont vécu jusqu'à nous.

De même, vous aller pouvoir entrer entièrement en relation avec Dieu. Vous allez l'avoir entièrement pour vous seul, mais sans priver qui que se soit puisque, lui aussi, Il peut être totalement disponible à chacun.

Soudainement, cela me fait peur ! Cette éternité sera longue, … et si on allait se lasser ? Qu'allons nous faire de tout ce temps disponible ? Parce que si je n'ai rien à faire … que vais-je faire de tout ce temps ? Sans occupation précise, vais-je m'ennuyer … m'ennuyer à mourir ? Avouez que ce serait bête de mourir après avoir été relevé des morts. Et si je meurs d'ennui, alors ce paradis, ce sera l'enfer !

Aussi, frères et sœurs, permettez-vous de vous suggérer de préparer dès maintenant votre éternité, gardez quelques interrogations, quelques doutes quelques critiques pour disposer de beaucoup de sujets de conversation avec Dieu et avec ceux et celles avec qui vous passerez l'éternité. Moi, j'en ai plusieurs :

À Paul
Pourquoi as-tu dit que les femmes devaient être voilées dans l'assemblée ?
À Lazare
Quel effet cela t'a fait d'être revitalisé et de comprendre que tu allais devoir mourir une seconde fois ?
À Jésus
Comment as-tu fait le coup de la multiplication des pains ?
À Albert
Pourquoi n'as-tu pas été plombier, parce que ta théorie de la relativité généralisée, ça nous a valut Hiroshima et Creys-Malville !
À Dieu
Est-ce que tu existes ?

Rassurez-vous j'ai en réserves d'autres questions plus sérieuses, mais je crains de vous ennuyer avec mes inquiétudes théologiques.

Conclusion

Aussi pour conclure avant que vous vous endormiez définitivement, je ne parle que de la longueur de ma prédication, je vous suggère de penser à ce que vous allez dire au Seigneur Dieu Adonaï la première fois que vous le verrez face à face.

Peut-être pourriez-vous vous demander aussi quelle expérience avez-vous eu déjà de l'éternité, d'un ou de moments que vous auriez déjà voulus éternels. Un paysage, une rencontre, une relation intime, un temps de prière, …

Dernière question pour les jours à venir. Cette résurrection et l'idée d'un monde à venir est-il au centre de la foi, de ma foi ? Pour Jésus, certainement ; pour Paul, oui ; sinon sa foi serait vaine, encore qu'il parle principalement de la résurrection de Christ, pas de la sienne. Cependant je dois vous avouer qu'elle n'est pas pour moi essentielle Si il n'y avait pas de résurrection, je dirais quand même à Dieu après ma mort un grand merci d'avoir pu vivre dans ce monde-ci et l'avoir guetté dans l'histoire humaine.

Le reste, la vie dans un autre monde, sera probablement un éventuel cadeau en plus de la vie terrestre.


Quatre ans après ce culte, l'Église Réformée des Terreaux m'a demandé de conduire le culte du 32ième dimanche ordinaire sur le même thème et dont vous trouverez aussi sur ce site la prédication.

@ de cette page :
   http://jean-luc.dupaigne.name/fr/chr/resurrection.html
Date de création : 19 novembre 2003.
Dernière révision technique : 26 janvier 2005.