Une femme Syro-Phénicienne

(Marc 7,24-31)

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Ce texte a été écrit à l'occasion d'un atelier de prédication de trois jours et demi dans le cadre de l'Institut de Théologie Protestante de Paris. En fait, la prédication lue et discutée ensuite par les étudiants est un résumé drastique du texte qui suit.

Sommaire

Prière d'illumination

La liturgie de l'Église Réformée de France prévoit, à juste titre, de faire précéder la lecture de la Bible d'une prière, dite d'illumination, qui demande à Dieu l'aide de son Esprit pour que le texte et son commentaire soient reçus comme parole de Dieu par chaque auditeur ou auditrice, ici lecteur ou lectrice. Ceci ne peut arriver que grâce à l'action de l'Esprit au cœur de chacun et chacune qui transforme les mots humains en parole de vie.

Nous prions Dieu avant de lire les lettres, les mots et les phrases qui forment les Écritures, afin qu'elles deviennent pour nous source de vie.

Esprit de Dieu, toi qui assembles les croyants en tous lieux de ce monde,

Amen.


Lecture Biblique


Une version en français du texte étudié

Traduction personnelle.

Se levant, [ Jésus ] partit de là dans les territoires autour de Tyr et de Sidon.

Il entra dans une maison ; il voulait que personne ne le sache. Mais il ne put rester ignoré, en effet une femme, dont sa fillette avait un esprit impur, entendit aussitôt parler de lui et vint tomber à ses pieds. Cette femme était grecque, du peuple syro–phénicien.

Elle insistait auprès de lui afin qu'il rejette le démon hors de sa fille.

Jésus lui dit :

Mais elle répondit et lui dit :

Il lui dit :

Et étant repartie dans sa maison, elle trouva la gosse jetée sur le divan et le démon sorti.

Il sortit encore du territoire de Tyr et revint par Sidon vers la mer de Galilée en traversant le territoire de la Décapole.


Le texte grec de référence

Ayant reçu quelques remarques de doute sur le vocabulaire sur lequel est basée mon analyse du texte, je ne résiste pas au plaisir de fournir in extenso le texte grec ("Majorité Byzantine") qui a servi de base à ma traduction, ma méditation et ma prédication.

24 kai ekeiqen anastav aphlqen eiv ta meqoria turou kai sidwnov

kai eiselqwn eiv oikian oudena hqelen gnwnai kai ouk hdunhqh laqein 25 akousasa gar gunh peri autou hv eixen to qugatrion authv pneuma akaqarton elqousa prosepesen prov touv podav autou 26 hn de h gunh ellhniv surafoinikissa tw genei

kai hrwta auton ina to daimonion ekbalh ek thv qugatrov authv

27 o de ihsouv eipen auth

28 h de apekriqh kai legei autw

29 kai eipen auth

30 kai apelqousa eiv ton oikon authv euren to paidion beblhmenon epi thn klinhn kai to daimonion ecelhluqov

31 kai palin ecelqwn ek twn oriwn turou kai sidwnov hlqen prov thn qalassan thv galilaiav ana meson twn oriwn dekapolewv


Prédication

Les intertitres sont une aide pour la lecture du texte écrit, mais à l'oral ils ne sont pas lus et ne servent au prédicateur que pour l'aider à se situer, à marquer les temps d'arrêt nécessaires, éventuellement à changer le ton selon la "dramatisation" qu'il souhaite.


Frères et sœurs, nous venons d'entendre quelques versets tirés de l'évangile attribué à Marc. Le passage raconte un miracle, un démon chassé d'une jeune fille ; mais qui chasse qui, pour qui et pourquoi ? Le récit a pour centre un dialogue ; mais quelle en est la teneur et qui sont les interlocuteurs ? Enfin quelle importance pourrait avoir pour nous ce texte vieux de presque deux mille ans ?

Contexte

Le contexte textuel

Ces huit versets s'insèrent dans la première partie du récit de Marc, partie faite de guérisons (la belle-mère de Pierre, plusieurs malades à Capharnaüm, un lépreux, un paralytique, un homme à la main desséchée, la femme aux règles incessantes, la fille de Jaïros, d'autres malades à Génésareth, un sourd-muet, un aveugle, l'aveugle Bartimée), partie faite d'exorcismes (l'homme de la synagogue de Capharnaüm, plusieurs possédés, l'humain du pays des Géraséniens, un épileptique), partie faite de miracles sur la nature (une tempête apaisée, une division des pains et poissons, une marche sur l'eau, une nouvelle distribution de pains et de poissons). Ce récit n'est-il alors qu'un signe de plus, un signe de trop ?

Le contexte spatial

Ce récit constitue une parenthèse car le texte commence par un départ vers Sidon et Tyr et se termine par le retour en Galilée. Huit petits versets qui racontent le seul voyage de Jésus hors des pays juifs ; dans Marc, Jésus ne traverse même pas la Samarie pour aller du Nord au Sud, de la Galilée au début du ministère à la Judée en fin du texte. Certes Jésus avait fait une incursion en bateau au pays des Géraséniens à l'est du lac de Tibériade, sous la montagne du Golan, mais il s'en était fait expulsé rapidement.

Jésus part ici dans les territoires de Tyr et de Sidon qui étaient les deux principales villes sur la côte de la mer Méditerranée dans la région de la Phénicie qui faisait partie de la province romaine de la Syrie ; elles sont aujourd'hui au Liban. Tyr est à une soixantaine de kilomètres au Nord-Ouest de Capharnaüm et Sidon environ trente-cinq kilomètres encore plus au Nord ; c'étaient alors des ports et des villes commerciales très importantes.

Le texte ne dit pas que Jésus a visité ces villes, seulement qu'il a été dans leurs territoires, mais cela fut, à pied, un long voyage. De plus, cette région était terre païenne, où la langue et la religion grecque avaient supplanté les religions traditionnelles.


Les acteurs initiaux

Regardons maintenant qui intervient dans le passage que nous avons entendu.

Les absents : Foule et disciples

Jésus part de Galilée, mais le texte ne cite aucun accompagnant ; les foules omniprésentes d'habitude sont loin et les disciples ne sont pas là.

On lit dans le passage précédent que Jésus a vilipendé ses disciples, disant qu'ils étaient "sans intelligence" car ils ne comprenaient pas son enseignement sur la cacherout, je cite : "Rien de ce qui entre dans l'être humain ne peut le souiller, seulement ce qui sort de son cœur (raisonnements mauvais, inconduites) peut le souiller". Est-ce pour fuir l'incompréhension de ceux qui le suivent habituellement que Jésus quitte la Galilée et veut se cacher ? Le texte ne le dit pas, mais n'interdit pas de le penser.

Jésus

Jésus se retire, ce n'est pas la première fois que Jésus se met à l'écart, mais d'habitude le texte nous indique que c'est pour prier, pour retrouver une relation directe avec Celui qu'il appelle Papa. Ici aucune motivation n'est explicitée pour le départ de Jésus.

Était-ce pour un moment de retraite spirituelle ? Pour un repos physique après tant de déplacements, d'enseignements et de miracles ? Ou était-ce une tentation de quitter définitivement son ministère si mal compris ? Nous ne le savons pas puisque le texte ne le dit pas, nous ne pouvons donc pas retenir une hypothèse plus qu'une autre.

 Jésus commence à réaliser son projet puisqu'il quitte la Galilée juive et s'enferme dans une maison païenne pour y être seul et y demeurer caché pour que personne ne le sache. Mais une intruse vient forcer sa porte et fait capoter le projet de Jésus, comme échoue dans la bible tout projet qui n'a pas comme motivation la rencontre de Dieu ou celle des humains. Pour une fois Jésus ne réunit pas les compétences nécessaires à l'aboutissement de son programme.

La Mère

Voici donc que survient une femme sur laquelle la première chose qu'on apprend c'est qu'elle a une fillette ; on ne sait pas son nom, si elle avait ou non un époux, si elle était riche ou pauvre, mais on sait qu'elle est mère.

On sait aussi qu'elle est grecque, je pense qu'il faut comprendre de langue grecque à moins que ce soit de religion grecque ; elle est Syro-Phénicienne, une autochtone, donc une païenne adorant probablement les dieux locaux mélangés avec ceux du panthéon grec. Elle doit avoir une connaissance assez vague de la religion de Jésus, d'ailleurs elle n'en parlera pas avec lui. Et lui ne parlera ni de foi, ni de salut à cette femme, ce qui est un cas suffisamment rare pour être signalé.

C'est une femme attentive qui a entendu une rumeur au sujet de Jésus. Comment et par qui cette rumeur est-elle parvenu en terre étrangère pour précéder ce juif qui s'exile ? Le texte ne nous le dit pas. Que raconte-t-elle sur Jésus ? En l'absence de précision, on ne peut que supposer qu'elle présente cet homme comme quelqu'un doué de pouvoirs particuliers sur les démons puisque la femme vient forcer la porte de la maison refuge pour lui demander de jeter, et même de rejeter, le démon hors de sa fillette.

La Fille

De la mère, passons à la fillette. C'est l'actrice essentielle puisque la principale concernée par cette histoire de démon, pourtant, elle est physiquement absente de la rencontre de sa mère avec Jésus. On ne sait même pas où elle est au début de l'histoire et pendant le dialogue ; comme à la fin elle est dans la maison de sa mère, on peut supposer qu'elle y était tout au long, mais ce n'est pas dit.

Cette fillette n'a ni nom, ni prénom, elle n'est mise en relation ni avec son père ni avec son peuple ; elle n'est située que par rapport à sa mère : elle est la fille unique de cette femme, comme l'indique l'article défini "la" fille dans le texte grec.

Elle est d'abord "fillette" selon un mot grec qugatrion (thugatrion) qui est un diminutif utilisé seulement deux fois dans les livres de la Nouvelle Alliance, l'autre fois aussi par Marc dans le récit de la guérison, ou de la revitalisation, de la fillette de Jaïros.

Non seulement elle est "fillette", mais encore elle est "sa" fillette avec un article possessif pour la lier à sa mère, alors que la phrase grecque pouvait se contenter de l'article défini. On nous présente ainsi une fille petite qui est possédée par sa mère et qui elle-même a un esprit impur, bel exemple d'enchaînement intérieur doublé d'un enchaînement familial.

L'esprit impur

Cet esprit impur est le quatrième et dernier protagoniste de l'affaire. Comme la fillette, il est l'acteur muet et absent de la rencontre entre la mère et Jésus. Mais qu'est-ce qu'un esprit impur ? À vrai dire, je n'en sais rien et je crois que le narrateur n'en savait pas beaucoup plus puisqu'il ne le nomme pas et qu'il ne décrit pas les effets de cet esprit impur sur la fillette dont on ne sait pas la maladie physique ou psychique ou la nature de la possession.

Le mot "impur" a)kaqartov (akatharton) est utilisé 19 fois dans les évangiles et uniquement associé au mot "esprit" pneuma. Pour Marc seul un esprit, c'est-à-dire un être qui n'a pas de corps, peut être impur. Dans les évangiles, contrairement aux lettres pauliennes, l'impureté n'est pas une question de ritualité juive et l'adjectif est absent de la discussion sur les règles de la cacherout qui a précédé notre passage.

Un "esprit impur" est le contraire d'un "esprit pur", malheureusement il n'y a pas d'esprit pur dans les évangiles pour nous éclairer, d'ailleurs il y a peu de "pur" kaqartov (katharton) dans les évangiles, seulement 7 occurrences ; on connaît la béatitude de Matthieu 5,8 "Heureux les cœurs purs car ils verront Dieu". L'esprit impur est extérieur à la fillette et s'impose à elle, c'est le contraire du cœur pur qui est intérieur au béatifié, qui l'anime pour qu'il voit Dieu. D'ailleurs, vous l'avez remarqué, cet esprit ne verra pas Jésus.

Si un "esprit impur" est le contraire d'un "esprit pur", c'est que cet esprit impur agit au contraire de l'esprit divin, du souffle xjw%r que Dieu a insufflé dans l'être humain au moment où Il a transformé en être humain le morceau d'argile qu'il venait de façonner (selon Genèse 2,7). Nous n'en savons guère plus.

Fin de la présentation

C'est ainsi que le récit se déploie avec quatre acteurs : une mère, une fille, un démon et Jésus, et que la rencontre met aux prises seulement la mère et Jésus dans un dialogue composé de quatre paroles : une demande initiale de la mère, un refus de Jésus, une argumentation de la mère, une acceptation de Jésus.


Le dialogue

La première demande

Cette mère demande à Jésus … tiens, commentpeuvent-ils, elle et lui, converser ensemble ? Elle parle grec, il parlearaméen, ce dialecte sémitique proche de l'hébreu, comment secomprennent-ils ? Ces deux langues n'ont rien à voir l'une avec l'autre,vous pouvez vous en assurer auprès du premier élève de la Faculté de ThéologieProtestante que vous rencontrerez, lui qui apprend avec peine à ânonner dansles deux langues.

Le texte nous dit qu'ils sont tous deux seuls, donc il n'ya pas d'interprète, mais on ne sait pas qui fait l'effort de parler dans lalangue et selon la culture de l'autre. Comme il n'y a aucune trace dans lelivre de Marc que Jésus parle ou comprenne le grec, il est probable que c'estelle qui s'exprime dans la langue et la culture juive de soninterlocuteur ; c'est ce qui lui permettra de décrocher la réplique qui lafera accepter après s'être fait comprendre. Elle va s'ajuster à lui.

J'ai dit que la femme demandait quelque chose à Jésus."Demander" c'est peu dire. Le verbe grec utilisé par Marc n'évoquepas une simple demande ponctuelle, mais indique une insistance, de plus le verbe est à l'imparfait pour indiquer la durée, alors que le reste du récitest à l'aoriste, ici l'équivalent de notre passé simple. La femme a dû faire leforcing, comme on dit aujourd'hui, auprès d'un Jésus qui ne voulait rencontrerpersonne.

La demande est que "Jésus rejette le démon hors de safille". Le projet de la mère est d'obtenir que Jésus fasse un gested'exorciste, qu'il soit comme la rumeur lui avait rapporté ; on verra sice plan se réalisera.

La demande spécifie qui est le gêneur à expulser :c'était un "esprit impur", il est maintenant nommé un"démon", plus exactement un daimonion (daïmonion) un "petit démon", avec lamême forme de diminutif que pour la fillette au verset précédent. Un démon, onsait mieux ce que c'est, … enfin ils savaient mieux ce que c'était car ily a 52 occurrences de "démon" dans les évangiles. C'était un êtresans corps, qui avait donc besoin d'occuper le corps d'un humain poursubsister, et qui provoquait un désordre de comportement de cet humain, desconvulsions, des cris, ou au contraire un silence de muet, …

Ici le démon occupe le corps de la fille, il s'agit del'en faire sortir ; que Jésus l'en fasse sortir !

J'ai dit "la fille" et nom pas la"fillette" car quand on passe du récit de présentation à la parole dela mère adressée à Jésus, le substantif "fillette" perd son diminutif "ette" et devient lemot commun qugater (thugater) "fille" désignant unenfant de sexe féminin. La gamine a changé de statut, elle est grandie par lademande adressée par la mère à Jésus, même si c'est toujours "sa" fille … , je veux dire lafille de la mère.

Le refus de Jésus

La réponse de Jésus reportée par Marc est sèche et constitue une fin de non recevoir. "Laisse lesenfants être rassasiés" ; mais qui doit être nourri, par qui et dequoi ?

Ce sont les enfantsqui sont le centre de la maxime de Jésus. Le mot grec teknon (teknon) désigne une filiation plusqu'un âge, on pourrait aussi le traduire par "descendants" ou"héritiers". Si on nourrit sa foi chrétienne par ses racinesisraélites, on pense immédiatement à l'expression "enfants d'Israël" l)'rF#&;yi y'nb@; (benêy î(y)sra'êl) qui désigne l'ensemble du peuple croyant etqui apparaît 579 fois dans la Bible hébraïque et une fois dans la BibleChrétienne (en Matthieu 27,9) verset qui reprend une citation de la Première Bible.

Un élève d'une Faculté de Théologie Protestantem'objecterait immédiatement que la LXX traduit l'expression hébreu l)'rF#&;yi y'nb@; (benêy î(y)sra'êl) par "fils d'Israël" uiov israhl (uios israêl) et nonpas par "enfant d'Israël" teknon israhl (teknon israêl) comme je semble le suggérer.Certes, mais le uiov(uios) qui traduit le y'nb@; (benêy) hébreu ne s'applique qu'auxenfants de sexe masculin, or il s'agit ici de répondre à une demande portantsur une fille. Jésus est habilement passé du mot "fils" au mot"enfant" pour répondre explicitement à la demande de la femmeconcernant une fille. C'est une première utilisation intéressante d'un langage inclusif !

Celui qui fournit la nourriture qui va rassasier lesenfants n'est pas nommé, pourtant le verbe "être rassasiés" au passifdemande un complément d'agent, alors que celui-ci manque ; là aussi onpeut se référer à la tradition hébraïque qui utilise souvent l'absence d'auteurpour désigner la divinité dont il ne faut pas prononcer hâtivement le nom. Onappelle cette tournure un divin passif. Les enfants d'Israël sont appelés àêtre nourris par le Dieu d'Israël.

La nourriture fournie par Dieu pour combler la faim desenfants de son peuple est d'abord la Parole de Dieu, parole destinée auxIsraélites selon la formule du prophète Osée au premier verset du chapitre 4 "Écoutez la parole de YÂHÔH, enfantsd‘Israël". C'est aussi l'enseignement et le témoignage de Jésus deNazareth, comme le quatrième évangéliste le fait dire à Jésus (Jean6,35) : "Je suis le pain de vie. Celui qui vient à moin’aura jamais faim".

Jésus a d'ait répondu à la femme païenne d'un point de vuethéorique sur la Parole de Dieu nourriture du seul peuple d'Israël, il a aussirépondu sur la nature de sa présence parmi nous. Jésus se sait investi de lamission d'actualiser cette Paroletransmise par la Bible pour soutenir, sustenter ses coreligionnaires dans leursvies et dans leurs épreuves. Il indique ici qu'il ne croit pas avoir été envoyéapporter la Bonne Nouvelle de son Père aux païens. Son projet personnel, tel qu'il perçoit l'avoir reçu, est de conforteret convertir les juifs, pas lesétrangers … ni les étrangères. Aujourd'hui il n'est pas en terrelointaine pour enseigner, ni même pour guérir la gamine, mais pour être seul etcaché.

Je devrais peut-être pondérer cette analyse en remarquantl'adverbe "d'abord" dans la réponse "laisse d'abord les enfants être rassasiés", formule qui peut laisserpenser qu'il y aura un second temps où les païens seront admis au festin de laParole de Dieu. D'ailleurs dans certaines traditions prophétiques, comme leSecond Esaïe, on lit un appel aux autres nations pour la reconnaissance de Dieuet de son envoyé, mais selon la Michnah c'est une promesse pour la fin destemps au moment de la venue du Messie.

C'est possible, mais cela reste pour la Syro-Phénicienneun refus, un peu plus poli, mais définitif quand même. Dans l'aujourd'hui durécit il n'y a aucun juif pour entendre le message, le second tempsn'interviendrait que beaucoup plus tard quand Jésus sera retourné en terred'Israël, achèvera sa mission auprès de juifs et reviendra dans les territoiresde Tyr et de Sidon retrouver cette femme inconnue et sa fille … autantdire jamais, nous le savons, nousqui connaissons la fin tragique du prophète, et de toutes façons trop tard pourla mère qui demande pour tout de suite que sa fille soit libérée du démon.

Jésus continue à argumenter son refus, cette nourriture,ce pain destinée aux enfants d'Israël ne doit pas être jeté aux chiots.La sollicitude que Jésus a pour les juifs ne doit pas être dévoyée, jetée auxpaïens, chiens de païens. Charmante comparaison ! La païenne qui oseparler à un juif en franchissant les interdits du sexe et de la religion estdéclarée égale à un chien qui traîne par terre et à qui on enverrait un peu depain volé à l'heureux peuple élu. Le fait qu'il s'agisse d'un chiot et non pasd'un chien n'est pas plus affectueux, c'est même un facteur aggravant : lechien peut servir à aider à garder le troupeau, tandis que le chiot n'est pasencore utile à quoi que ce soit.

L'argumentation de la mère

Une autre mère aurait été désespérée de cette réponse, dece refus et serait partie. Mais pas elle.

Une autre païenne aurait répété encore une fois sademande. Mais nous avons vu que celle-ci avait déjà insisté et insisté avantque Jésus lui réponde … négativement. Elle n'insiste plus.

Une autre femme aurait contré l'argument par une théoriede l'universalité divine selon laquelle le Messie est envoyé à toute la terrehabitée. Mais le Syro-Phénicienne n'a pas sa licence de théologie protestante.

Non, cette femme approuvecet homme qui sait tellement sûrement à qui il a été envoyé. Certaines femmesqui veulent arriver à leurs fins savent qu'il ne faut pas contredire un hommesûr de lui, il faut simplement le contourner. Elle commence par un oui franc etmassif, un nai (naï)grec qui est probablement un Nm')f (amên) hébreu.

"Oui patron"dit-elle, (patron, car un kuriov (kurion) est le patron d'un domaine agricole)"tu as raison, il ne faut rien prendre aux enfants !"

"Bon", se dit Jésus, "elle a compris, elleva partir et me laisser ruminer mes mauvaises pensées qui m'ont fait quittermon pays ; fin de l'intermède, je retourne à ma solitude".

Que nenni, la femme continue ! "Il ne faut rienprendre aux enfants, parce que quand ils mangent à table, c'est assez salementcomme tous les gosses, et ils font des miettes avec le pain que toi tu leurdonnes, et ces miettes tombent par terre sous la table". Remarquez aupassage que les enfants tekna (tekna) descendants d'Israël ont été mutés enenfants paidia (païdia),mot qui indique des jeunes par l'âge sans lien avec des parents et que j'aidonc traduit, faute de mieux, par "gosses". En Lyonnais on dirait"gone" ou "gonze" dont le féminin est "gonzesse",terme absolument pas péjoratif ; une bonne traduction aurait été"damoiseau" et "demoiselle", mais c'est mots ne font plusguère de sens aujourd'hui. Les enfants d'Israël sont certainement bien élevés,surtout après l'enseignement de Jésus, mais les gosses eux ont les jeux et lesmanières de leur âge et font des miettes et ces miettes tombent par terre.

Et les chiots en profitent, eux qui sont suffisammentpetits pour passer sous la table. En effet on mangeait habituellement accroupisur ses talons, mais quand il y avait une table, c'est-à-dire chez lesbourgeois de l'époque qui recevaient des invités, même en Israël, on mangeaitallongé sur le triclinum, le divan, et on picorait les mets posés sur une tablebasse, basse comme l'est aujourd'hui une table de salon sur laquelle on poseles biscuits et les apéritifs pour les invités.

Le désavantage d'être un chiot offre l'avantage de pouvoirmanger les miettes sans trop déranger les convives, donc sans être chassés. Deplus ces chiots mangeurs de miettes nevolent rien aux enfants, ces derniers ne sont pas privés du pain préparépour eux, Les chiots étrangers ne prennent que les restes que ne mangent pasles juifs enfants d'Israël, et ces petites miettes satisfont leur petit appétitde chiots.

Le sens du discours de la mère est qu'on est ici dans uneassociation gagnant-gagnant. Les uns bénéficient pleinement de l'enseignementet des miracles du maître Jésus, les autres se satisfont des restes, du peu detemps que Jésus va leur consacrer. Et justement cette mère présente le cas desa petite fille qui voudrait profiter d'un tout petit peu de sesdons d'expulsion des démons, justement ce n'est qu'un daimonion (daïmonion), un petit démon,comme je l'ai dit tout à l'heure.

L'acceptation de Jésus

Pour Jésus, ce qui est remarquable, c'est la bonne compréhension qu'a eu cette femmede son enseignement. Elle a tellement bien écouté sa réponse à lui, qu'elle luia répondu dans la reprise intégrale du message, en prenant au pied de la lettrel'image qu'il avait employée.

C'est mémorable pour Jésus, mais aussi certainement pourvous qui êtes des lecteurs attentifs des évangiles. Il est rarissime que lesinterlocuteurs de Jésus comprennent exactement ses paroles. Quand il pose unequestion ou propose son message, le plus souvent les autres ne comprennent pasou répondent à coté, et les disciples, c'est-à-dire nous, qui suivent Jésus etqui, à la longue, devraient le comprendre s'entendent souvent reprocher leur incompréhension.Au contraire, les textes montrent que c'est Jésus qui est continuellementcapable d'ajuster son écoute exactement au message explicite ou implicite deson prochain et qui prend l'autre là où il est dans son besoin (je pense parexemple à Zachée).

Ici Jésus va complètement accepter l'argumentation de la femme, il va provisoirementabandonner son projet de ne se consacrer qu'aux juifs pour laisser quelquesmiettes dans cette maison au profit de cette femme. J'ai dit provisoirement,car la fin du passage voit Jésus rentrer dare-dare en Galilée poursuivre samission, peut-être de peur d'avoir affaire à d'autres quémandeurs si subtils,possiblement car il avait été involontairement rappelé à son devoir par cettefemme.

On peut alors espérer que Jésus satisfasse la demande dela mère, et c'est souvent ce qu'on croit lire. Je rappelle que la demande était"Rejette le démon hors de ma fille !". Je m'attends à lire,comme dans d'autres passages, que Jésus sorte de la maison pour s'approcher dela fille puis dise au démon : "Sors de cette fille !" ou unautre ordre analogue. Mais ici, il n'y a aucun ordre, et même aucune parole au démon, Jésus reste sur place. Je nechercherais pas un quelconque faux argument comme dire que Jésus était tropfatigué par son voyage et donc qu'il ne s'est pas levé pour aller chez lafemme. Si Jésus avait donné un ordre au nom de Dieu, la courte distance entreles maisons ne serait pas un obstacle pour que le démon l'entende et obéisse.On va le voir à l'instant, le démon a pu entendre la discussion entre la mèreet Jésus ; ne pas avoir un corps permet au démon de ne pas être soumis auxcontraintes d'espace de notre matérialité.

Non, j'ai entendu tout à l'heure le lecteur / la lectricedire "En raison de cette parole, le démon est sorti". Le temps duverbe grec "sorti" est un "parfait" à l'actif ce quiindique un mouvement du démon dans un passé proche et qui continue à faireeffet maintenant. Non seulement le démon est parti, mais il ne reviendra plus.Le verbe grec utilisé ecerxomai (exerqomaï) indique un départ volontaire, cen'est pas le geste violent demandé à Jésus, celui de jeter ekballw (ekballô) ledémon par la force. Le texte ne dit pas que Jésus a fait quelque chose ni mêmequ'il a eu une parole contre le démon ; et il faut prendre le texte ausérieux.

Alors pourquoi diable, si j'ose ainsi m'exprimer, le démonest-il parti de lui-même ? L'évangéliste fait répondre Jésus à cettequestion ; en effet, si Jésus n'a pas directement agi, sa parole sert àexpliquer ce qui s'est passé : "Le démon est parti à cause de cetteparole". C'est dire que la parole de la femme, parce qu'elle avait étédite, ne permettait plus au démond'avoir sa place dans le corps de sa fille et que l'esprit mauvais,constatant ne plus pouvoir rester est parti à jamais.

 Constater que telle est l'affirmation du texte nedonne pas une explication raisonnable. Le départ reste, pour moi en tout cas,assez mystérieux voire miraculeux. La païenne a découvert et dit qu'elle, safille et les autres chiens d'incroyants avaient droit à bénéficier des miettesdu pain de Dieu sans prendre quoi que ce soit aux héritiers légitimes que sontles israélites.

Ainsi, que l'Église entre dans le royaume, dans le mondede Dieu, n'enlève pas à la Synagogue sa place centrale dans le projet divin. LaBonne Nouvelle de la Divinité vécuecomme Père et Mère peut être portéeau-delà de ses frontières naturelles jusqu'auxlimites de l'Univers sans être déformée et amoindrie, sans enlever quoi quece soit à la place centrale du peuple élu. La mission de porter la Parole peutêtre accomplie partout et si ce n'a pas été par Jésus de Nazareth, d'autresprendront le relais.

Et dans le monde de la Syro-Phénicienne, en tout cas dans sa maisonnée, ces miettes du judaïsme ont pris toute la place, même si le catéchisme, petit ou grand, n'a pas encore été explicitement enseigné. C'est ce que reconnaît Jésus dans la parole de la femme. Et c'est ce que reconnaît le démon : Dieu a reçu toute la place, lui l'esprit mauvais n'a plus de place pour exercer sa malignité, il en tire la conclusion qui s'impose : partir pour toujours.


Les acteurs au final

Après cet échange il y a encore deux versets, que peut-ondire du devenir des acteurs du récit ?

Le démon

Le démon est parti hors de la fille. On sait toujoursaussi peu de lui, de son entrée dans la fillette et de sa sortie de la fille,ni le comment, ni pour aller où ; peut-être même y aura-t-il une autrevictime qui l'hébergera. D'une certaine manière ce silence du texte montre quele démon n'était pas un acteur important. Il s'est tutout au long du texte contrairement à d'autres démons dans les évangiles quifont crier leur hôte, parlent à Jésus, le reconnaissent comme un fils de Dieu,ou demandent l'autorisation d'habiter des cochons. Ici l'histoire n'est pas celle d'un exorcisme mais celle de la présence de la Parole de Dieu hors deson territoire naturel.

Le texte dit que la mère "trouva le démonsorti". La formulation m'étonne, si la mère trouve quelque chose, c'estqu'il y a là quelque chose à trouver, comme cette femme qui (re)trouve la pièced'argent qu'elle a cherchée en balayant consciencieusement la maison. Ici lamère trouve … l'absence dudémon ; cet esprit mauvais prenait tant de place dans la vie de sa fille,donc dans la sienne, qu'en rentrant chez elle, elle a expérimenté un vide palpable dû à son départ.

La Fille

Ce vide est un nouvel espace pour la fille, là où elle vapouvoir habiter son espace intérieur laissé vide par le départ de l'espritmauvais.

Quand la mère rentre chez elle, la fille change uneseconde fois de statut. En effet, la mère ne retrouve pas "sa fillette", sa petitepossession, qu'elle avait laissé en quittant sa maison ; elle ne retrouvepas non plus "sa fille"(selon elle), "ta fille" (selon lui) de l'échange avec Jésus ;elle trouve "la gosse".L'évangéliste utilise deux changements de vocabulaire.

Premièrement, l'adjectif possessif disparaît pour montrerl'autonomie trouvée de la fille par rapport à sa mère, ou plutôt de la mère parrapport à sa fille.

Secondement, elle est désignée avec le substantif paidion (païdion)"gosse" qui a ici trois caractéristiques :

  1. il est asexué, c'est-à-dire il peut être employé indifféremment pour les garçons et les filles, ce qui libère la libérée du démon des contraintes sociales de son sexe et de son époque,
  2. comme on l'a déjà vu, ce mot signifie l'âge, c'est une jeune, et non pas la filiation ; la libérée est située comme personne indépendamment de sa relation avec sa mère qui la possédait,
  3. c'est le mot utilisé dans l'argument théologique de la réponse de la mère quand elle parle de ceux qui ont du pain et font des miettes qui profitent aux chiots.

Celle qui était envoûtée par le démon se trouve placéefort justement au niveau de celles et de ceux qui, à table, ont accès au painde Vie de la bonne nouvelle de Dieu apportée par Jésus. Et cette place enviableest maintenant reconnue par sa mère, elle qui il y a peu, la maintenait dans unétat infantile et de propriété ou qui suggérait à Jésus qu'elle n'était qu'unchiot destiné à ne manger que les miettes de ce pain.

De plus, il nous faut être attentifs à la situation de lagosse au moment du retour de la mère chez elle. Les traductions disenthabituellement qu'elle est étendue ou couchée sur le lit ; cela me sembletellement approximatif que cela devient erroné.

La gosse est jetée … C'est bizarre de jeter unepersonne, tellement curieux que les traductions indiquent "couchée"ou "étendue", mais le grec dit bien "jetée", du même verbe"jeter" que le pain dans le premier refus de Jésus et la même racineque le verbe "rejeter" de la demande de la mère à propos du démon.

La gosse est jetée sur le … klinh (klinê)mot qu'on traduit habituellementici par "lit". Mais pourquoi la gosse serait-elle sur un lit commeune malade alors qu'elle doit se sentir mieux et heureuse d'être délivrée deson esprit impur. À sa place je gambaderais de joie et j'irais sur la placeraconter mon histoire aux copines ! Sur les 9 occurrences de ce mot klinh (klinê) dans leNouveau Testament, quatre désigne la civière ou le grabat sur lequel on apportedes malades à Jésus. Si c'était le cas ici, ce serait un piètre changement pourla fille de ne plus être possédée et d'être devenue paralytique. Il faut que cemot ait un autre sens.

Le mot figure 33 fois dans la LXX grecque, où beaucoup deversets parlent de "lits de souffrance" et de "lits demorts", heureusement que le Cantique des cantiques l'utilise comme"lit des plaisirs". On trouve trois occurrences plus intéressantescar elles reprennent un des sens courant de ce mot dans le grec classique. Parexemple en Amos 6,4 "Couchés sur des litsd’ivoire, vautrés sur des divans, ils mangent les jeunes béliers". Car celit me semble être un triclinumlatin, le divan de la salle à manger dont j'ai déjà parlé, d'ailleurs le mot ala même racine que le klinh (klinê) grec.

Ainsi la gosse est retrouvée par sa mère"à table" ; finalement elle n'est plus si gosse que ça puisqueles enfants n'étaient pas admis à manger au triclinum avec les adultes. Cettegosse que la mère, dans sa réponse à Jésus, avait assimilée à un chiot qui mangeles miettes sous la table, se retrouve jetée, par Jésus, sur le divan, attabléepour manger le repas des adultes, pour manger le pain que Jésus ne voulaitinitialement pas prendre aux héritiers pour lui jeter. Elle a désormaispleinement accès à la Parole annoncée par Jésus, la Parole de Dieu.

Non seulement la Parole de la mère, constatée par laParole de Jésus, l'a délivrée du démon qu'elle avait, mais aussi elle l'alibérée de l'état d'infériorité et de dépendance dans sa relation avec samère ; elle a désormais part au festin de la Parole, comme les juifspréférés de Jésus, Dans un vocabulaire contemporain, on pourrait dire qu'elleest passé en peu de mots de l'état de bébé à celui d'adolescente admise à latable familiale. Ce qui ne veut pas dire que tout est gagné, la crise del'adolescence est encore à venir, mais tout est devenu possible.

La Mère

Que dire maintenant de la Mère ? Elle rentre chezelle, retrouve sa place de femme à la maison et ne parle de rien à personne,même pas de ce Jésus dont elle a compris le raisonnement et à qui elle a surépondre en reprenant en vérité son expression de la mission.

Ce dialogue l'a ouverte sur la réalité de sa relation avecsa fille, elle a su lui faire une place d'adolescente qui la respecte, ledialogue s'est établi, certes à distance. Par ce dialogue elle a nommé sa fillecomme une Personne capable de bénéficier d'une relation avec Jésus. Sa Paroleest devenue réalité. L'essentiel est dit, tout reste à faire.

Jésus

D'une certaine manière, Jésus a été contraint de se sortirde sa solitude voulue et a été obligé de redire sa mission d'annonce auprès desfils d'Israël. Pris au sérieux par la femme, il met en application sadéclaration de foi, reprend le collier et repart en Galilée ; il repart àson travail de prophète, de guide spirituel et de thérapeute.

C'est maintenant aussi à nous aussi de repartir dans notre monde à notre travail d'hommes et de femmes de la Parole après ce temps de culte passé à méditer, comprendre et apprécier la Parole de l'Évangile.


L'actualité du texte

Cependant avant de quitter ce lieu et ce temps consacré àDieu, il est bon de faire le point sur la lecture que je vous ai proposée dutexte de la Syro-Phénicienne et sur ce qui nous fera vivre cette semaine.

La Syro-Phénicienne a écouté la rumeur qui parlait deJésus. Nous sommes invités à écouter les rumeurs, bien sûr je ne parle pas descancaneries et des médisances, mais les rumeurs de bien. D'un autre coté, quandnous avons fait une rencontre de bonheur, prenons-nous le temps d'en parler, dela chuchoter autour de nous pour que d'autres puissent en profiter ? Etsommes-nous suffisamment disponibles pour tirer des conversations anodines le désirde rencontre de l'inattendu ?

La Syro-Phénicienne qui parlait grec a voulu rencontrer cetétranger étrange venu du Sud, de la Galilée ; elle a fait l'effort deparler sa culture juive dans sa langue araméenne. Et nous, prenons-nous lepeine de nous enrichir de la culture de l'étranger qui vit dans nos murs, mêmequand il tend la main pour quémander du pain à manger et pour demander un litpour dormir ? Cherchons-nous à apprendre de l'autre ?

La femme a insisté et insisté encore auprès de Jésus enosant contrer ses arguments pour obtenir de lui ce qu'elle attendait, jusque làen vain. Nous sommes aujourd'hui aussi invités à prier Dieu pour présenter nosdemandes, parfois pour nous, mais aussi pour les autres, afin qu'ils ou ellesentendent une Parole de Dieu qui les libèrent de leurs démons intérieurs.

Pour répondre aux questions initiales, nous avons vu quece n'est ni un récit de voyage, ni un miracle pas même un exorcisme de Jésus.Il s'agit d'une nouvelle qui peut sembler surprenante à certains et libérantepour s'autres, il s'agit d'un retournement, d'une conversion : celle deJésus.

Dans ce très court récit, nous avons vu que Jésus s'esttrompé deux fois : quand il a voulu rester seul, quand il a refusé d'agirpour la fillette ; ses projets personnels n'étaient pas ceux de Dieu etn'ont pas pu aboutir. Il a su changer d'avis et repartir au service de sesprochains. Nous qui sommes, sans doute, bien moins fidèle au Père que lui, nousreconnaissons-nous le droit de nous tromper ? Savons-nous le reconnaîtrequand un ou une autre nous le signale et savons-nous repartir dans le chemin deDieu ?

La mère aussi s'est trompée, elle ne s'est pas renducompte que sa fillette avait grandi et qu'il lui fallait une nouvelle placedans la vie de famille et dans la société. Savons nous faire de la place pournos enfants qui grandissent, dans nos familles et dans l'Église ?Savons-nous parfois aussi les bousculer un tout petit peu pour les aider àgrandir ?

La mère s'est aussi trompée d'acteur dans latransformation qu'elle espérait. Elle a cru qu'un autre, un sauveur, allaitguérir sa fille de son démon. Mais c'est sa parole personnelle qui a bouleverséla situation de la fille en convertissant la mère ! Attendons-nous toutdes autres ou acceptons-nous de nous changer pour devenir acteurs desmodifications qui donnent un espace à la vie des autres ?

Le démon est parti quand Jésus et la mère se sont reconnus dispensateur et réceptrice du festin de la Bonne Nouvelle. A contrario, quels sont nos manques d'appétit de Dieu, quelles sont les miettes d'amour que nous dédaignons et dont le manque laissera suffisamment de place pour qu'un esprit mauvais nous envahisse ?


L'exhortation finale

Dans le passage de l'évangile attribué à Marc que nousavons lu et commenté, il nous a été dit que l'annonce de la Bonne Nouvelle del'amour de Dieu pouvait être faite au-delà de nos frontières au-delà de nosÉglises. Jésus lui-même a reçu de cette femme un appel à la conversion de soncœur et la fille a été libérée des forces qui l'opprimaient.

Nai (naï). Amen

Je souhaite, frères et sœurs, que nous sachions, vous et moi, dépasser nos limites pour aller à la rencontre des autres et pour nous laisser convertir par leurs questions et constater que Dieu est déjà à l'œuvre autour de nous.


Un cantique

Après la prédication, il convient de laisser un temps de silence puis un moment musical pour permettre l'accueil personnel de ce qui a été entendu. L'officiant invite ensuite l'assemblée à chanter, peut-être pour la réveiller, principalement pour la remettre en état d'écoute de la confession de foi qui suivra. Le cantique est normalement choisi en fonction du thème des lectures et de la prédication.

Le cantique retenu pour cette occasion nous parle de pain, de festin et d'invitation à la table du Seigneur. Il lui demande d'affermir notre espérance et notre confiance en lui, pour oser lui demander ce qui nous tient à cœur, comme a fait cette femme Syro-Phénicienne.

 

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Date de création : 25 mai 2005.
Dernière révision : 29 mai 2005.
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